Un horizon vert pour l’agriculture?

Suisse • Alors que Guy Parmelin vient de dévoiler les grandes lignes de la politique agricole (PA22+), un collectif regroupé sous le nom d’«Agriculture du futur» appelle à manifester à Berne ce samedi pour promouvoir une agriculture respectant l’environnement et le climat.

Le 12 février, le Conseil fédéral a adopté le message relatif à l’évolution future de la Politique agricole entre 2022 et 2025 (PA22+), budgété à 13,7 milliards de francs. L’objectif affiché est de doter «l’agriculture et le secteur agro-alimentaire des moyens qui leur permettront d’augmenter la valeur ajoutée sur le marché, de renforcer l’efficience des exploitations et de continuer à réduire l’impact environnemental et la consommation des ressources non renouvelables».

Présenté comme alternative à l’initiative populaire fédérale «Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre pro-phylactique» (initiative pour une eau potable propre), le projet veut réduire l’empreinte écologique des activités sur la nature. Il s’agit par exemple de diminuer les apports de produits phytosanitaires et d’éléments fertilisants dans les écosystèmes. Une «trajectoire de réduction» pour les pertes d’azote et de phosphore est ainsi prévue. Si ces objectifs ne sont pas atteints, le Conseil fédéral serait obligé de prendre des mesures correctives. Le gouvernement veut aussi les fournisseurs d’éléments fertilisants (engrais minéraux, aliments pour animaux) soient tenus de communiquer les livraisons qu’ils font à des exploitations agricoles.

Tant l’Union suisse des paysans (USP) que l’association vaudoise Prométerre, tous deux tenantes d’un modèle plutôt productiviste, dressent un bilan mitigé des nouvelles propositions. Tout en saluant la mise en place d’une assurance contre les pertes de récolte, les associations professionnelles déplorent la mise en place des exigences supplémentaires, alors que l’enveloppe budgétaire est réduite de 120 millions.

Président de l’USP, le PLR Jacques Bourgeois craint une baisse des rendements. Autre son de cloche du côté de l’initiative sur l’eau potable. Sur la RTS, sa présidente, Franziska Herren demande d’aller plus loin et réclame une agriculture plus verte et sans pesticides.

Ancien président du syndicat paysan Uniterre dans le canton du Jura, Paul Sautebin, est lui aussi très critique et considère que la nouvelle politique «reste guidée par la concurrence mortifère mondialisée qui va toujours peser de son poids sur la nature et sur les producteurs.trices». «L’import-export reste le pilier central de la politique confédérale. Celle-ci est marquée par l’importation de 50% de l’alimentation et plus d’un million de tonnes de fourrage. L’exportation de produits laitiers, elle, représente près de 20% de la surface agricole du pays. Le système de surproduction laitière généré par la segmentation étatique est maintenu et le gaspillage alimentaire de 35% dans la grande distribution n’est pas touché. Ce dispositif d’import-export favorise les exportations de luxe pour importer de l’alimentation de base industrialisée pour nos classes sociales inférieures! (…).Le projet de PA22+ doit être refusé dans sa version productiviste et libérale. Il ne fait qu’entériner la poursuite du désastre en cours sur le dos des contribuables», martèlet-il.

Pour lui, le salut passe par d’autres remèdes. «Il faut mettre le cap sur la revitalisation des sols et la relocalisation de l’agro-alimentation, afin d’instituer une sécurité alimentaire libre du système bancaire et prenant en considération la santé publique. La maîtrise des procédés de productions agricoles et l’alimentation de la population passent nécessairement par la régulation des marchés agricoles nationaux. Cette maîtrise doit devenir du ressort des institutions démocratiques en relation avec les associations et coopératives de producteurs libérés du joug de l’agro-industrie et du commerce comme c’est le cas aujourd’hui dans les filières sectorielles», explique-t-il encore.

Vers un modèle d’agro-écologie

Le message est bien capté par la coalition «Agriculture du futur», qui regroupe aussi bien des membres d’ONG comme Greenpeace, Pain pour le prochain, Pro natura, des associations professionnelles comme Bio Suisse, Uniterre, Pro specie rara ou l’Association des petits paysans que des militants de la Grève du climat suisse. Le mouvement a été initié par des militants du climat, qui se sont approchés des paysans «afin de trouver un terrain d’entente pour une bonne alimentation, un environnement intact et le maintien de fermes dans notre pays».

La coalition organisera ce samedi une manifestation à Berne pour réclamer aussi bien la justice climatique, qu’une écologie agraire, des prix équitables pour les producteurs, la promotion de la biodiversité et de la souveraineté alimentaire. «Notre initiative n’est pas liée à l’annonce de la nouvelle Politique agricole. Elle s’inscrit dans un mouvement global pour un changement radical inscrit dans la Grève du climat qui prépare la grande Grève du climat du 15 mai. Par notre action, nous voulons sensibiliser le peuple et les politiques à la nécessité d’une agriculture écologique et relocalisée», nous confie Kelmy Martinez, responsable de la communication d’Agriculture du futur.

A l’occasion d’une conférence de presse cette semaine à Berne, Anja Ganda, militante de la grève du climat a expliqué qu’en Suisse et en Europe, l’agriculture représentait 13% des émissions de gaz à effet de serre. «Ce secteur pourrait nous faire espérer des émissions nettes nulles d’ici 2030, par stockage du carbone par les sols. Mais ceux-ci sont en grande partie très pauvres en matière organique et ne sont donc plus capables d’absorber le carbone. Il faut donc promouvoir des pratiques agricoles durables qui protègent les éco-systèmes», a relevé la militante.

Pour sa part, Ursina Töndury, membre du syndicat Uniterre a dénoncé les accords de libre-échange agricole que signe à tour de bras la Suisse. «Nous sommes dépendants du commerce transfrontalier, mais celui-ci doit être basé sur des normes équitables et écologiques, et non sur le dumping des prix», a-t-elle revendiqué. Pour Biovision, une fondation pour le développement écologique, «il est temps de changer de cap». Se basant sur les différentes recommandations du Conseil mondial de l’agriculture, l’organisation défend un modèle basé sur l’agro-écologie. Pas sûr que tous les paysans suisses rallient automatiquement la cause.

Manifestation «Agriculture du futur», samedi 22 février, dès 14heures, Schüttzenmatte, Berne, infos complémentaires sur www.agriculturedufutur.ch