Unige: Des conditions d’examens qui posent question

La faîtière des associations étudiantes de l’Unige (CUAE) estime que les modalités adoptées par le rectorat pour les examens ne tiennent pas suffisamment compte de la partie du corps estudiantin confrontée aux plus grandes difficultés sociales.

A la suite de la fermeture des portes de l’Université de Genève (Unige) à la mi-mars, la Conférence universitaire des associations étudiantes (CUAE) sonnait l’alarme sur les conditions dans lesquelles se dérouleraient les examens de mai et juin prochains (voir Gauchebdo 13). Le syndicat et faîtière appelait à une validation en bloc de tout les enseignements suivis durant le semestre, tout en maintenant des examens à blanc pour permettre une auto-évaluation des étudiant.e.s. Une telle solution était, selon elle et en l’état, la seule qui soit véritablement «solidaire et égalitaire», au regard de la situation des plus mobilisé.e.s – armée, service civil, proches aidants – et des plus précaires – étudiant.e.s travailleur.se.s et/ou avec enfants, mauvaises conditions d’étude, …

Par un mail à l’ensemble de la communauté universitaire, à la fin mars, Yves Flückiger, recteur de l’Unige, a annoncé les modalités des dits examens. Ceux-ci sont maintenus et se dérouleront à distance, mais les échecs ne seront pas comptabilisés comme des tentatives, les délais d’études seront rallongés si nécessaire et il sera possible de prendre congé du semestre «gratuitement».

A en croire la CUAE, l’Unige est ainsi la première université suisse à annoncer le maintien des examens de la prochaine session. «De par la récente nomination de Monsieur Flückiger à la présidence de [l’organisation faîtière des hautes écoles] SwissUniversities», elle donne le ton pour tout le pays. Pour le syndicat, si les intentions du rectorat sont «louables», à savoir maintenir la valeur des diplômes et éviter l’inégalité de traitement, «la méthode, elle, questionne. Et plus, elle déçoit».

Verticalité décisionnelle

D’abord, pour la CUAE, cette crise «oblige» les institutions à repenser leurs manières de fonctionner. La période actuelle ayant vu «naître partout des solidarités fondées sur l’écoute et l’implication inclusive», elle offrait la possibilité d’un «renouveau démocratique» à travers une ‘‘horizontalisation’’ des prises de décisions. «Elle a au contraire fait ressortir la verticalité abrupte de notre université», écrit le syndicat. Alors que le Recteur, assure que sa directive «s’est nourrie des proposition [des] étudiantes et étudiants au travers de leurs associations», la CUAE affirme que la consultation a été «inexistante» et souligne que «pas une seule personne membre du corps étudiant n’a participé, de près ou de loin, aux réunions décisionnelles».

Les derniers de cordée

Par delà la méthode, la faîtière s’inquiète de la solution adoptée et des personnes qu’elle risque de laisser pour compte. Celle-ci va, en effet, contraindre nombre d’étudiant.e.s à rallonger leur cursus d’un semestre au moins, voire plus en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. Comment feront alors les personnes bénéficiant de bourses censées s’arrêter à une période précise? Que feront les personnes dont le permis de séjour se termine? Vers qui se tourneront les personnes dans l’incapacité de payer les près de 30’000 francs que coûte une année de vie en études à Genève? Que peuvent faire les personnes qui ont des enfants à charge et ne peuvent pas suivre les cours? Autant de questions, parmi de nombreuses autres, que la CUAE adresse aujourd’hui au Rectorat.

Malgré l’extension des délais d’études en cas d’échec et la possibilité d’un congé semestriel, de nombreux.ses étudiant.e.s ne pourront pas s’offrir le luxe d’une quelconque prolongation. Ainsi, celles et ceux sont qui confrontées à des situations familiales difficiles – conflits, violences, pression, parents à charge, … – et à la précarité, se verront dans l’impossibilité de prolonger leur cursus, tout en jonglant avec des petits jobs étudiants – disparus pour la plupart – et des problématiques domestiques. Rappelons qu’en temps normal, ces dernier.ère.s sont déjà soumis.e.s à un système de notation inégalitaire qui fait fi de leurs handicaps sociaux, en termes de temps à consacrer aux études par exemple. Ces inégalités sont amplifiées en temps de crise majeure comme celle que nous vivons.

Certains, comme la CUAE, s’interrogent donc pour savoir «si les notes données par les prochains examens refléteront vraiment le niveau des étudiant.e.s ou plutôt leur capacité à gérer leur confinement». Le Rectorat a assuré répondre aux nombreuses questions en suspens lors de la prochaine assemblée de l’Université. De son côté, la faîtière étudiante espère qu’à l’instar d’Alain Berset, Mr Flückiger se rappellera que «la force d’une société se mesure à l’attention qui est portée aux plus faibles de ses membres».