Le vélo profite du déconfinement

France • Plus de 1000 kilomètres de pistes cyclables ont été réalisés en urgence ces dernières semaines dans les agglomérations. Même les périphériques cèdent du bitume au biclou. (Par Marie-Noëlle Bertrand Paru dans L’Humanité, adapté par la rédaction)

Le vélo est le véhicule idéal pour réaliser un parcours de moyenne distance – 10 kilomètres environ, soit 60% des déplacements quotidiens. (Vivepat)

Combien, parmi nous, enfourcheront une bicyclette ou enfileront des baskets, cette semaine, à l’heure de repartir (physiquement) au travail, plutôt que de grimper dans une voiture ou de courir après le bus? L’histoire seule le dira évidemment, mais, à coup sûr, le chiffre sera plus élevé qu’il y a deux mois.

Des pistes cyclables installées au pied levé

Outil idéal pour réaliser un parcours de moyenne distance – 10 kilomètres environ, soit 60% des déplacements quotidiens – en temps optimal, tout en respectant une distanciation physique salvatrice en ces heures de pandémie, la bicyclette, à laquelle les grèves de décembre avaient déjà fait de la place sur l’asphalte, tire une fois de plus son épingle du jeu. Mais, cette fois, il n’en va pas seulement de l’initiative personnelle. Alors que les autorités redoutent plus que tout un retour en masse des usagers dans les bus, les trains ou les métros, mais aussi de la pollution atmosphérique et des embouteillages, les collectivités ont cette fois pris le biclou par les cornes, en mettant tout en œuvre pour lui faciliter la route.

Département moteur en la matière, le Val-de-Marne prévoit ainsi 40 nouveaux kilomètres de pistes cyclables, dont 20 kilomètres seront ouverts dès ce lundi. La Seine- Saint-Denis a embrayé sur cette dynamique, de même que Paris ou encore Lyon, Nice, Rennes ou Nantes. Au total, plus de 1000 kilomètres de pistes cyclables ont été réalisés, au pied levé, ces toutes dernières semaines, et ce n’est pas fini, estime Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables (CVTC), dans un entretien accordé ce week- end à Ouest-France.

«L’urbanisme, que l’on ne disait transformable que sur un temps long, semble s’être fermement assoupli avec la crise sanitaire. Poussées par l’urgence, les villes ont emprunté aux stratégies d’urbanisme tactique pour installer rapide- ment à peu de frais des pistes cyclables temporaires que beaucoup espèrent – au moins en partie – transitoires vers un avenir propice à la pédale. Le mouvement ne s’en tient d’ailleurs pas qu’aux grandes agglomérations: il a également gagné des zones plus rurales ou des villes moyennes, poursuit Pierre Serne dans le même entretien. «Nous avons des demandes (d’aides et de conseil) d’intercommunalités en Vendée ou encore en Mayenne», illustre le président du CVTC. Les rues, enfin, ne sont pas les seules investies: territoire jusque-là sacré du moteur, les routes sont elles aussi mises à contribution.

Les cas de Montpellier et Lille

A Montpellier, un des périphériques de la ville vient ainsi de céder deux voies sur quatre au vélo sur un tronçon de 15 kilomètres. Longtemps mauvaise élève en la matière, la ville, sous la pression citoyenne, a cette fois été la première de l’Hexagone à dégainer sa peinture jaune et ses bitoniaux en plastique pour installer des marquages provisoires. Inspirée par l’exemple de Bogota, entre autres, où les autorités ont réussi à mettre en place 22 kilomètres de piste cyclable en une nuit pour répondre aux enjeux de mobilité pendant la crise sanitaire, Vélocité avait saisi la balle au bond. «Nous avons proposé au maire un schéma de déplacement dont il a retenu plusieurs points», explique Nicolas Le Moigne, qui espère que l’initiative laissera des traces. A Bogota toujours, «ils ont réalisé 117 kilo- mètres de pistes provisoires au total, dont 45 vont rester définitivement, poursuit le cycliste. On peut espérer que cette dynamique imprévue nous fasse gagner du temps ici aussi, et atteindre plus vite les objectifs de hausse de la part modale du vélo».

La chance qu’elle s’accélère et s’incruste dans le bitume est évidemment plus forte là où elle s’était enclenchée en amont de la crise. «Toutes les installations que nous avons réalisées à Lille ont été tirées d’un projet que nous prévoyions de développer durant la prochaine mandature», explique Jacques Richir, adjoint au maire en charge de l’espace public. Depuis 2011, l’agglomération travaille à un nouveau plan de déplacement afin de faciliter ses entrées au vélo et de désengorger son centre encombré de voitures. «Depuis un mois, nous avons extrait de ce plan tout ce qui pouvait être réalisable rapidement.» Quinze kilo- mètres «stratégiques» ont au total été aménagés pour un montant de 100’000 euros.