La rue reste mobilisée au Liban

Proche-Orient • Cette semaine, les mobilisations ont empêché le Parlement de se réunir à l’heure où il examinait une proposition de loi d’amnistie soupçonnée de vouloir absoudre des cas de corruption. (Par Loriane Hochet, de retour du Liban)

Si l’histoire complexe du Liban a fait face à de nombreuses divisions, les récentes mobilisations sont parvenues à renverser de nombreuses lignes. En témoignent les milliers d’habitants, de tout âge, confession et sexe, qui s’unissent depuis maintenant plusieurs semaines à travers le pays, et ce autour d’un seul et même drapeau. La colère ne semble appartenir à aucune communauté singulière, et l’ampleur des mobilisations démontre un soutien très large de la population.

Chants et danses envahissent les rues afin de laisser entendre slogans et revendications dont le message est clair: rejet de la corruption et du sectarisme de la classe politique, mais également exigence d’un mode de production alternatif,
revendication de nouveaux droits…

En effet, alors que le Liban est le troisième plus endetté au monde derrière le Japon et la Grèce, les salaires officiels des membres du gouvernement ont pourtant augmenté de plus de 7.5% par an au cours de la dernière décennie contre un salaire minimum sans augmentation depuis 2012.  Déjà exposés aux pénuries d’eau potable et d’électricité ainsi qu’au chômage et à la hausse des prix, la corruption et le manque d’infrastructures publiques ont finalement rassemblé un grand nombre de Libanais: affranchis des barrières entre les communautés qui les séparaient auparavant et réunis autour d’un seul mot d’ordre, Thawra (révolution), afin d’appeler à la démission du gouvernement actuel.

Les effets ne se sont pas fait attendre longtemps puisque le premier ministre, Saad Hariri, annonçait le mardi 29 octobre sa démission, soit seulement deux semaines après le début des manifestations.

Une mobilisation dans l’ordre

S’il a débuté brusquement, à coups de routes bloquées, ce mouvement populaire s’organise aujourd’hui bien loin du désordre que pourrait annoncer une révolution: nourriture, médicaments et consultations juridiques sont mis à la disposition des manifestants afin de les soutenir, des tentes sont montées dans la ville, entourées de cuisines et cafés communautaires ainsi que des stands d’aides-soignants et de tri des déchets.

Des lieux auparavant interdits d’accès par le gouvernement sont envahis de manifestants qui, en plus de se réapproprier la ville, font de même avec le politique. Des cours sont délivrés par des professeurs d’université et des espaces de débats et de discussions sont créés et mis en place de manière très ordrée afin de laisser à chacun l’occasion de partager sa vision des choses quant au présent et à l’avenir.

En définitive, s’il est encore impossible de prédire la manière dont la situation au Liban va se développer. Même si toute cette agitation n’est pas facile d’accès pour un non arabophone, le langage démocratique dans ce qu’il a de plus universel s’y révèle lui dans toute sa splendeur!