La bataille de Genève aura bien lieu

Genève • A quelques jours des élections communales, rencontre avec trois élu.e.s du PdT pour un bilan de la législature en Ville de Genève. Et un passage en revue des enjeux environnementaux, sociaux et culturels des cinq prochaines années.

Le PdT en campagne à Genève. Pour un développement urbain éco-responsable et un refus des coupes dans le social, la culture et l’aide internationale. (PdT)

fastes sont terminées», titrait récemment la TdG. Du fait de l’acceptation de la Réforme fiscale et financement de l’AVS (RRFA) cantonale, entrée en vigueur au 1er janvier, les rentrées financières tirées de l’impôt sur les bénéfices des entreprises pourraient baisser et mettre à mal les finances de la commune. Premier signe tangible de cette menace: le vote du dernier budget prévoit d’ores et déjà un déficit de 30 millions que doit éponger une réserve conjoncturelle, aujourd’hui dotée de 105 millions.

«Va-t-on laisser gérer ces années d’austérité par une droite, qui ne pense qu’à des coupes budgétaires et qu’approuvent certains socialistes? Ou à une gauche cohérente, qui refusera toutes coupes dans le social, la culture ou l’aide internationale comme elle l’a fait dans le passé?», lance Tobia Schnebli, conseiller municipal et candidat sur la liste Parti du Travail – Féministes et écologistes pour les élections du 15 mars.

Au sortir d’une législature marquée par le scandale des notes de frais prohibitives de plusieurs membres de l’exécutif, l’élu tire un bilan global plutôt négatif de ces cinq dernières années. «La politique de développement urbain s’est faite de façon inégalitaire, en privilégiant des investissements bling-bling au détriment des quartiers populaires. D’un côté, on rénove le Quai des Bergues et on prévoit de nouveaux projets de gentrification de la Rade, de l’autre, on surdensifie les quartiers populaires comme le Jonction ou les Charmilles. Ceci sans avancer dans le programme de rénovation et de réduction des pertes d’énergie du parc immobilier de la commune», relève Tobia Schnebli.

«La prochaine législature sera déterminante afin de concrétiser la déclaration d’urgence climatique approuvée par le conseil municipal. Nous devons investir massivement dans la rénovation écologique. Pour cela, il faut recourir à l’emprunt, à l’heure où les taux sont très bas. Ce programme est porteur pour développer une économie genevoise tournée vers l’avenir, durable, tout en étant rentable du point de vue de l’emploi», signale l’élu. «Certains quartiers – la Jonction ou Les Pâquis – manquent de parcs et de verdure. Il faut aller dans le sens d’une arborisation et d’une végétalisation accrues», acquiesce une autre élue du PdT, Ariane Arlotti. «Dans ce développement urbain, il faut aussi privilégier la qualité de la vie. On ne peut pas entasser les gens comme cela est prévu aux Vernets, où vont être construits 1’500 logements sur une petite parcelle», abonde Hélène Ecuyer, conseillère municipale du PdT. Tout en  défendant par ailleurs une ambitieuse piétonisation des rues sur le territoire communal, «sans risque pour les piétons de se faire shooter par une bagnole».

Bastion de la gauche populaire

Pour elle, la question sociale est prioritaire. Durant la législature, 575 nouvelles places de crèche et cinq nouvelles structures d’accueil de la petite enfance ont été créées selon les calculs de l’élu communal socialiste Pascal Holenweg. Qui relève aussi une hausse des effectifs de la police de proximité municipale et de ceux du service incendie, avec l’ouverture de trois casernes au centre-ville fonctionnelles sept jours sur sept, 24 heures sur 24  «Il faut continuer dans ce sens en ce qui concerne la petite enfance. Nous voulons aussi proposer une revalorisation des allocations personnalisées accordées par la Ville aux personnes reconnues comme bénéficiaires des prestations complémentaires cantonales à l’assurance-vieillesse et survivants et à l’assurance-invalidité. Ce qui leur permettra de maintenir une vie sociale ou des loisirs», relève Hélène Ecuyer. Elle voudrait aussi que l’aide au développement atteigne les 0,7% comme la Ville s’y est engagée.

«Genève doit être un bastion de résistance de la gauche populaire contre les plans de déréglementation menés par la droite cantonale. A ce titre, elle se doit de protéger les salarié.e.s de la fonction publique, en préservant par exemple leurs droits à des indemnités horaires décentes», renchérit Tobia Schnebli. «Il n’est pas normal pour une Ville avec un Conseil administratif de gauche de raboter les indemnités de travail de nuit ou de pénibilité des classes les plus basses des fonctionnaires», confirme Ariane Arlotti. «En même temps que nous voulons réduire le salaire des conseillers administratifs avec l’initiative que nous venons de lancer, notre objectif est de revaloriser les bas salaires de la fonction publique», argumente-t-elle.

En tant que membre des commissions de la culture et de l’aménagement du territoire et des travaux, elle appuie aussi une meilleure péréquation entre la Ville et le Canton. «Car la loi de sur le transfert des charges de 2016 a singulièrement aggravé le désengagement du Canton dans le domaine culturel. On constate que ce dernier s’est désinvesti de la culture et laisse la Ville assumer seule les charges de 50 millions du Grand Théâtre ou de la future scène de la Comédie. Cette absence de soutien cantonal et des autres communes se fait au détriment des compagnies indépendantes ou des scènes alternatives. Ce qui est dommage. Il faut donc revoir la péréquation», estime l’élue. Elle rappelle que l’opéra de Zurich est en partie subventionné par le Canton de Zoug.

Il en va de même dans le sport, où des investissements conséquents sont prévus pour rénover plusieurs centres sportifs (Queue d’Arve, Bois-des-frères ou Bout-du-monde) ou pour construire des piscines comme aux Eaux-Vives ou sur le site de La Praille-AcaciasVernets (PAV).

Perspectives prudentes

A l’heure des pronostics, Tobia Schnebli se montre prudent quant aux chances du PdT de franchir le quorum de 7% ou d’un éventuel changement de majorité au conseil municipal. Rappelons qu’aujourd’hui, l’Alternative (Verts, PS et Ensemble à Gauche avec le PdT et solidaritéS réunis) détient 37 sièges sur 80 dans l’hémicycle. «Cette année, la droite part divisée, de même que la gauche de la gauche, du fait de la position de solidaritéS, qui porte une lourde responsabilité dans cette absence d’alliance entre nos forces», explique Tobia Schnebli. Il se félicite cependant de la candidature de Maria Perez à l’exécutif. «Elle est une candidate du renouveau et elle incarne la cohérence dans ses engagements. Son élection à l’exécutif signifierait l’arrivée de la première femme de la gauche de la gauche à l’exécutif de la Ville de Genève», se prend-il à rêver