Les RHT en question

Suisse • Le Conseil des Etats a refusé le 6 mai l’interdiction du versement de dividendes aux entreprises d’une certaine taille ayant bénéficié de RHT. (Par Patrick Savioli)

Cette décision ne sert que les grandes sociétés, car en Suisse plus de 99% des entreprises sont des PME, et une écrasante majorité sont même des micro-entreprises, lesquelles ne versent pas de dividendes. Pour celles qui en payeraient, il aurait fallu, en cas d’acceptation, demander le remboursement des dividendes déjà versés en 2020 et bloquer la distribution en 2021.

C’est oublier que nombre de ces sociétés ont déjà procédé à des rachats massifs d’actions, en s’endettant, le cas échéant, à des taux proches de 0%, et cela au profit des actionnaires. Par exemple, la Bâloise Assurances a lancé un programme de rachat d’actions d’avril 2017 jusqu’en mars 2020. Elle a ainsi racheté 3 millions d’actions nominatives et restitué 481 millions de francs aux actionnaires. Pour Nestlé, c’est 2 fois 20 milliards de rachats d’actions!

Crise sanitaire et économique

Les entreprises qui procèdent de la sorte détruisent de la valeur et se privent de liquidités, lesquelles pourraient bien évidemment servir en cas de crise, au seul profit des actionnaires, puisque cette opération augmente à la fois le cours de l’action et mécaniquement le dividende. Pour les autres, les petites entreprises, elles vont subir de plein fouet la crise économique qui suivra la crise sanitaire et les licenciements seront inévitables. Encore une fois, le Parlement protège les grandes sociétés qui ne se gêneront pas de licencier également le temps venu.

Les «riches maigrissent, les pauvres meurent»

Certains parlementaires ont défendu le point de vue qu’il était préférable de bénéficier des RHT plutôt que de licencier immédiatement. Cela ne changera rien en finalité, car en sortie de crise, c’est le carnet de commande qui déterminera la force de travail nécessaire. Face à la récession, voire la dépression à laquelle la Suisse va devoir faire face, il aurait été judicieux de mettre en place des mesures qui impliquent également les grandes entreprises, car celles-ci – contrairement aux petites – sont moins fragiles en cas de turbulences.

Un pro- verbe chinois dit «quand les riches maigrissent, les pauvres meurent». En n’interdisant pas le versement de dividendes, l’histoire retiendra que de nombreuses personnes auront finalement perdu leur travail, alors que l’Etat soutenait les entreprises qui les employaient et leur permettait de faire des profits.