L’écrivaine Asli Erdoğan est enfin acquittée!

DROITS HUMAINS • Jugée pour "activités terroristes", l’écrivaine, journaliste engagée et militante des droits humains, Asli Erdoğan, est acquittée par un Tribunal d’Istanbul. De nombreux journalistes, intellectuels et artistes sont toujours menacés, harcelés et incarcérés en Turquie.

Elle risquait de 2 à 9 ans de prison. Elle est acquittée par un Tribunal d'Istanbul. Le 14 février, Asli Erdoğan fait un triple "V" de la victoire en Allemagne, où elle est exilée. De son pays d'accueil, elle dit, "le racisme est partout. Mais comparée à la société turque, l’Allemagne est beaucoup plus ouverte et, surtout, prête à la confrontation à elle-même." ("Axelle", déc. 2018).

Un tribunal d’Istanbul a mis hors de cause ce vendredi 14 février, jour de la Saint-Valentin, la romancière et nouvelliste turque Asli Erdoğan à l’issue d’un procès très controversé pour «activités terroristes». Le dossier d’accusation était en substance vide selon la journaliste. Elle risquait de deux à neuf ans de prison.

Aujourd’hui exilée en Allemagne, l’écrivaine stambouliote pressentie pour le Prix Nobel de littérature n’assistait pas à son procès – suspendu depuis trois ans – , des menaces de mort pesant sur elle. Asli Erdoğan est aussi victime d’une campagne de lynchage médiatique et sur les réseaux sociaux de grande ampleur en Turquie. Son arrestation et sa détention durant 136 jours en 2016 avaient, elles, suscité une vague de protestation à l’international.

Procès très suivi

Le tribunal stambouliote a acquitté l’écrivaine âgée de 52 ans, notamment des accusations de «tentative de porter atteinte à l’intégrité de l’Etat» et d’«appartenance à un groupe terroriste», et ordonné l’abandon des poursuites pour «propagande terroriste», selon l’AFP.

Auteure de plusieurs romans traduits à l’étranger, Asli Erdogan était jugée pour avoir collaboré au journal pro-kurde d’extrême gauche Ozgür Gündem, fermé par décret en 2016. Les autorités turques accusaient Asli  Erdoğan d’avoir, en collaborant à Özgür Gündem, aidé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé qualifié de «terroriste» par Ankara. Outre la romancière, le tribunal a acquitté deux autres personnes, dont la linguiste Necmiye Alpay, jugées avec elle dans le procès Özgür Gündem.  «J’ai contribué au journal “Özgür Gündem” en tant que non-Kurde en pensant que mes écrits aideraient à construire un pont vers l’empathie. J’essaie de comprendre l’autre côté. Si mes textes ont servi un but, c’est de construire la conscience, la confrontation, la culpabilité si besoin», détaille l’écrivaine et journaliste (L’Humanité, 14.02.2020).

Sur les raisons qui ont amené la journaliste à écrire dans les colonnes d’Özgür Gündem, elle déclare le 12 février dernier au quotidien communiste italien, Il Manifesto: «Des atrocités ont lieu en Turquie, en particulier chez les Kurdes. Et je crois qu’aucun écrivain ne peut se permettre le luxe du silence. Alors je me suis dit : je veux être témoin. C’est tout ce que je veux être. C’est une question de conscience: individuelle, collective, historique, et c’est ce que j’ai voulu apporter; je ne suis pas un leader ou un militant, je défends simplement les droits de l’homme et la littérature est peut-être la seule façon, du moins pour moi, d’agir selon cette conscience

Elle ajoute: «Raconter l’histoire des victimes, c’est la façon dont la Turquie peut se développer. Nous devons nous développer. Et il n’y a pas d’individu ou de société qui puisse faire un pas en avant sans se confronter à ses propres erreurs et traumatismes. La Turquie doit affronter ce qui est arrivé aux Arméniens, aux Kurdes, aux Grecs, aux Juifs. Me punir n’est pas une solution

Ce procès était suivi de près par les ONG qui y pointaient l’incarnation du visage autoritaire et ultra-répressif du gouvernement turc après une tentative de coup d’Etat contre le président Recep Tayyip Erdoğan (aucun lien de parenté avec l’écrivaine) en juillet 2016.

La défense d’Asli Erdoğan

Dans un texte lu par son avocat lors de l’audience de vendredi 14 février, Asli Erdoğan a estimé que l’accuser sur la base «de textes littéraires est une chose que la raison peut difficilement accepter au 21e siècle». Cela se ramène à «piétiner les valeurs sur lesquelles reposent le droit et la littérature». Elle a en aussi relevé que le caractère politique de ses écrits pour Ozgür Gündem «se limitait à (la dénonciation des) violations des droits humains» et réclamé son acquittement.

