Coronavirus, rendez-vous en terre inconnue

Epidémie • La rapide et inquiétante propagation du Covid-19 en Europe génère de nombreuses difficultés. Ainsi dans la gestion de la crise sanitaire et ses conséquences économiques. En Suisse, de nombreux secteurs sont déjà impactés. Les dommages sociaux sont relevés par l’Union syndicale suisse notamment.

Ce qui, il y a encore quelques semaines, était perçu par la plupart des Suisse.sse.s comme «une simple grippe» sévissant en Chine, se révèle aujourd’hui aux yeux de tou.te.s être une menace majeure pour la santé publique et économique du pays. Alors que les bourses mondiales venaient de boucler un «lundi noir», le premier ministre italien, Giuseppe Conte, a annoncé l’extension de la quarantaine à l’ensemble du territoire national et appelé ses 60 millions de concitoyen.nes. à «rester à la maison».

Dimanche soir, le journaliste Darius Rochebin rapportait sur Twitter la confidence d’un diplomate italien révélant l’ampleur de la catastrophe. «On a demandé des respirateurs artificiels à un autre grand pays de l’UE. Il y a eu un échange gêné. Ils font comprendre qu’ils ne peuvent pas prendre le risque selon la suite chez eux», lui aurait-il confié. En Suisse, à l’heure où ces lignes sont écrites, on dénombre près de 500 cas et 3 décès.

La fièvre de l’incertitude

A l’important risque sanitaire s’est rapidement ajouté le péril économique. Selon, le conseiller fédéral en charge de l’économie , de la formation et de la recherche (DEFR), Guy Parmelin, «les secteurs du tourisme, de la culture et de l’événementiel sont particulièrement touchés. L’industrie d’exportation et le transport aérien sont exposés au ralentissement des échanges commerciaux internationaux». En effet, l’hôtellerie accuse le coup. Certains établissements enregistrent des baisses de 50 à 60% des nuitées (RTS/SFR). Ces dernières sont pour l’heure essentiellement dues à l’absence des touristes chinois, premiers concernés par l’épidémie. Toutefois, la Suisse étant voisine de «l’épicentre» européen de la maladie et le dixième pays le plus touché, la suite s’annonce délicate. Le secteur aérien rentre également dans une période difficile d’effondrement de la demande. La compagnie Swiss a annoncé, vendredi, suspendre son projet de création d’un millier d’emplois en 2020 et réduira ses capacités de vols de moitié d’ici avril pour tenter de faire face (RTS).

En réponse à la situation, la Confédération a accordé la possibilité aux employeurs de demander des indemnités de réduction des horaires de travail. Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), une centaine d’entreprises ont fait la demande pour un total d’environ 3’000 emplois. «Nous nous efforçons actuellement de réduire la bureaucratie de ce système afin de faciliter des réponses rapides», assure Guy Paremelin pour qui le chômage partiel est actuellement le meilleur outil à disposition pour faire face à la crise.

Le monde du travail peu préparé

Or, de nombreuses questions restent en suspens. Ainsi, plusieurs pays ont décidé de fermer leurs établissements scolaires ou y ont été contraints par des mesures de confinement. A l’apparition des premiers cas, les autorités helvétiques s’étaient déclarées défavorables à une fermeture par précaution, craignant que les enfants ne dussent alors être gardés par nos anciens, les plus à risques face au virus, pour permettre aux parents de travailler. La situation s’aggravant de jour en jour, il se pourrait que la mesure devienne nécessaire. Interrogé par la RTS, Jean Christophe Schwaab, juriste, ancien syndicaliste et conseiller national vaudois, rappelle que la législation sur le travail donne le droit à trois jours de congé payé par maladie et par enfant.

Il souligne que le législateur a prévu cette durée pour permettre aux familles d’organiser une solution de garde. Or, comme le reconnaissent les autorités, ce sont bien souvent les grands-parents qui en prennent la charge. Pour Mr. Schwaab, il s’agit là d’une «lacune légale évidente» qui risque de contraindre les parents à prendre congé pour répondre à l’obligation légale de s’occuper de leur(s) enfant(s) et ce sans être payés. Il souligne un autre exemple de problématique lié aux mesures de lutte contre l’épidémie, les travailleur.se.s des «boîtes d’intérim», auxquelles ont souvent recours les participants à des salons ou des foires, qui connaissent actuellement d’innombrables annulations. Elles ont des contrats pouvant être dénoncés au bout de seulement deux jours sans dédommagement.

Le Conseil d’Etat genevois, lui, a renforcé mercredi la limitation des rassemblements. Ainsi, les manifestations de plus de 100 personnes (ex.: discothèques) sont désormais, en principe, interdites à Genève.

Face à cette situation, l’Union syndicale suisse (USS) veut que les pouvoirs publics soutiennent financièrement les entreprises lorsque celles-ci subissent une chute de leur chiffre d’affaires liée aux décisions administratives (Loi sur les épidémies). «Des interdictions (préventives) de travailler ne doivent pas être prononcées sans que la question des salaires ne soit réglée au préalable », revendique la faîtière. Elle exige aussi des autorisations rapides et non bureaucratiques du chômage partiel, de ramener à un jour le délai d’attente en cas de chômage partiel, une politique monétaire proactive de la BNS contre la surévaluation du franc et pour le faire baisser. Mais aussi le maintien des liquidités dans les entreprises et dans le système financier, l’optimisation des services de santé, la protection du personnel contre la contamination.

Alors que nous ne sommes qu’à une dizaine de jours des premiers cas sur notre territoire, le quotidien de centaines de nos concitoyen.ne. s et de leur entourage est déjà chamboulé. Pour le reste nous rentrons en terre inconnue.