Des aides financières en question

Suisse • Dans le sillage du gouvernement, les chambres approuvent des crédits pour relancer la machine économique d’après-confinement.

Les deux chambres ont donné leur aval aux garanties bancaires de 1,2 milliard de francs pour Swiss et Edelweiss, sans contrepartie. (Hypervel)

La normalité démocratique était presque de retour cette semaine, avec la réapparition des parlementaires à Berne pour leur session extraordinaire au parc de Bernexpo. La droite, toujours majoritaire dans les chambres, piaffant d’impatience d’entériner le nouveau rapport de force au sein du gouvernement.

Celui-ci se penche nettement plus vers l’axe PLR-UDC. «Le Conseil fédéral a cédé aux pressions de l’économie et les quatre ministres de droite ont réussi à minoriser les deux socialistes et la démo-chrétienne, Viola Amherd. Résultat: on déconfine, on restaure la «liberté du commerce et de l’industrie». Et tant pis pour la maîtrise, rendue beaucoup plus difficile, de l’épidémie. On n’écoute plus les médecins, on écoute les patrons», analyse ainsi sur son blog le conseiller municipal genevois Pascal Hollenweg (PS).

Sujet emblématique, la recapitalisation des compagnies aériennes suisses, qui sont actuellement clouées au sol du fait de la pandémie. Tout comme le conseil des Etats, le conseil national a donné son aval aux garanties bancaires de 1,2 milliard de francs pour Swiss et Edelweiss, ainsi qu’à une aide de 600 millions de francs destinée aux entre- prises connexes travaillant sur les aéroports nationaux, mais sans exiger de réduction des émissions de gaz à effet de serre. «L’aviation civile est pourtant l’une des principales sources d’émission de CO2 et celle qui se développe le plus rapidement. En Suisse, elles ont augmenté de plus de 70% depuis 1990. L’aviation est responsable actuellement de près de 19% des gaz à effet de serre en Suisse. C’est un chiffre très élevé en comparaison internationale», a expliqué en vain, l’élue verte genevoise, Isabelle Pasquier-Eichenberger, tout en dénonçant la sous-enchère salariale qui règne dans ce secteur des vols à bas prix.

La gauche sociale minorisée

Au-delà de cette passe d’armes, l’unanimisme a été de mise pour voter les crédits extraordinaires de 57 milliards débloqués dès le 14 mars par le gouvernement pour soutenir les prêts aux PME et le soutien aux assurances chômage et perte de gain. Le National a aussi approuvé une aide de 100 millions de francs (finalement redescendue à 65 millions après le vote des deux chambres) pour les crèches pri-vées.

Il a cependant rejeté trois amendements déposé par la gauche de la gauche, qui réclamaient la garantie des revenus à 100% pour les personnes au chômage ou en réduction du temps de travail (RTT), l’élargissement des Allocations pour perte de gain (APG) aux personnes sans- papiers et aux petit.e.s indépendant.e.s précaires, ainsi qu’une augmentation des aides d’urgence en faveur des acteurs culturels. La première demande, défendue aussi par l’Union syndicale suisse (USS) supposait une rallonge de crédit de 5 milliards, mais a été repoussée par 124 voix contre 54. La deuxième pro- position, qui aurait permis de couvrir de nombreuses personnes actives dans les domaines de l’économie domestique sans ressources, forcées de se replier sur les distributions de nourriture gratuite comme on l’a vu à Genève, a été refusée par 129 voix contre 61. Le quadruplement de l’enveloppe consacrée à l’aide d’urgence en faveur des acteurs.trices culturel.le.s (notamment les intermittents sans contrats formels, personnes travaillant à l’heure, sur appel ou à la prestation) a aussi été repoussée.

Pour sa part, le conseiller national Neuchâtelois (POP), Denis de la Reussille a déposé deux motions au National. La première vise à introduire un prélèvement unique de 2% sur les fortunes et le patrimoine de plus 3 millions, ce qui permettrait de percevoir environ 17 milliards de francs pour soutenir directement les salariés, les familles et les petites entreprises en détresse financière à cause du covid 19. La deuxième veut que la Suisse ratifie la Convention n°. 187 de l’OIT sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail. 

Soutien limité à la presse

Suivant le Conseil des Etats, le National a, en revanche, largement approuvé deux motions pour débloquer une aide totale urgente de 65 millions pour les médias privés. Cette somme doit permettre de financer le service de base de l’agence de presse Keystone-ATS afin qu’il soit mis gratuitement à la disposition des médias pendant la crise.

De plus, 25 millions sont aussi alloués à un acheminement postal gratuit des journaux régionaux et locaux – ce qui concerne aussi Gauchebdo – durant le temps de la pandémie. Pour les autres journaux quotidiens, la Poste doit pré- voir un tarif avantageux. Ils ne bénéficieront de cette aide que s’ils renoncent à verser des dividendes à leurs action- naires pour l’exercice 2020.

Une aide immédiate de 30 millions de francs supplémentaires pour les radios et télé- visions locales privées est aussi prévue. «Si elle est mise en œuvre maintenant, l’aide de transition pourrait atténuer les pires dommages irréparables subis par les médias. Cependant, cela ne résoudra pas la crise des médias préexistante. Cette question sera examinée par le Parlement lors de la session de juin sous la forme d’un nouvel ensemble de mesures à long terme (consistant dans un paquet structurel de 70 millions proposé par le Conseil fédéral, ndlr)», estime le syndicat Impressum.

Alors que le Conseil aux Etats a adopté une motion pour que les petites entreprises et les indépendants soient exonérés pendant deux mois de leur loyers, le National planchait sur un rabais de 70% sur la période. La décision finale est reportée au mois de juin.