Les travailleuses et les travailleurs sacrifiés?

Suisse • A l’heure où la pandémie prend de l’ampleur, force est de constater que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. (Par Julien Gressot)

Toutes les personnes actives dans le divertissement, la culture, les sports et loisirs, la restauration et les bars, une grande partie des indépendant.e.s ont vu leurs activités être interrompues, à juste titre, tout en demeurant dans le flou par rapport aux mesures qui seront prises pour les aider.

Dès lors, pourquoi d’autres secteurs d’activité ne sont-ils pas logés à la même enseigne? Certain.e.s doivent continuer leur travail dans des locaux surchargés qui sont le plus souvent pas ou peu adaptés au respect des mesures sanitaires. Une partie doit continuer à prendre des trains qui aux heures de pointe sont encore bien trop remplis. D’autres doivent aller travailler sur des chantiers sans protection réelle. Des usines continuent de fabriquer des produits comme des montres qu’actuellement personne ne veut acheter – on se soucie bien moins de connaître l’heure lorsque nous sommes confinée.s. –, ni, d’ailleurs, ne le peut avec la fermeture des commerces.

Comment justifier ce traitement différencié des secteurs d’activité? Cet entre-deux est d’autant moins compréhensible que les épidémiologistes sont formels, il faut réduire au maximum les contacts au risque de surcharger les services de soins durant les prochaines semaines. Ecoutons-les!

Le Conseil fédéral ménage la chèvre et le chou en prenant des mesures restrictives fortes dans certains domaines, tout en laissant une partie de l’économie poursuivre son activité. La principale raison est que le Conseil fédéral, à l’instar de la plupart des pays européens, a décidé de lisser la courbe des infections sur la durée en espérant que la population acquiert une immunité collective, survenant lorsqu’une majorité a été contaminée et a développé des anticorps. Cette stratégie, à l’opposé de celle suivie par la plupart des pays asiatiques, est un pari sur la durée. Le corollaire de cette stratégie est qu’il ne faut pas toucher trop fortement le système économique et cela au risque d’accentuer la pression sur les travailleuses et les travailleurs. Non seulement toutes les personnes actives dans les secteurs socialement essentiels seront fortement impactées car la pandémie va continuer sa progression. Mais également toutes les personnes œuvrant dans les secteurs qui ne sont pas encore arrêtés car elles peuvent être infectées bien plus facilement et transmettre le virus à leurs proches. Pour protéger l’ensemble de la population, il faut arrêter l’économie!

Les licenciements doivent être interdits

Evidemment ces interruptions, celles qui sont déjà prises et celles qui devraient l’être, posent la question de la sécurité financière. Les licenciements doivent absolument être interdits durant cette période et les salaires garantis. La Suisse est un pays riche, cette richesse doit profiter à toutes et à tous, pas uniquement aux entreprises qui, cela ne fait guère de doute, vont être une fois de plus sauvées par l’Etat le moment venu – au nom du Too big to fail -, État sur lequel elle crache à longueur d’années pour obtenir des diminutions d’impôts, des allègements de taxes et de conserver la possibilité de placer leurs larges profits dans l’un ou l’autre des paradis fiscaux.

Stoppons tout ce qui n’est pas essentiel et restons toutes et tous confiné.e.s au maximum d’accord, mais de manière juste, en ne laissant personne de côté, tout en prévoyant déjà l’aprèscrise qui sera également une période cruciale durant laquelle il ne faudra pas se faire embobiner par les chantres du libéralisme, de la concentration des infrastructures et des suppressions des services publics qui ont déjà commencé à faire de la récupération politique en modifiant leur discours. Macron en étant l’exemple le plus flagrant, mais Laurent Kurth, ministre de la Santé à Neuchâtel, qui s’est battu pour supprimer l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, également en disant le 17 mars à La Matinale: «On a beaucoup dit qu’on avait trop d’hôpitaux dans notre pays ces dernières années. Je crois que le constat pourra être nuancé au sortir de cette crise». Novlangue quand tu nous tiens…