Le 12 février dernier, elle explique en entretien: «L’accusation de propagande pour la loi turque est quelque chose de très précis, vous devez vous référer directement à l’organisation pour laquelle vous faites de la propagande et aucun des 4 articles ne s’appelle le PKK. Je sais que c’est une vengeance pour avoir écrit sur les massacres que l’armée turque a perpétrés à Suruç et à Cizre en 2015. Pour avoir dit que des civils, parmi lesquels des enfants, ont été brûlés vifs pendant le siège.» (Il Manifesto, 12.02.2020).

Entre décembre 2015 et février 2016, à Cizre, ville kurde située au Sud-est de la Turquie, l’armée turque en lutte contre le PKK a commis des crimes contre l’humanité d’une atrocité avérée envers des enfants et des mères. Dans sa chronique Guerre et Guerre, Asli Erdoğan témoigne qu’à Cirze «un gamin de Bünyamin est placé en garde à vue, une mère couche son bébé dans un bac à glaçons, ses enfants regardent, une mère qui meurt vidée de son sang, parce qu’elle n’a pu être transportée à l’hôpital».

Le 7 février 2016, 150 civils réfugiés dans les sous-sols de la ville, où ils avaient trouvé refuge, périssent brûlé vifs, dont des enfants âgés de neuf à douze ans. Il s’agit de meurtres délibérés commis par l’armée. Il n’y a pas eu d’enquête et aucune autorité judiciaire n’a été autorisée à pénétrer dans les sous-sols.

L’un des articles d’Asli Erdoğan incriminé lors du procès du 14 février est une chronique intitulée Journal du fascisme: aujourd’hui. Elle y interroge au fil d’un «monologue intérieur» le poids des mots pour témoigner malgré tout des pires massacres, l’«écrasante pesanteur de vivre et d’écrire en ces jours où des hommes – dont des blessés, des enfants – sont brûlés vifs dans les caves où il sont assiégés… L’atroce pesanteur des mots qui se substituent à la vie, et du silence qui enveloppe ces mots… Gouffre abyssal, omniprésent, dans le passé, le futur, aujourd’hui…».

Le massacre de Cizre

Dans un courriel du 20 janvier adressé à ses amis et soutiens et diffusé par Le Nouvel Observateur, l’écrivaine précise: «Il n’y a presque rien de politique dans ce texte, il est tout à fait abstrait et ne fait référence ni à un lieu ni à une époque. Il s’agit d’une description littéraire de la destruction intérieure d’un individu sous un régime autoritaire ainsi que du lourd poids qu’implique d’être témoin. En fait cet article a été inclus dans “Le Silence n’est plus à toi” et a été publié par plusieurs éditeurs dont Actes Sud, Penguin Knaus, Gyldendal, Ramus et Potamos notamment. Le livre a été récompensé par plusieurs prix littéraires.»

A propos des crimes commis à Cizre, elle détaille juste avant son procès de févier: «Concernant le massacre de Cizre, même les rapports de l’ONU mentionnent le nombre de civils tués, le monde entier sait ce qui s’est passé là-bas, ils ont brûlé la ville entière, ils ont brûlé vifs des gens dans les caves. Personne ne savait si c’étaient des civils ou des membres du PKK mais les gens ont donné le nom des personnes disparues et, parmi eux, il y avait des enfants de 10 ans, des bébés, une femme de 80 ans. De 60 personnes, il est resté une poignée d’os. C’est impossible de faire une autopsie, mais un médecin a dit qu’un seul os trouvé intact appartenait à un enfant de 12 ans. C’est honteux de dire que ces gens étaient membres du PKK, même si c’est vrai, on ne peut pas brûler des gens comme ça, c’est inscrit dans la loi. Avant d’être brûlés, les gens ont téléphoné à une chaîne de télévision du Parlement européen en disant: “ Ils nous brûlent, à l’aide !” Le monde entier l’a vu, le Parlement européen l’a vu, et maintenant ils disent que je répands des mensonges, et ils ne mettent même pas mon article sur Cizre dans le dossier.» (L’Humanité, 14.02.2020).

Une justice sous influence

L’écrivaine turque affirme:  «C’est ce que les gens en Europe ont du mal à comprendre, il n’y a pas de système judiciaire en Turquie, la justice s’est complètement effondrée.» (L’Humanité, 14.02.2020).  Selon l’ONG Human Rights Watch, «les tribunaux turcs manquent d’indépendance et n’hésitent pas à jeter les détracteurs du gouvernement ou ses opposants derrière les barreaux pendant que les autorités ouvrent à leur encontre des poursuites judiciaires pour des accusations de terrorisme fabriqués de toutes pièces. L’abus généralisé des lois antiterroristes contre les opposants au gouvernement a fragilisé les efforts légitimes pour poursuivre en justice les responsables véritables de la tentative de coup d’Etat militaire de 2016.» (HRW, 19 janvier 2019).

