L’appel d’économistes à la solidarité

Covid-19 • Des économistes européens réclament un changement de pied radical face aux mesures engagées sous tutelle des marchés financiers. (Par Bruno Odent, paru dans L'Humanité)

Les plans dits de relance mis en œuvre par Washington comme par les capitales européennes prévoient à coups de billions d’euros ou de dollars de placer le capital sous respirateur artificiel. Comme en 2008. A charge de transférer sur les épaules des citoyens-contribuables ordinaires le poids du sauvetage des marchés financiers, ce qui enclenche la perspective de nouvelles potions austéritaires.

La gravité de la menace de récession suppose bien des interventions publiques d’une dimension inégalée. Seulement, les choix faits jusqu’ici ne répondent pas à l’urgence et nous promettent en retour un choc social d’une ampleur inouïe. La moitié de la population mondiale pourrait se retrouver sous le seuil de pauvreté après l’épidémie, alerte une étude de l’ONG Oxfam.

Cette sinistre prospective se laisse déduire d’une méthode, un parti pris de gestion qui a conduit à une suraccumulation financière devenue intenable, avant même la crise, pour les équilibres de l’économie mondiale. L’intérêt du plus grand nombre recommande un changement de pied radical en faveur du développement des biens communs si indispensables à la survie de l’humanité.
Des économistes européens de gauche lancent un appel et une pétition (1).

Ils proposent «la création immédiate d’un fonds européen pour la santé» qui pourrait être rapidement étendu à d’autres services publics vitaux. Il serait alimenté par la Banque centrale européenne (BCE) sous forme de prêts à 100 ans «non négociables sur les marchés» dont les taux seraient nuls, voire négatifs. Il n’y aurait ainsi plus à souscrire le moindre «bond», ou titre de dette dont le remboursement enchaîne tôt ou tard sur de l’austérité. Ce fonds, précisent les signataires de l’appel, pourrait aussi être utilisé pour couvrir les énormes besoins de financement des «pays en développement ou émergents d’Afrique, d’Amérique latine, du sud de la Méditerranée, du Sud et de l’Est hors UE». L’urgence pour l’Europe comme pour l’humanité est à cette solidarité concrète.

(1) Parmi les signataires de cette pétition, disponible sur www.change.org/ArgentBCESanté, on retrouve des personnalités de sept pays dont l’Allemand Heinz Bierbaum, président du Parti de la gauche européenne, les Français Frédéric Boccara et Pierre Laurent, ou encore l’Italien Paolo Fer- rero, le Grec Euclide Tsakalotos.