Inégalités et espérance de vie en bonne santé

Suisse • Une étude de l’Unige atteste que les inégalités de formations et de salaires ont une incidence directe sur la durée de la vie en pleine santé.

Des chercheurs de l’Université de Genève (Unige) ont étudié les gains d’espérance de vie en bonne santé des personnes vivant en Suisse depuis 1990, et mesuré les différences selon leur niveau de formation.

Pour ce faire, les chercheurs, ont compilé les données de la Cohorte nationale suisse avec celles des Enquêtes suisses sur la santé entre 1990 et 2015. Leurs résultats, publiés dans l’International Journal of Public Health, montrent que bien que tous les Suisses voient leur espérance de vie augmenter, passant de 78 ans en 1990 à 82 ans en 2015, les personnes n’ayant qu’une formation obligatoire vivent toujours plus longtemps en mauvaise santé. Les chercheurs ont divisé la population en trois catégories fondées sur le niveau d’éducation (formation obligatoire, secondaire ou tertiaire).

Ils observent de grandes différences tant en fonction de ce dernier qu’entre hommes et femmes. «En effet, les données concernant les hommes ayant une formation obligatoire montrent que dans les années 2000, ceuxci ne gagnent plus d’années d’espérance de vie en bonne santé, mais stagnent à 73 ans», relève Adrien Remund, chercheur à l’Institut de démographie et socioéconomie. Les hommes ayant une formation secondaire, eux, atteignent 78 ans en 2010 et ceux de formation tertiaire grimpent jusqu’à 81 ans. «L’écart d’années en bonne santé entre les hommes de formation obligatoire et les hommes de formation tertiaire est de 7,6 ans en 1990, mais de 8,8 ans en 2010, montrant que l’écart se creuse», poursuit le démographe genevois.

Renoncer au contrôle médical

Du côté des femmes au niveau d’éducation obligatoire, leur espérance de vie en bonne santé diminue légèrement jusqu’en 1995, avant de remonter à 79 ans. Les femmes de formation secondaire et tertiaire «développent la même courbe» et grimpent à 84 ans. «L’écart entre les femmes de formation secondaire et tertiaire est ici indistinguable, car nos données concernent des femmes nées dans les années 1920-1930, lorsque l’accès aux hautes études leur était limité et que peu travaillaient. Il serait intéressant de refaire cette enquête dans 50 ans, maintenant que les femmes étudient et travaillent tout autant que les hommes», relève Stéphane Cullati, chercheur à l’Institut de recherches sociologiques.

Les chercheurs soulignent que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a pointé la Suisse comme ayant un excellent système de santé en soins aigus, mais un système de santé de prévention perfectible. «Notre étude appuie le constat de l’OCDE, car la différence entre personnes de formation obligatoire et tertiaire peut justement être expliquée par des inégalités socio-économiques, qui poussent les personnes à faibles revenus à retarder le plus possible, voire renoncer à des contrôles réguliers chez leur médecin ou à éviter de faire des dépistages, trop coûteux et non pris en charge par les caisses maladie», explique Michel Oris professeur à l’Institut de démographie et socioéconomie.