2020: L’heure des choix de société

Pespectives • Face à l’urgence climatique, une grève générale est en préparation pour le 15 mai dans le monde et en Suisse. Dans notre pays, d’autres dossiers comme l’accord-cadre, l’avenir des retraites ou la continuation des luttes féministes seront d’actualité.

La vingt-cinquième COP vient de s’achever à Madrid sur un bilan loin d’être à la hauteur des menaces induites pour l’humanité et la nature par le réchauffement climatique. «Ce 15 décembre, le sommet sur le climat s’est achevé, avec un accord insuffisant et aucune perspective d’amélioration des engagements en matière de réduction des émissions. Le texte, loin d’être un tournant pour ramener la température globale de la planète en dessous de 1,5°C, nous fait stagner à 3°C, laissant beaucoup de travail à la COP26 à Glasgow en 2020, et peu de temps pour agir», ont analysé Les Amis de la Terre Espagne. Les clarifications nécessaires du système international d’échange de droits d’émission de carbone – un de gros objectifs de la conférence – n’ont pas non plus été réglées.

Défenseurs climatiques poursuivis

Suite à cet échec, nul doute que la mobilisation pour le climat ne faiblira pas en 2020, notamment en Suisse. Retour en arrière: en octobre 2018, une marche pour le climat avait réuni près de 7’000 personnes à Genève. Dès lors, le mouvement n’a fait que s’étendre. Le 18 janvier 2019, 22’000 personnes ont marché dans une quinzaine de villes. Rebelote le 2 février, où une manifestation a attiré plus de 18’000 personnes en Suisse romande, dont 10’000 rien qu’à Lausanne. Toute l’année a été rythmée par les actions de la Grève climat Suisse ou par celles du mouvement Extinction Rebellion, qui a bloqué plusieurs fois le centre de Lausanne. Le 28 septembre, une foule multigénérationnelle et revendicative a rassemblé entre 60’000 et 100’000 personnes à Berne.  Le 29 novembre, des actions menées de façon décentralisée ont visé à dénoncer le gaspillage du Black Friday, «fête de la consommation tous azimuts».

Sur cette lancée, 2020 sera une année de revendications en défense de la protection du climat et de l’avenir de la planète.  Le 15 mai prochain, une grève générale internationale pour le climat est prévue partout dans le monde. En Suisse, des comités rassemblent syndicats, associations, militants ou groupes. Ils se forment avec l’idée «de construire un mouvement sur le modèle similaire à la grève des femmes, pour exiger une action urgente face à la crise climatique, tout en mettant en avant la question de la justice sociale» selon la CGAS.

Face à ce mouvement, les réponses politiques tardent à apparaître. Que ce soit en termes de réduction de la consommation d’énergie fossile, de trafic automobile, de chauffage à mazout dans les habitats ou d’empreinte écologique de l’agriculture.

De plus, on assiste à une judiciarisation des protestations. Les amendes pleuvent, comme celles tombées sur 64 militants l’été dernier, qui avaient pénétré dans des sièges bancaires à Zurich ou Bâle. En janvier 2020, aura lieu à Lausanne un procès contre une douzaine de jeunes de Lausanne action climat, ayant occupé, en novembre 2018, une succursale de Crédit Suisse… déguisés en joueurs de tennis, afin de dénoncer les investissements des grandes banques dans les combustibles fossiles.

Populismes d’extrême droite

A l’échelle internationale, le monde entier aura les yeux rivés sur les élections du 3 novembre aux Etats-Unis. S’y dérouleront les présidentielles, législatives et sénatoriales. Les démocrates feront-ils tomber Trump? Il faudra attendre la fin de leurs primaires, le 16 juin, pour connaître leur candidat.e. Emerge à nouveau Bernie Sanders, sénateur du Vermont, qui se targue d’être un «démocrate socialiste». Il est soutenu par le réalisateur Michael Moore, auteur de Bowling for Columbine et Sicko. Ce dernier documentaire est consacré aux failles du système de santé étasunien.

En ce qui concerne la tentative d’impeachment (destitution) du président sortant menée par Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, elle risque de faire long feu, si elle n’est pas doublée par une mobilisation populaire, estime le journal de gauche The Nation.

La main de Washington planera aussi sur les élections présidentielle, législative et sénatoriale prévues avant juin en Bolivie ou sur les élections législatives anticipées de décembre au Venezuela.  Auto-proclamée présidente par intérim du pays andin, Jeanine Añez veut aller vite pour en finir avec l’héritage d’Evo Morales, aujourd’hui exilé au Mexique, afin de mieux légitimer le coup d’Etat des opposants. Avocat issu de la riche province de Santa Cruz, Luis Fernando Camacho, un des prétendants à la présidence, est souvent présenté comme un extrémiste raciste, anti-féministe. «Son comité civique est le représentant de l’oligarchie des entrepreneurs et des grands propriétaires terriens. Il est aussi lié aux cartels des narcotrafiquants», explique Adriana Guzmán, d’origine aymara et membre du collectif féministe Abya Yala sur le site de Lahaine.org.

Même schéma dans le pays de l’ancien président Hugo Chavez. La droite réunie dans le groupe du G4 (autour de Juan Guiado) ne lésinera devant aucun moyen pour balayer Nicolas Maduro, président sortant.

Au Chili, où la répression policière de la mobilisation populaire contre le président Sebastian Piñera fin 2019 a été féroce, il est prévu qu’un référendum soit soumis au vote en avril. Les électeurs devront se prononcer sur un changement de constitution ainsi que sur la nature de l’organe chargé de la rédiger.

