Et à part le coronavirus?

Opinion • J’ai décidé de prendre un risque: ne pas écrire sur le coronavirus. (Par Nicolas Turtschi)

Personnellement, j’en ai marre d’entendre les médias nous en parler tous les jours, comme d’une sorte de compétition morbide au nombre de cas et nombre de morts, alors que la seule course qui se joue, c’est celle à l’audimat.

Parlons plutôt de la dette publique. M. Broulis, Conseiller d’Etat vaudois en charge des finances, nous a sorti l’immanquable mantra de la droite libérale sur la dette qui allait étouffer les générations futures. S’endetter, c’est mal. Rembourser la dette, c’est bien. Et augmenter la dette pour relancer son économie n’est pas une solution, il vaut mieux compter sur le marché privé. Omnipotent et omniscient, il saura récompenser les méritants et châtier les paresseux. Amen.

Utilité de la dette

Sauf que par hasard totalement fortuit, les libéraux «oublient» de mentionner qu’une dette n’est pas creusée sans contrepartie. On ne s’endette pas pour rien. On s’endette pour acheter quelque chose. Et à ce titre, il est stupide de ne pas considérer le patrimoine public que la dette a permis d’acheter. Lorsqu’une famille s’endette pour acheter une maison, on va considérer qu’elle est endettée mais également qu’elle a un bien immobilier, c’est logique. Et si les parents lèguent à leurs enfants une dette inférieure à la valeur de la maison, ils leur lèguent en réalité un patrimoine. Demandez à n’importe quelle famille qui s’est endettée pour acheter une maison il y a trente ans si elle regrette sa dette.

Il en va de même pour l’Etat. Investir dans des écoles, des hôpitaux, des routes et autres structures publiques revient à créer un patrimoine. Pas «uniquement» à s’endetter. Sans EPFL et sans Université, le canton de Vaud n’aurait pas connu la croissance qui est la sienne. Pourtant, à l’époque, nul doute que de nombreuses personnes rechignaient à l’idée de telles dépenses d’investissement. La question qu’il faut se poser, c’est: préférons-nous un Etat sans dette et sans infra- structures, ou un Etat endetté avec des infrastructures performantes et suffisantes?

A titre de comparaison, la dette de la France était proche de 200% de son PIB en 1945. Elle est descendue à 30% dans les années 50. En taxant les riches, en utilisant l’inflation et en négociant avec les banques, et non en coupant dans les dépenses publiques. Avec pour résultat les Trente Glorieuses.

L’investissement public est une des manières de sortir la tête de l’eau, si on a le courage politique d’ensuite aller affronter les prêtres du libre-marché. Rappelons cet élément juste au cas où une crise venait à frapper l’Europe et la Suisse. Des solutions existent mais elles nécessitent de s’affranchir du carcan néolibéral de nos élites, et d’oser créer, pour la première fois depuis la social-démocratie, un rapport de force avec les entreprises. A écouter les propos du Conseiller d’Etat neuchâtelois à la tête du Département de l’économie et de l’action sociale, M. Karakash, sur les dividendes aux entreprises, on se doute de ce qui va se passer.