Feu vert à un pouvoir de gauche inédit

Pedro Sanchez, le leader du Parti socialiste espagnol (PSOE), a été élu mardi à la tête d’un gouvernement de gauche. Les députés des Cortes lui ont accordé une majorité relative de 167 voix (contre 165) pour présider un cabinet de coalition avec Unidos Podemos, qui regroupe l’émanation politique du mouvement des «Indignados» (Indignés) et Izquierda...

Pablo Iglesias devient le vice-président du gouvernement du socialiste Pedro Sanchez (Montcloa)

Pedro Sanchez, le leader du Parti socialiste espagnol (PSOE), a été élu mardi à la tête d’un gouvernement de gauche. Les députés des Cortes lui ont accordé une majorité relative de 167 voix (contre 165) pour présider un cabinet de coalition avec Unidos Podemos, qui regroupe l’émanation politique du mouvement des «Indignados» (Indignés) et Izquierda Unida (la gauche unie écolo-communiste). Le nouveau pouvoir aura la redoutable tâche de mener à bien un programme qui rompe avec les recettes néolibérales dans lesquelles les gouvernements successifs monocolores du PSOE ou de la droite (PP) ont englué l’Espagne durant la dernière décennie, jetant des millions de citoyens hors de leur logement ou de leur travail.

Il devra jouer sur des équilibres fragiles puisqu’il n’a obtenu la confiance qu’au second tour du scrutin. Légèrement minoritaire, il est dépendant de la loyauté à son égard du parti séparatiste catalan de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) dont les 13 députés se sont abstenus mardi.

Des attentes de changement

La coalition progressiste emmenée par Pedro Sanchez et Pablo Iglesias (Podemos), qui devient vice-président du gouvernement, devra sortir le pays d’une longue période de crise. Ouverte en 2015, celle-ci s’est caractérisée par une suite d’élections législatives anticipées dont deux pour la seule année 2019. Pedro Sanchez, dont le parti est arrivé en tête lors de ces derniers scrutins, n’avait pas réussi jusqu’ici à faire alliance et avait dû se contenter de gérer les affaires courantes.

Au programme du gouvernement figurent une hausse de la fiscalité sur les plus riches et les grandes entreprises, l’encadrement des loyers et l’abrogation partielle de la réforme du marché du travail adoptée en 2012 par le PP, qui soumet des millions de salariés à un régime ultraprécaire. Izquierda Unida, qui s’est lancée à fond dans cette bataille, disposera de portefeuilles importants comme le Travail (Yolanda Diaz) et la Consommation (Alberto Garzon). La mise en œuvre d’un véritable « virage à gauche » revêt une importance décisive.

Tant ce gouvernement devra répondre aux attentes de changement après l’accumulation de souffrances sociales ces dernières années. Lesquelles ont alimenté un grand désarroi politique, l’Espagne rejoignant avec Vox le club déjà très fréquenté des pays européens où ont émergé des forces d’extrême droite nationales-libérales. De quoi relever encore la hauteur du challenge pour la gauche et Pedro Sanchez.