Changer la Ville et la vie avec Maria Perez

Genève • • Le 15 mars auront lieu les élections municipales dans le canton de Genève. Pour l’exécutif de la Ville, l’Alternative tentera de garder sa majorité. Conseillère municipale depuis 2007, Maria Perez, comédienne et formatrice d’adultes, a décidé de concourir à l’exécutif pour la liste Parti du Travail. Interview.

«La Ville de Genève, à majorité de gauche, a mené une politique de gestion technocratique de droite», estime Maria Perez. (Archives)

Pour le public, la législature a été marquée par l’affaire des notes de frais de certains conseillers administratifs. Quel bilan politique tirez-vous, de votre côté, de ces quatre dernières années?

Maria Perez Au niveau du Conseil municipal, l’objectif clairement affiché de la droite était d’économiser 50 millions sur cinq ans dans les prestations. Face à ces réductions d’investissement, le groupe municipal du Parti du Travail a mené plusieurs campagnes de référendums et nous avons été suivis six fois par la population. Celle-ci a refusé en 2016 des coupes dans le social ou la culture, mais aussi le projet d’agrandissement et de semi-privatisation du Musée d’art et d’histoire qui devait être financé en partie par Jean-Claude Gandur, le mécène qui a fondé la société Addax, active dans le négoce de pétrole.

En ce qui concerne le Conseil administratif, outre la grande déception que j’ai ressentie face à aux notes de frais abusives de certains magistrats au vu de leurs salaires, j’ai l’impression que l’exécutif a travaillé «en silos», sans concertation aucune entre les magistrats. Il a aussi mené des politiques à contresens de la gauche, en coupant plus de 2000 arbres sur la législature, en défendant un projet de parking urbain à Clé-de-Rive. Mais aussi en réalisant des rues piétonnes au rabais ou comme récemment encore en exceptant d’impôt sur dix ans une société active dans le négoce de matières premières.

Malgré les bonis des comptes – près de 700 millions sur 12 ans, le Conseil administratif a mené une politique antisociale vis-à-vis du personnel municipal, en refusant des moyens supplémentaires à des services comme celui des incendies (SIS), en externalisant le secteur du nettoyage. A l’heure actuelle, il planifie des baisses de traitement dans la fonction publique, touchant en premier lieu les plus basses classes.

Bref, la Ville, à majorité de gauche, a mené une politique de gestion technocratique de droite, alors qu’elle devrait être un rempart contre la politique néolibérale du Canton. C’est ce que je voudrais changer, en privilégiant une vraie politique de réduction des inégalités sociales et territoriales, mais aussi de concertation en matière de construction où priment des objectifs de qualité de vie des habitants, la végétalisation du bâti, de promotion des transports publics en tendant vers leur gratuité. Ceci plutôt que persévérer dans des Plans localisés de quartiers (PLQ) bâclés, où l’on vise la surdensification au détriment de la qualité de  l’environnement de vie. Peut-on vraiment considérer l’ensemble de l’ancien site d’Artamis à la Jonction comme un modèle d’éco-quartier?

Vous vous êtes beaucoup engagée depuis 10 ans dans la défense des locataires de la Gérance immobilière (GIM), qui gère près de ‘5500 appartements. Avez-vous constaté des progrès?

La Commission du logement vient enfin de décider de se baser sur le Revenu déterminant unifié (RDU) dans le calcul du montant du loyer, un outil plus transparent et moins intrusif pour le locataire. L’interdiction de résiliation des baux des locataires âgés a aussi été entérinée. Pour le reste, on doit déplorer que la GIM ait supprimé le caractère social de certains logements pour les mettre en loyers libres. Ce n’est pas ce que l’on attend d’une régie publique.

La Ville offre des abris de nuit pour les personnes les plus précaires. Leur financement reste pourtant aléatoire. Comment le pérenniser?

La Ville est la seule à se préoccuper des sans-abri et sert de vache à lait aux autres communes et le Canton qui se déchargent de leurs responsabilités. Il faut maintenant que chaque partenaire assume sa part pour assurer la protection des plus vulnérables. Ce secteur n’est pas le seul qui mériterait une contribution externe.

La Ville de Genève assume aussi pratiquement seule le financement massif de l’offre culturelle. Nous serons peut-être obligés d’imaginer la mise en place d’une billetterie différenciée entre résidents de la Ville et spectateurs extérieurs si le Canton ne s’engage pas davantage.

En matière sociale, la Ville développe des aides spécifiques comme l’Allocation de rentrée scolaire (ARS). Avez-vous des propositions dans votre manche?

A côté des prestations complémentaires cantonales pour les retraités et les rentiers AI, la Ville offre depuis 1987 des allocations personnalisées pour cette catégorie de personnes, qui se monte à 185 francs pour une personne seule et 265 francs pour un couple. Or, ces aides n’ont jamais été revalorisées depuis 33 ans, alors que le coût de la vie a augmenté de l’ordre de 54%. Nous avons donc décidé de déposer un projet pour augmenter ce montant à 281 francs pour une personne et 403 francs pour un couple.

L’urgence climatique s’est invitée dans le débat politique. Comment la concrétiser au niveau municipal?

Dans notre programme, nous visons un objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2030. Outre un programme d’investissement massif de rénovation et de mise aux normes écologiques de tout le parc immobilier de la Ville, nous voulons réduire la consommation d’énergie et favoriser une conversion vers des énergies renouvelables. Je suis aussi opposée à la construction d’un nouveau parking privé dans un centre-ville qu’il faut désengorger. Et comme il est urgent de renaturer la Ville, j’ai proposé qu’à chaque naissance un arbre soit planté à Genève.