Congé paternité: misogynie à l’UDC

Suisse • Bénéfique à la vie familiale, au développement de l’enfant, à l’AVS et à l’intégration professionnelle des femmes, le congé pour les pères est combattu en Suisse alémanique.

Je ne décolère pas depuis vendredi dernier (8.11). Quand j’ai entendu à la radio qu’un comité bourgeois lançait un référendum contre les deux semaines de congé paternité, j’ai failli tomber de ma chaise!

Le Parlement suisse, après des lustres de tergiversations et de refus d’accorder un congé paternité, a réussi à se mettre d’accord sur un compromis de 2 semaines, alors que d’autres parlementaires proposaient 4 semaines ou plus. On pouvait légitimement penser qu’au moins, les deux semaines étaient acquises et que les pères pourraient s’impliquer dès la naissance de leur enfant.

On se disait que c’était un premier pas et que d’autres suivraient. Eh bien non, c’est encore trop pour cette UDC non seulement raciste, mais profondément machiste, sexiste et misogyne. Le pire, c’est que ce sont deux femmes, Diana Guthahr (UDC TG) et Susanne Brunner, présidente de l’USAM de Seefeld à Zurich, qui montent au front. Pour des raisons prétendument économiques: «Il nous reste toujours moins de notre revenu ponctionné par des redevances et des cotisations sociales de plus en plus lourdes», dit la première.

«Il est intolérable de créer une nouvelle assurance sociale alors qu’on n’en a pas encore assaini d’autres comme l’AVS», assène la seconde. Pour la situer, Susanne Brunner est contre l’écriture inclusive. Pas vraiment féministes.  Le comité du référendum, dans son slogan, verse quasiment dans l’ignominie: «Tout cela pour offrir des vacances à quelques-uns.» Des vacances! Ces gens ont-ils jamais eu un enfant? Trouvent-ils vraiment que s’occuper du bébé qui vient de naître s’apparente à des «vacances»? Quelle mauvaise foi! Un procédé utilisé systématiquement par l’UDC.  On sait que l’UDC n’est pas un parti progressiste, mais là, il nous plonge quasiment au XIXe siècle!

Ce qui se cache derrière ce référendum, c’est la vision de la «famille traditionnelle», où le père travaille à l’extérieur et la mère, à l’intérieur, s’occupe du ménage et des enfants. Ce parti est visiblement aveugle et sourd. Il ne voit pas que de plus en plus de femmes exercent une profession, que certaines ont envie de prendre des responsabilités, sur leur lieu de travail comme en politique. Que, selon le dernier sondage, qui date d’août 2019, 85% des personnes interrogées approuvent le principe d’un congé paternité. Il n’a toujours pas pris en compte les revendications des femmes, qui furent 500’000 à descendre dans la rue lors de la Grève féministe du 14 juin. Nous fîmes du bruit, mais l’UDC est sourde.

Selon Eurostat, en Europe, l’emploi des hommes de 20 à 64 ans en 2018 frise les 80%, celui des femmes les 70%. 31% des femmes actives âgées de 20 à 64 ans dans l’Union travaillaient à temps partiel, contre 8% pour les hommes. Parce que les femmes accomplissent encore et toujours 80% des tâches éducatives, ménagères et de soins.

Bon pour l’AVS

Il a été démontré qu’une utilisation équilibrée des droits à congés entre femmes et hommes après la naissance d’un enfant a des effets positifs sur la répartition des responsabilités familiales et des tâches ménagères, ainsi que sur la performance des femmes sur le marché du travail.

Le recours des pères à ces formes de congés réduit certaines des charges familiales pesant sur les mères, permettant ainsi aux femmes de réintégrer plus rapidement le marché du travail. Ce qui est favorable à l’AVS notamment. Et si l’on accorde un congé paternité, voire parental, si l’on construit davantage de crèches, si l’on développe une vraie politique familiale, à long terme, les couples auront plus d’enfants, et cela sera aussi bénéfique à l’AVS, puisqu’il y aura plus de cotisant.e.s.

A part la Suisse, tous les pays européens connaissent le congé paternel. Leur économie ne s’est pas effondrée pour autant! 480 jours en Suède, 112 en Norvège et en Espagne, 90 en Islande et en Slovénie, 54 en Finlande. Avec 15 jours, nous serions à égalité avec la Bulgarie, un pays nettement moins riche que la Suisse.

En septembre, le Parlement a estimé qu’un tel congé répond aux exigences de la nouvelle génération. Son introduction est un signal fort pour les familles,  compatible avec l’économie. Il sera financé par les allocations pour perte de gain (APG). Pour deux semaines, il faut augmenter l’actuel taux de cotisation (0,46%) de 0,06 point, dont la moitié pour l’employé. Sur le salaire moyen suisse (6’500 francs par mois), cela représente 3,90 francs par mois, dont 1,95 pour l’employé.

En comparaison, l’assurance chômage coûte 1,1% pour l’employeur et autant pour l’employée, l’assurance solidarité 0,5% pour chaque partie. Or celles et ceux qui ne connaissent pas le chômage cotisent aussi pour les chômeurs et chômeuses, cela s’appelle la solidarité.

C’est toujours la même chose: on trouve de l’argent pour tout, notamment pour payer le service militaire, également prélevé sur les APG, mais jamais pour aider les femmes. Le congé paternité serait trop coûteux! Alors que dire du coût qui repose sur les seules mères? Généralement, à la naissance d’un enfant, la femme cesse son activité lucrative. Ou bien elle travaille à temps partiel. Je vous laisse imaginer le coût de ce sacrifice.

En outre, la diminution salariale pèsera lourdement sur le montant des rentes qu’elle touchera à l’âge de la retraite. Il y a une violence extrême à faire porter la charge de la garde des enfants sur les seules épaules des femmes. Or les enfants sont la richesse d’un pays. En tenant compte du travail gratuit offert à la société, ainsi que des inégalités salariales réelles, l’écart de revenu entre les femmes et les hommes est de 108 milliards de francs par année.

Ras-le-bol au féminin

Les femmes en ont marre des coups de boutoir contre la moindre des avancées. Elles en ont marre que les tâches qu’elles assument ne soient pas reconnues, ni rémunérées: ménage, éducation, soins aux parents vieillissants. Elles en ont marre de toutes les formes de violence, qui s’exercent à leur égard, du sexisme de la société, depuis l’école jusqu’au monde du travail et de la politique. Elles en ont marre d’être perdantes dans tous les domaines. Elles ont poussé un cri, mardi 12 à 12h12 dans le hall d’Uni Mail à Genève, pendant une minute, contre les violences faites aux femmes. Un cri protestataire, libératoire, jouissif!