Autre scrutin d’importance: le 21 février, les électeurs iraniens se rendront aussi aux urnes pour des élections législatives afin d’élire les 290 députés de la chambre basse, qui a le pouvoir de destituer le Guide de la Révolution, Ali Khamenei. Les voix de la contestation de la jeunesse, qui a pris la rue fin 2019, se feront-elles entendre? C’est l’enjeu du scrutin.

AVS 21 sur la sellette

Suite aux élections fédérales, à la poussée des Verts et à la mémorable Grève des femmes et féministe historique du 14 juin, on attend que des mesures plus fortes soient prises en Suisse en faveur du climat. Et pour l’égalité entre femmes et hommes, en entérinant aussi définitivement le principe d’un congé parental d’au moins deux semaines. Une mobilisation massive est prévue le 8 mars, journée internationale des femmes.

L’année sera aussi marquée par le thème européen avec le vote en mai sur l’initiative de l’UDC «Pour une immigration modérée» (initiative de limitation), qui veut en finir avec la libre-circulation. Faisant l’unanimité contre lui, le texte devrait être repoussé, laissant la place aux discussions sur l’accord-cadre Suisse-UE. La gauche, les Verts et les syndicats sont opposés à tout affaiblissement des mesures d’accompagnement. Pour le PST-POP, la reprise automatique du droit européenn lié au projet d’accord le pousse à refuser le texte.

Le parti rejette aussi la réforme de l’assurance-vieillesse AVS 21 d’Alain Berset, qui prévoit une augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et une flexibilisation générale de l’âge du départ à la retraite.  La réforme du deuxième pilier, qui a fait l’objet d’un accord entre partenaires sociaux approuvé par le Conseil fédéral et qui prévoit une baisse du taux de conversion à 6%, sera sur la sellette. Le projet fédéral d’une rente-pont pour les chômeurs de plus de 60 ans attend d’être définitivement approuvé.

Elections communales cruciales

Au plan cantonal, plusieurs élections auront lieu. En Pays de Vaud, les électeurs devront trouver le 9 février une remplaçante à la Conseillère d’Etat PLR, Jacqueline de Quattro, élue au Conseil national. La syndique de Payerne Christelle Luisier ambitionne de prendre la relève, alors que le mouvement de la Grève climat présentera la candidature d’une simple citoyenne, Juliette. «Cette candidature permet d’ouvrir des débats importants pour l’avenir de notre société. Néanmoins, nous appelons la Grève à développer un programme liant les questions de justice sociale et d’économie au service du peuple», prévient le POP, qui soutient néanmoins la candidature. Depuis, deux nouveaux candidats se sont lancés dans la course.

Dans le canton du Jura, les électeurs devront trouver un remplaçant au conseiller d’Etat PDC Charles Juillard élu conseiller national.  Le 20 octobre, les électeurs renouvelleront leurs autorités cantonales. «Pour le Parlement, l’enjeu principal pourrait être le maintien ou non de la majorité de droite (PDC, PLR et UDC ont au total 34 sièges sur 60). Les résultats des élections fédérales peuvent susciter l’espoir de la renverser puisque, pour la première fois, le vote à droite y a été minoritaire. Pour cela, il faudrait que la poussée verte de cet automne se confirme et peut-être que CS-POP regagne le troisième siège perdu en 2015», estime le popiste Jean-Pierre Kohler.

A Genève, les électeurs renouvelleront leurs autorités communales le 15 mars et le 5 avril. Largement majoritaires à l’exécutif de la Ville de Genève, la gauche et les Verts sont minoritaires au Conseil municipal. A l’exécutif, quatre sièges sur cinq sont à repourvoir, du fait des départs de Sandrine Salerno (PS), Esther Alder (Verts), Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) et Guillaume Barazzone (PDC). Sans union avec solidaritéS- DAL, le Parti du Travail genevois présentera Maria Pérez à l’exécutif et une liste de 21 candidat.e.s au législatif.

Le 14 juin auront lieu les élections communales dans le canton de Neuchâtel. Le POP neuchâtelois cherchera à maintenir ses élus dans les différents Conseils communaux (exécutif), soit 2 au Locle, 1 à La Chaux-deFonds, 1 à Corcelles-Cormondrèches, entité qui sera fusionnée avec trois autres communes dont Neuchâtel, tout en renforçant le nombre de ses élu.e.s dans les Conseils généraux.

«Un autre enjeu pour le POP est de créer des sections dans certaines communes (La Grande Béroche et Val-deRuz) mais ce ne sera pas facile», souligne le popiste Julien Gressot. Le 9 février, les Neuchâtelois se prononceront sur l’initiative constitutionnelle cantonale «Pour le droit de vote à 16 ans sur demande».

Dans le canton du Valais, les élections communales se tiendront à l’automne, le 18 octobre et le 15 novembre. «Avec la progression des Verts ces derniers temps (aux cantonales et aux fédérales), il est bien possible qu’ils remportent des postes de conseillers municipaux (exécutif) et généraux (législatif) dans les villes (et peut-être même dans certains villages). Le tout sera de savoir comment s’établiront les relations avec le PS. Elles n’ont pas été très bonnes ces dernières années à part le tandem avec Mathias Reynard pour le Conseil des Etats. La progression des Verts pourrait se faire aux dépens du PS, mais je pencherais plutôt pour un renforcement global de la gauche, où le succès des Verts ne nuirait pas aux socialistes», prévoit Jean-Marie Meilland, membre du POP Valais.