Le vent d’une révolution «ichtyenne»

Italie • Un mouvement social spontané a émergé en réaction à la campagne de l’ancien ministre de l’Intérieur Matteo Salvini et de sa Ligue pour les régionales de 2020.

Tout débute le 14 novembre à Bologne lors de la première manifestation contre la venue du leader d’extrême droite Matteo Salvini, à l’occasion d’une convention de la Ligue. (DR)

Bien que luttant contre ce qu’ils qualifient de «fascisto-populisme», les «sardines» sont un symptôme de la révolte sociale mondiale. Comme la plupart des soulèvements actuels elles nagent loin des eaux des partis et bousculent l’ordre établi. Au Tsunami democràtic du mouvement indépendantiste catalan, qui le 11 novembre dernier a bloqué l’autoroute à la frontière francoespagnole, aux Gilets Jaunes de France et de Belgique ayant fêté leur première année de lutte sociale, s’ajoute à présent le mouvement des sardines italien.

Le 14 novembre dernier, plusieurs milliers de personnes se sont réunies sur la Piazza Maggiore de Bologne à l’appel d’un événement diffusé via Facebook. A l’origine de cette vague populaire on trouve quelques illustres inconnu.e.s prénommés Giulia, Andrea, Roberto, Lorenzo ou Mattia.

Par cette flashmob, ils souhaitaient affirmer une résistance populaire face à la venue de Matteo Salvini, secrétaire fédéral du parti d’extrême droite, La Lega, dans le cadre de la campagne pour les élections régionales de 2020. «Nous avons mesuré que la place pouvait contenir jusqu’à 6000 personnes. Bien serrées [comme des sardines], on s’entend, mais de nos jours il vaut mieux se regrouper que de se perdre. Ne croyezvous pas?», ont-ils écrit sur leur page.

Un mouvement a-partisan

Comme le voulait l’appel, les participant.e.s sont venu.e.s sans drapeaux nationaux ou partisans, dans un esprit convivial, mais «pas festif». Les initiateurs de «la première révolution ichtyenne» avaient demandé à ce que chacun fabrique sa propre sardine, même si, bien sûr, ils en fourniraient à ceux n’ayant pas le temps «afin de ne laisser personne hors du banc».

Forts de leur première réussite, ils ont fondé une page sur Facebook, qui agende depuis plusieurs dizaines d’événements similaires, dont de nombreux endroits sur le trajet de la campagne de Salvini.  Ainsi, le 18 novembre au soir, une vidéo est devenue virale sur les réseaux. Elle montre 7’000 personnes présentes sous une pluie battante, sur la place Piazza Grande de Modène, entonnant Bella Ciao.

Ce chant, dont les racines se perdent dans l’histoire, chanté par les ouvrières saisonnières des rizières puis par les militants antifascistes, est à présent l’hymne du mouvement. Ce dernier sera à nouveau entonné le 22 novembre à Palerme, ce sont 22’000 voix cette fois qui se feront entendre. Le mouvement, tel la houle, semble s’amplifier.

Dans le sillage du premier un nouveau groupe s’est créé, l’Archipel des sardines. Ces initiateurs déclarent vouloir «changer l’Italie la rendre plus juste, plus équitable, plus développée et plus libre, laissant derrière elle la saison du fascisto-populisme souverainiste». Ils annoncent un rassemblement ce dimanche à Tarente sous le slogan «Tarente ne se ’’Ligue’’ pas».

Bien que le «banc» se soit mis en mouvement en réaction à la politique raciste de Salvini, il n’en est pas moins mû par des forces sociales. Lorenzo, partisan des 6000 Sardines a dû émigrer en 2008 pour trouver du travail avant de rentrer récemment. «La politique […] surfait sur le racisme, alors que pendant ces 10 années après la crise, non seulement le peuple italien s’est appauvri, mais des milliers de jeunes ont dû quitter le pays», soulignait-il dans l’émission Piazza Pulita de la chaîne privée italienne LA7.

Interrogé sur son positionnement politique, cet employé de la billetterie du Colisée, répond être de gauche, mais «ne se reconnaître dans aucun parti». Pour Mattia, présent sur le même plateau, la réussite du mouvement est le résultat de l’incapacité de la «fiction politique», jouée depuis Berlusconi, à répondre réellement aux problèmes du peuple italien.

Ce dernier à désormais rejoint dans les rues la longue liste des peuples du monde battant le pavé pour retirer, par un «tsunami social», le pouvoir de la main des «requins» avides de forces de travail au service du capital. Sur les réseaux sociaux, qui sont entrés en ébullition ces dernières semaines, tous ces mouvements partagent des revendications similaires et pleurent les mêmes victimes.

Lorsque Daniela Cararrasco, une mime est déclarée torturée, violée et tuée par la police au Chili, son visage fleuri sur les écrans à Bruxelles, La Paz, Paris, Hong Kong, Barcelone et désormais Rome. «O bella ciao, ta fleur est celle de la partisane morte pour la liberté».