Règne sans fin de la faim

Covid-19 • Plus de 1,5 milliard de personnes risquent de perdre leurs moyens de subsistance selon l’Organisation internationale du travail (OIT). (Par Rosa Moussaoui, paru dans L'Humanité)

Guy Ryder, directeur général de l’OIT. (© Marcel Crozet / ILO)

L’Organisation a publié, le mercredi 29 avril, ses dernières pré- visions sur l’incidence de la pandémie et du confinement sur les travailleurs et les entreprises du monde entier. Pour dresser un alarmant constat d’asphyxie de l’économie mondiale. D’après cette institution, en prenant en compte les travailleurs indépendants, 436 millions d’entreprises, dans le monde, sont aujourd’hui confrontées à des risques élevés de «graves perturbations». Au total, prévient l’OIT, 1,6 mil- liard de personnes sont confrontées au «au danger immédiat de voir leurs moyens de subsistance anéantis».

Le directeur général de l’organisation, Guy Ryder, prédit d’ores et déjà un «impact énorme en matière de pauvreté». Avec les salariés des TPE employant moins de dix salariés, les plus durement éprouvées par le brutal coup d’arrêt porté à l’activité économique avec le confinement de la moitié de la population mondiale, les travailleurs du secteur informel sont évidemment les plus vulnérables.

Chute vertigineuse des revenus

Leur revenu, dans le premier mois de cette crise, a dégringolé de 60%, avec de fortes disparités régionales: 81% en Afrique et dans les Amériques, 21,6% en Asie-Pacifique et 70% en Europe et en Asie centrale. «Nous devons tous penser à la souffrance humaine qui se cache derrière ce chiffre», insiste Guy Ryder. Privées de revenus, des familles entières se trouvent ainsi plongées dans le plus total dénuement.

Parmi les secteurs les plus touchés dans le secteur formel: la restauration, les services d’hébergement, l’industrie, le commerce de gros et de détail, l’immobilier. Au second trimestre, le total des heures de travail dans le monde devrait chuter de 10,5% par rapport au trimestre précédent, ce qui équivaudrait à 305 millions d’emplois à plein temps. Avec le prolongement attendu des mesures de confinement, la situation devrait encore se dégrader.

«Des millions d’entreprises à travers le monde ont du mal à tenir la tête hors de l’eau, alerte l’OIT. Elles n’ont pas d’épargne ou pas d’accès au crédit. Voilà pourtant le vrai visage du monde du travail. Si nous ne leur venons pas en aide dès à présent, elles vont périr, tout simplement.» Dans le sillage de cette crise, la «pire depuis la seconde guerre mondiale», son directeur général appelle à une «nouvelle normalité» dans l’organisation des sociétés et dans la façon de travailler, pour penser «une norm lité meilleure, non pas pour ceux qui sont déjà très riches, mais pour ceux qui ne le sont manifestement pas assez».