Plusieurs procès de journalistes à caractère politique ont débouché en 2018 sur des peines sévères. Un tribunal a condamné Ahmet Altan, brièvement relâché en novembre 2019 puis emprisonné à nouveau, Mehmet Altan et Nazlı Ilıcak, de célèbres écrivains, à la perpétuité. Ceci sans possibilité de libération conditionnelle «pour des commentaires politiques qui ne faisaient pas l’apologie de la violence, mais que le tribunal a considérés comme une tentative de renversement du gouvernement.» (HRW, 19 janvier 2019).

«Un millier de gens ont été condamnés à la perpétuité aggravée juste pour le coup d’Etat. Cette peine a remplacé la peine de mort, mais c’est équivalent», affirme Asli Erdoğan (L’Humanité, 14.02.2020).  Selon un bilan officiel de l’été 2019, ces trois dernières années, plus de 511’000 personnes ont été placées en garde à vue pour des soupçons de liens avec le coup d’Etat manqué. On compte 31’000 personnes emprisonnées.

Officiellement, il s’agirait uniquement de Turcs soupçonnés d’appartenir aux réseaux de Fethullah Gülen, prédicateur établi aux Etats-Unis et accusé d’avoir commandité le putsch. «La justice a ouvert pas moins de 100’000 enquêtes, qui ont abouti à 289 procès en rapport direct avec le coup d’Etat avorté. Presque tous ces procès ont abouti à un verdict. Quasiment deux tiers des inculpés ont reçu une sentence à perpétuité.» (Le Temps, 15.01.2019).

Sensible à briser l’étau du silence en portant témoignage pour les sans-voix, Asli Erdoğan s’insurge: «Il y a des centaines de milliers de cas. S’ils nous traitent  (elle ainsi que Ahmet Altan et le philanthrope Osman Kavala tous deux toujours incarcérés) comme ça, imaginez comment ils traitent les autres!»  L’Etat turc brise des individus, met des familles à genoux, il supprime toute forme d’opposition à l’intérieur des institutions.

Etre Kurde se paye particulièrement cher: «Un garçon de 20 ans a été condamné à la perpétuité plus vingt-cinq ans parce que la police a trouvé une bonbonne de gaz pour la cuisine dans le jardin de ses voisins. Aujourd’hui pour les Kurdes, la plus petite peine commence à quinze ans de prison. Si on risque neuf ans pour une œuvre littéraire, que croyez-vous qu’ils font si on participe à une manifestation ? Un millier de gens ont été condamnés à la perpétuité aggravée juste pour le coup d’Etat», détaille la journaliste et écrivaine (L’Humanité, 14.02.2020).

La «genevoise» Asli Erdoğan

Auteure de plusieurs romans traduits à l’étranger, lauréate 2018 du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, des passages de son roman genevois écrit dans ses heures nocturnes alors qu’elle est une physicienne de 24 ans au Cern, Le Mandarin miraculeux (2001), avaient donné de remarquables échos contemporains, intimes et universels au livret de L’Enlèvement au sérail, opéra de Mozart créé avec bonheur et intelligence par le metteur en scène belge Luk Perceval au Grand Théâtre de Genève le 22 janvier 2020.

Sur la scène de la Place de Neuve, on y écoutait, fasciné, sa description sociologique criante de vérité d’une Genève mosaïque humaine qui fut hier dépeinte par le genevois Georges Haldas et aujourd’hui par le lausannois Joseph Incardona: «Des Pakis blafards, des hindous avec leurs femmes emballées dans des saris, des Indiens chassés de la cordillère des Andes, des Ghanéens, des Nigérians, des Angolais qui même aux jours les plus froids de l’hiver se promènent dans leurs costumes de coton bariolé, des Arabes affairés et des Turcs, qui ne se laissent disputer par personne leur monopole du kebab et de l’héroïne, des Brésiliens au sang chaud qui ne se font pas prier pour danser avec passion, des Portugais, des Rastas, des fugiés politiques, des policiers en civil, des travailleurs saisonniers, des joueurs, des voleurs, des contrebandiers, des ouvriers en bâtiment, des prostituées, des dealers, de tout jeunes écrivains en goguette de par les ruelles paumées, des accros à l’héroïne, des punks, des Roms, des étudiants anarchistes…»

Erdoğan est de ces écrivains, investis corps et âme, qui font de l’écriture une lutte perpétuelle pour la dignité humaine. Physicienne de formation, elle a un grand souci éthique. «Connaître la vérité, même la plus terrible qui soit, est libérateur», dit-elle.

Elle délaisse toutefois un réalisme asserté par de nombreuses sources et regards croisés pour ce que l’on appellera – à défaut de mieux – «le lyrisme». Il accompagne la mélancolie plus ombre que lumineuse formant les sentiments de ses héroïnes. Dans Le Mandarin miraculeux, une jeune femme turque, 27 ans, n’ayant plus qu’un œil, déambule à travers Genève. Elle observe, se souvient et concilie : «En fin de compte, chacun de nous se satisfait de sa propre solitude.»

