Un stick’Air gris pour la politique genevoise

Genève • La restriction de la circulation, décidée par le Conseil d’Etat genevois, a été mise en application la semaine passée, lors d’un pic de «pollution»

Pour la première fois, la restriction de la circulation, décidée par le Conseil d’Etat genevois, a été mise en application la semaine passée, lors d’un pic de «pollution». Pour l’heure aucune amende ne sera délivrée, les premières sont annoncées pour le mois de mars (et dans deux ans pour les véhicules professionnels).

Le dispositif ne vise pas à diminuer toute la «pollution», mais uniquement les particules fines dans l’air, ces micro-poussières capables de rentrer profondément dans les tissus de notre système respiratoire, aux effets dommageables et provoquant de nombreuses morts prématurées.

Pour déterminer les véhicules autorisés à circuler en cas de pic, 6 vignettes colorées en indiquent la «performance environnementale», les Stick’Air. Allant du gris, pour les véhicules les plus polluants, au vert, pour les engins électriques ou à hydrogène. Cette «performance» est définie par le carburant utilisé (diesel, essence, …) et par la «Norme Euro» (volume d’émission et date de première immatriculation).

Un bel exemple d’écologie punitive. Au lieu d’opter pour un système d’alternance entre immatriculations paires et impaires, qui serait aléatoire et concernerait un volume vraisemblablement plus important, le gouvernement a choisi d’utiliser la «performance écologique», favorisant ainsi les voitures plus récentes et les citoyens en mesure de les acheter. Notons que les moteurs d’une célèbre marque de 4X4 reçoivent la meilleure note selon la norme européenne.

Ajoutons qu’en réalité ce ne sont pas tant les moteurs, équipés de filtres toujours plus performants (jusqu’au prochain «dieselgate» en tout cas), qui produisent le plus de poussières microscopiques, mais les pneus et les freins, en se pulvérisant par frottements dans l’environnement. Ainsi un véhicule électrique va produire à peu près autant de particules que le bon vieux diesel que nous ont légué mamie et papy.

Si la mesure vise à améliorer la santé publique, elle ne préserve pas l’environnement. En ce qui concerne ce dernier, un système de bonus/malus «incite» à l’achat de véhicules moins polluants. Mais on ne punit pas, on «incite», on ne fait pas d’arbitraire, on favorise les plus «performants». Vivement qu’on interdise à certains de circuler en politique.