Après six semaines de confinement, la Chine entrevoit le printemps

Chine • Dans la lutte contre l’épidémie, les autorités ont annoncé une reprise progressive de l’activité, mais les inconnues sur le plan international continuent de peser. (Par Lina Sankari, paru dans L'Humanité)

L’image se veut aussi lyrique que martiale. Et entend renvoyer aux autres combats emportés par la Chine moderne. «Sous le commandement personnel du secrétaire général Xi Jinping, la victoire contre le Covid-19 sans précédent approche au son des pas du printemps», claironnait la télévision publique CGTN après la visite, lundi, du président chinois à Wuhan, ville épicentre du virus. « La propagation de l’épidémie est pratiquement jugulée», s’est félicité le chef de l’Etat, saluant la résilience de la population, mais aussi le personnel médical, renommé « les soldats en blanc» par la presse. Le 17 mars, les autorités annonçaient la fermeture des seize hôpitaux temporaires de Wuhan, qui ont guéri 12’000 patients présentant des symptômes légers et dont la construction reste «une innovation majeure dans l’histoire de l’action médicale», se félicitait le Quotidien du peuple.

Et Bruce Aylward, épidémiologiste de l’Organisation mondiale de la santé, d’abonder: «Face à un virus jusque-là inconnu, la Chine a sans doute déployé la réponse la plus ambitieuse, agile et agressive de l’histoire pour confiner une maladie» L’annonce, le 17 mars, de la reprise progressive de l’activité économique au cœur de la métropole confinée depuis six longues semaines se voulait un autre signe encourageant de l’endiguement du coronavirus, avec seulement 19 cas nouveaux enregistrés dans la journée de mardi. Ainsi, les entreprises médicales, les services publics qui fournissent le gaz et l’électricité, le secteur agroalimentaire et les supermarchés redémarrent sans délai. Les compagnies ayant «une grande importance dans la chaîne de production nationale et mondiale», comme l’automobile, l’informatique, l’électronique et le textile devront obtenir une autorisation avant la reprise de l’activité, expliquent les autorités provinciales. Signe que la Chine, qui joue un rôle incontournable dans les chaînes de valeurs mondiales, entend voir repartir la croissance mondiale au plus vite.

Nouvelle phase de la mondialisation

A l’échelle nationale, la deuxième puissance mondiale livre également des signes de relance progressifs dans le tourisme, le trafic maritime, la construction et les transports. Un grand retard est à rattraper: selon de premières estimations, la croissance au premier trimestre devrait s’établir à 2,3% en glissement annuel au lieu de 6%.

Il est pourtant prématuré de dire que la Chine est totalement sortie d’affaire. D’une part, parce que la crise économique et sociale est installée et que de nombreuses inconnues continuent de peser. Notamment sur la capacité du reste du monde à juguler l’épidémie et à raviver l’activité. D’autre part, le plan de relance massif envisagé par les autorités centrales ne suffira pas à relancer dans l’immédiat les exportations. Depuis le 18e Congrès du PCC en 2012, la Chine a acté la réorientation de son modèle de développement vers la stimulation de la consommation intérieure afin de moins dépendre des échanges.

C’est d’autant plus vrai à l’issue de cette séquence qui a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées et les risques liés à une dépendance extrême à la Chine en temps de crise. En clair, la Chine doit devancer une éventuelle nouvelle phase de la mondialisation afin de ne pas pâtir d’un redéploiement de la production.

Dernière inconnue pour Pékin: l’attitude des Etats-Unis. Les deux puissances économiques sont engagées dans une phase de désescalade commerciale mais encore loin d’un accord final. La «phase 2» n’interviendra pas avant l’élection présidentielle américaine de novembre, dont nul ne connaît l’issue. Toutefois, on voit mal, avec le risque d’une nouvelle crise économique, un président américain – quel qu’il soit – ajouter à la catastrophe en relançant les hostilités avec la Chine.