«Que faut-il écrire ?»

En Turquie, les voix qui dénoncent la souffrance sont souvent invisibilisées, rares étant les personnes pour les écouter et les «relayer», souvent au péril de leur liberté si ce n’est de leur vie. Face à une telle réalité, l’écriture d’une personnalité reconnue aux prises avec les codes de la réflexion et du storytelling journalistique risque-t-elle d’occulter les victimes? Cette interrogation est au cœur du travail d’Asli Erdoğan. «Que faut-il écrire? Que peut bien faire l’écriture (la tienne), que peut-elle bien mettre en “mots” et au nom de quel monde peut-elle transformer celui-ci? Jusqu’où peut-elle se baser sur la réalité?» (Nous sommes coupables).

Mêlant réflexions sur la mémoire, la «responsabilité du “témoignage”», la manière de faire récit et silence, les chroniques journalistiques qu’elle signe sont d’une pertinence rarement égalée à ce jour. Elles mêlent désespérance, désarroi et incompréhension face à la violence jaillissant inopinément en tous lieux.

A ce propos, Asli Erdoğan explique : «Il suffit de penser à l’histoire d’Ahmet Altan (écrivain et journaliste turc condamné à la perpétuité en 2016, ndr): il a d’abord été libéré de prison, puis ramené en prison quelques jours plus tard, dans une procédure totalement contraire à la loi. C’est le changement de ces derniers temps: ils nous disent qu’ils ne se soucient pas de la loi, que n’importe qui peut être puni quand il veut être puni

Le choix de la nuit

«Entre mon vrai visage et son reflet dans la vitre, le temps et le néant, parmi tout ce qui ne peut être dit avec ces mots… Je suis là à cette heure sombre où j’aurais souhaité où j’aurais souhaité être ailleurs, dans un autre temps. Je suis dans la nuit, toujours la même, infinie, la nuit ambrée» (Je t’interpelle dans la nuit). Déclinée sous toutes ses teintes, atmosphères et paysages, la nuit a toujours été le territoire de prédilection de l’écrivaine volontiers insomniaque. Par excellence, elle est ce temps où «les mots épuisés à force d’avoir servi toute la journée, se traînent doucement vers la mer.» (Je t’interpelle…).

Pour donner voix aux victimes de la violence étatique en Turquie, Asli Erdoğan a déjà écrit notamment Le Bâtiment de pierre (2009) sur la prison de Bakirköy à Istambul où s’entassent militants politiques, intellectuels et gosses des rues. Elle s’y retrouvera incarcérée dès le 17 août 2016 pour 136 jours. Il s’agit d’un chant, poétique élégie pour les victimes baignée d’une inextinguible douceur. D’emblée, elle relève: «A ceux qui s’intéressent aux choses importantes, je laisse les faits, entassés comme des pierres géantes. Ce qui m’intéresse, c’est seulement ce qu’ils chuchotent entre eux. De façon indistincte, obsédante».

La littérature comme cri

Chez la romancière et nouvelliste, aucune parole n’est perdue. Mais nombre d’entre elles attendent que reviennent par l’écriture des ilots de ce que nous savons sans le savoir. Ecrit en 1993, L’Homme coquillage se dévore comme un conte. On y un trouve un féminisme concret, un regard attentif, patient porté sur les opprimés, une quête inextinguible de liberté. Foisonnante, la langue est énergisée par la fougue et un lyrisme noir. Une fable philosophique au style métaphorique sur les inégalités entre Etats nantis et pays démunis, sur le racisme ordinaire, explorant le désir de revanche des ex-colonisés.

En 1998, elle publie La Ville dont la cape est rouge. Plusieurs voix narratives y tressent la survie d’Özgür, femme turque de 28 ans à Rio et l’écriture de sa fable gorgée de sensualité. Son roman achevé, l’héroïne «avait l’impression d’avoir subi des tortures, d’être à moitié morte; mais en même temps, elle avait en quelque sorte grandi». Entre «cri» et «verdict», écrire a pour Asli Erdoğan la vertu curatrice de s’émanciper, un temps, de la destruction et de la dilution de soi.

Au final, le silence dans le mots, entre les mots. L’histoire aussi vient toujours se briser un «immense et éternel silence». Ainsi son roman non traduit en français, Dans le silence de la vie pose: «Si un homme écoute sans crainte, il peut entendre l’obscurité vivante qui se cache sous les mots, le pouls qui enserre la vie comme une toile parmi le silence désespéré des mots.»

Bertrand Tappolet

L’œuvre d’Asli Erdoğan est publiée en français aux Editions Actes Sud et meet.