L’extrême-droite à l’offensive contre Lula

Brésil • Malgré la récente libération de l’ancien président, les bolsonaristes sont déterminés à poursuivre la cabale judiciaire. (Par Lina Sankari, Paru dans L'Humanité)

En août 2018, les militants ont soutenu la candidature de Lula à la présidentielle brésilienne. (Ricardo Cifuentes)

C’est tout un peuple, de rouge vêtu, qui semble de nouveau goûter à la liberté à la faveur de l’élargissement de l’ancien président de gauche brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva. La foule qui s’est déversée, comme une coulée de lave, ces derniers jours dans les rues du pays pour célébrer le retour dans l’arène politique de Lula illustre, au-delà de l’émotion, à quel point la justice reste perçue comme partiale.

Jeudi, le Tribunal fédéral suprême (STF) mettait fin à l’incarcération obligatoire des condamnés tant que tous leurs recours ne sont pas épuisés. Si Lula est désormais libre, plusieurs procédures demeurent et l’ex-chef de l’État n’est pas à l’abri d’une autre inculpation à terme. Un juge peut également ordonner un nouvel emprisonnement «préventif» s’il considère que la liberté de Lula est en mesure de porter préjudice à l’enquête et de mener, par exemple, à la destruction de preuves.

Une campagne de dénigrement

Quelques heures après la libération de Lula, l’extrême droite démontrait qu’elle n’entendait pas renoncer à la cabale judiciaire, faisant fi du principe de présomption d’innocence.

Samedi matin, sur Twitter, le président Jair Bolsonaro demandait ainsi aux Brésiliens de «ne pas donner de munitions à la canaille» Lula, «qui est momentanément libre, mais chargé de culpabilité». Il continue ainsi d’alimenter la division de la société et la campagne violente qui l’a porté au pouvoir. Même morgue du côté de son fils, le député Eduardo Bolsonaro, qui fustige une justice qui «absout les bandits».

La campagne de dénigrement politique a également été relayée par les procureurs chargés de l’enquête anticorruption Lava Jato, qui a conduit Lula en prison. Ces derniers ont estimé que la décision du Tribunal fédéral suprême n’allait pas dans le sens «du combat de la corruption, qui est une priorité».

Au cri de «Mon parti est le Brésil» et «Notre drapeau ne sera jamais rouge», la droite et l’extrême droite n’ont ainsi pas hésité à mobiliser leurs troupes dans 70 villes pour protester contre la libération de Lula. Ces manifestations n’avaient toutefois aucune commune mesure avec la liesse des partisans de l’ex-président. Les rassemblements de la droite étaient organisés à l’appel du mouvement Vem Pra Rua (VPR), fer de lance des mobilisations contre le Parti des travailleurs (PT) de 2015 et 2016 pour exiger la destitution de l’ancienne présidente Dilma Rousseff. VPR a également contribué, via les réseaux sociaux et une salve de fausses informations, au retour en force de l’ordre moral.

Vem Pra Rua a enfin installé l’idée que le combat contre la corruption était consubstantiel au combat contre le PT. Peu importe que l’enquête Lava Jato ait démontré qu’aucune formation politique n’était épargnée. Cette polarisation extrême a aidé la droite et son extrême à dérouler son agenda néolibéral et à en finir avec les politiques d’inclusion sociale de l’ère Lula-Rousseff (2003-2016). Depuis l’accession au pouvoir du président putschiste Michel Temer jusqu’à Jair Bolsonaro aujourd’hui, la casse sociale est à l’œuvre.

La pierre angulaire de ce projet réside dans la réforme des retraites, définitivement adoptée le 22 octobre dernier au Sénat après un vote favorable des députés en juillet. Pour empêcher la gauche de reconquérir du terrain, les bolsonaristes entendent faire pression sur le Congrès afin qu’il abroge l’article du Code pénal qui a permis à Lula de sortir de prison. La bataille du droit est loin d’être terminée.