Taxer les fortunés pour la solidarité

Suisse • Le Parti suisse du Travail PST-POP lance une pétition pour taxer les grandes fortunes. Objectif: créer un fonds de soutien pour la population et les salarié.e.s.

«Le plan d’aide fédérale de 42 milliards repose avant tout sur des prêts aux entreprises, qui devront bien être remboursés. Si elles ne le peuvent pas, elles seront en faillite. Au final, ce sont les travailleurs, travailleuses et les classes populaires qui devront payer cette crise. Celle-ci va sûrement s’aggraver à l’avenir par l’accentuation toujours plus grande de politiques d’austérité», souligne Christophe Grand, secrétaire cantonal du POP vaudois et du PSTPOP.

Dernier exemple en date de cette pression sur les salarié.e.s, celui des intérimaires. La Communauté d’action syndicale genevoise (CGAS) et Unia relevaient cette semaine que si les centaines de ces temporaires licenciés dans les premiers jours de la pandémie pourront être indemnisés, suite à la modification du régime de la réduction des horaires de travail (RHT) prévue par une récente Ordonnance fédérale, il n’en reste pas moins que leur situation est très précaire. La nouvelle mesure n’aura aucun effet rétroactif et du fait de la variabilité du temps de travail de cette catégorie de travailleur.euse.s, il sera ardu de fixer leur salaire moyen par les ORP, ce impliquera un faible revenu de remplacement au chômage.

Pour pallier ces réductions de salaires qui frapperont aussi nombre d’indépendants, le parti a décidé de lancer une pétition pour taxer les plus grosses fortunes afin de créer un fonds de solidarité pour la population. «L’idée est de taxer à hauteur de 2% les fortunes de plus de trois millions de francs. Si on se base sur les chiffres 2016 de l’Office fédéral de la statistique (OFS), une taxe de 2% rapporterait déjà près de 17 milliards de francs», explicite Christophe Grand. «Une enquête internationale du Crédit suisse montrait qu’en 2019 la Suisse comptait près de 400’000 millionnaires et que sur ce total, les 300 plus riches de Suisse avaient vu leur fortune s’envoler de 4% pour atteindre 702 milliards de francs cette année-là, selon les calculs du magazine Bilan. Pour lutter contre la crise économique, qui menace les ménages suisses, notre idée est de prendre les richesses où elles sont», justifie encore le Vaudois.

«Actuellement, toutes les demandes proposées par les partis ou les syndicats visent à améliorer les plans financiers d’aide communale, cantonale ou fédérale, mais il est aussi important pour notre parti de proposer de nouvelles recettes, en demandant un effort obligatoire de solidarité de la part des plus nantis comme y invite cette pétition», renchérit Denis de La Reussille, conseiller national du POP. «Si l’on veut sortir de la crise avec des entreprises qui survivent, notamment les PME ou les artisans de proximité, il faut aussi que l’on puisse fournir une aide financière à fonds perdus. On voit que certaines communes l’ont déjà compris, en se proposant de renoncer à l’encaissement de baux locatifs leur appartenant pour maintenir des commerces et éviter des faillites en cascade et des pertes d’emplois», relève le Neuchâtelois et maire du Locle.

«Notre idée est d’avoir un fonds de redistribution pour les secteurs et les personnes les plus touchés par la crise, sans nécessité de remboursement», explique encore Christophe Grand, qui se méfie du plan d’aide du gouvernement. «Depuis des années, la droite et le gouvernement nous expliquent qu’il n’y a pas d’argent pour les salaires, les retraites, les services publics ou pour contrer l’urgence climatique et soudain le Conseil fédéral trouve 42 milliards d’un coup de baquette magique. Il y a de quoi se poser deux ou trois questions sur la suite», s’étonne-t-il.

Exemple belge

L’initiative du PST-POP ne sort pas de nulle part. «En Belgique, le Parti du Travail (PTB) vient de lancer la même initiative et propose d’instaurer une Taxe corona, prélevée en une fois, sur le patrimoine de ménages qui dépassent les 3 millions d’euros afin de garantir les revenus des familles, le temps de la crise du coronavirus. Elle vise à augmenter l’allocation liée au chômage économique et de garantir les revenus de tous les travailleurs touchés par la crise, aussi bien les employés que les étudiantsjobistes ou tous les intérimaires, avec la garantie d’une indemnisation à 100% de leur salaire», souligne encore Christophe Grand.

Et pour la suite? Pour Denis de la Reussille, il est clair que «les pouvoirs publics devront revoir certaines décisions prises ces dernières années en matière de libéralisation des marchés». Il ajoute:«On a vu que certains produits stratégiques faisaient défaut. A terme, il faudra réfléchir à rapatrier en Suisse ou en Europe la production de produits pharmaceutiques. Il n’est pas normal que la quasi majorité des génériques soient produit en Inde ou en Chine pour des seuls raisons de coûts. La libéralisation nous conduit dans l’impasse, induisant une vulnérabilité de notre système économique», insiste le conseiller national. Il dénonce aussi les hypocrisies de la droite, particulièrement celle de Neuchâtel. «Aujourd’hui, elle applaudit les infirmier.ère.s ou les nettoyeur.euse.s, alors qu’il y a quelque temps elle cherchait à affaiblir la CCT Santé 21, à externaliser le secteur du nettoyage ou à centraliser les soins intensifs sur un seul site, en refusant une décentralisation de la prise en charge des patients, qui aujourd’hui s’avère bénéfique», relève le Loclois.

A noter que plusieurs autres pétitions nationales viennent d’être lancées ces derniers temps. L’une demande que le Conseil fédéral décrète l’arrêt immédiat de toute activité économique non essentielle, non prioritaire et non urgente sur l’ensemble du territoire, tout en renforçant massivement les inspectorats du travail ainsi que les droits syndicaux, afin d’assurer le respect des règles de sécurité notamment sanitaire. Une autre, relayée par la Chambre de l’économie sociale et solidaire de Genève, veut une extension des mesures de soutien fédérale à toutes et tous les indépendant.e.s du pays, ainsi qu’aux PME sous forme de soutien financier et non de prêts.

La pétition du PST-POP pourra être signée dès vendredi sur le site www.pst-pop.ch