Aéroport: la densification nuirait gravement à la santé

Genève • • Les électeurs se prononceront le 9 février sur le déclassement de 22,6 hectares en zones de développement à proximité de l’aéroport de Cointrin. A gauche, le PdT et Jeunes Verts s’y opposent. Ils mettent en lumière un «bétonnage massif».

«Stop à l’exil des Genevois! (sous-entendu en France, ndlr)», proclame une affiche placardée dans tout le canton et qui défend le projet de déclassement de deux zones à Cointrin Est et Ouest, qui passeraient de zones villas en zones de développement 3, dans les communes de Meyrin et Vernier. Soutenu par le Conseil d’Etat, qui défend une politique de densification dans la ville, le double projet voit grand. Dans la première zone, 1000 logements, dont 15% d’utilité publique, et 300 emplois seraient créées. Dans le deuxième, 1300 logements et 500 emplois sont planifiés à terme.

Le projet a été contesté par plusieurs associations comme celle de Cointrin Ouest, qui ont déposé un référendum en juin dernier. Dans son argumentaire, les référendaires entendent «défendre la santé des futurs habitants, préserver un poumon de verdure entre l’aéroport et l’autoroute et finalement freiner l’urbanisation à outrance.» Quant à ce dernier point, ils dénoncent la création de nouveaux bureaux vides, «qui viendront s’ajouter aux 32’000m2 déjà recensés». «L’Etat veut nous loger dans des zones inadaptées à la densification car dangereuse pour la santé», martèlent-ils.

A droite, l’UDC, le PLR et le MCG, défenseurs des propriétaires de villas, sont contre le projet, alors qu’il est appuyé par le PDC.

Du côté de la gauche, le Parti socialiste soutient avec enthousiasme les déclassements, estimant que les secteurs offriront tout type de logement (HBM, loyers libres ou PPE) avec des espaces publics en suffisance et que le raccordement des zones aux transports publics est propice à la construction. L’argument est aussi suivi par solidaritéS, qui défend le projet.

Pour leur part, les Verts sont très partagés sur la question. Partisans de la construction de logements en ville, tout en s’interrogeant sur la croissance urbaine à Genève, ils soulignent aussi que les deux zones sont exposées au bruit et à la pollution de l’air, pointant notamment «la forte charge en oxydes d’azote et en particules fines attendues d’ici à 2030 dans le secteur (à cause de la 3e voie sur l’autoroute et de l’augmentation du trafic aérien)». Au final, ils laisseront la liberté de vote, alors que les Jeunes Verts sont contre. Tout comme le Parti du Travail.

«Pour nous, il ne saurait s’agir de construire n’importe où, ni n’importe comment. Sur le papier, l’Etat semble apporter toutes les garanties souhaitées. Mais en pratique la réalisation est souvent très différente: abattage systématique d’arbres qui confine à l’acharnement, bétonnage massif et réalisations architecturales médiocres et fort éloignées de ce qui avait été voté», explique Alexander Eniline, président du parti.

«Il y a aussi la question des emplois. Les autorités essayent de vendre le projet en disant que ce seront principalement des commerces et des services pour les habitants du quartier. Mais, si on regarde les délibérations du Grand Conseil, il y est beaucoup question de création d’une «vitrine économique», de tours de bureaux flambant neuves de verre et d’acier, premier contact avec Genève qu’auraient des cadres supérieurs qui passent par l’aéroport, de nature à attirer plus de multinationales», explique encore Alexander Eniline.

«Notons toutefois que déclassement n’implique pas que quelque chose se fasse immédiatement. En effet, les parcelles ne seront rachetées que lorsque les propriétaires seront disposés à les vendre. Aussi, le projet s’échelonne jusqu’à 2050. En cas d’acceptation par le peuple, il ne faut pas s’attendre à voir des logements sortir de terre à brève échéance», conclut-il.

Les toutous en rongent leur os

Le 9 février, les électeurs auront aussi à se prononcer sur la suppression de l’impôt cantonal sur les chiens. Ce qui serait une première en Suisse. Celui-ci s’élève à 50 francs pour le premier chien, 70 francs pour le deuxième et 100 francs à partir du troisième. Une majorité du Grand Conseil composée de l’UDC, du MCG et d’Ensemble à Gauche a approuvé cette suppression, contestée par un référendum lancé par les socialistes, les Verts et le PDC, alors que le Conseil d’Etat veut aussi le maintien de la taxe.

Pour le Mouvement de défense des propriétaires de chiens de Genève (MDPCG), cet impôt est «absurde et obsolète» et n’induirait que des conséquences financières minimales pour la collectivité. La taxe rapporte pourtant 2 millions de francs au canton et aux communes. «Sa suppression aura pour effet de pénaliser les communes en diminuant leurs moyens financiers pour la mise à disposition et l’entretien des parcs à chiens, pour la fourniture de sacs de ramassage (caninettes) et pour le nettoyage de l’espace public», assure le gouvernement, qui estime que l’impôt sur le meilleur ami de l’homme ne semble pas constituer un obstacle à l’acquisition ou à l’adoption d’un tel animal.

A l’exception du PDC et des Verts, qui sont franchement pour le maintien de la taxe, la plupart des partis – dont le PdT – militent en faveur de la liberté de vote.