Gare au manifeste du Care

Suisse • Le think-tank de gauche, Denknetz, vient de lancer un manifeste sous forme d’un plaidoyer pour un nouveau contrat social au niveau local et global pour l’après-Covid-19. Plus de mille personnes, dont de nombreux élu.e.s, l’ont déjà signé.

«Nos craintes, c’est que l’on reparte sur le monde d’avant sans tenir compte des enjeux climatiques ou sociaux qui nous attendent», annonce, Véréna Keller, membre romande du réseau et professeure honoraire HETSL. . «On se rend compte que beaucoup de choses ont été rendues visibles pendant cette pandémie, mais alors que l’économie réclame un refinancement à l’État, les gens ordinaires n’ont qu’à se débrouiller. Voilà pourquoi nous avons lancé ce manifeste, qui se veut une manière de repenser l’organisation de la société et de faire pression sur les politiques et autres décideurs», continue-t-elle. Le texte en question ambitionner de refonder «un nouveau contrat social», fondé sur quatre principes: le Care, la coopération, la justice et la durabilité.

Entraide essentielle par le Care

Le travail de Care comprend notamment les soins de santé, la prise en charge des enfants et des personnes fragiles ainsi que la garantie de l’alimentation quotidienne, de la sécurité et de l’hygiène.«Nous dépendons toutes et tous de l’assistance d’autrui, de l’entraide. Toutefois, en temps normal, les activités de Care sont sous-évaluées et souvent mal payées, et ce n’est pas un hasard si elles sont principalement le fait de femmes ou de migrant-e-s»; relève tout d’abord le manifeste, qui en appelle à «reconnaître la centralité des activités de Care et d’en faire un guide dans les rapports entre les humains ou l’environnement naturel».

Pour y arriver, le manifeste défend un principe de coopération. Celle-ci doit être locale, régionale et mondiale pour contenir les pandémies, fournir les médicaments nécessaires, mettre en place et maintenir des soins de santé stables, lutter contre le réchauffement climatique.

Sauvegarde de l’environnement

«La centralité du Care va de pair avec la préservation de l’environnement. Il importe de vivre plus simplement et plus équitablement dans un monde de ressources limitées», précise encore Véréna Keller. Pour ce faire, il faut renforcer des infrastructures et des services publics solides et durables (énergie, transports, eau,
communications, sécurité (sociale), éducation, santé).

Du fait des inégalités sociales qui croissent, le manifeste défend aussi un principe de justice sociale, se basant une redistribution des richesses. Le texte propose aussi quelques pistes plus concrètes. Il défend un impôt de solidarité d’au moins 3% sur les actifs financiers prélevé pendant au moins dix ans «comme réponse immédiate aux crises actuelles». Celui-ci générera des revenus annuels estimés à trente milliards de francs suisses. «La moitié de ces recettes sera utilisée dans le Sud, l’autre moitié en Suisse», prévoit le manifeste. Il veut aussi que les bénéfices tirés de la production et de la vente de médicaments, de vaccins, d’articles d’hygiène ou de matériel diagnostic soient imposés à un taux d’au moins 80%.

Il entend en outre favoriser un vaste programme de formation et de reconversion professionnelle pour les adultes afin de favoriser la transformation écologique de l’industrie. Pendant leur formation, ils et elles recevront un salaire de base couvrant le coût de la vie, suggère le manifeste. Il veut par ailleurs que la Suisse s’en- gage dans une industrie pharmaceutique sous contrôle public. «Nous essayons d’allumer des contre-feux et d’infléchir les manières de penser afin de changer les choses», résume Véréna Keller.

La multiplicité de propositions de changement (comme celles défendues par l’appel du 4 mai ou du réseau Après-GE, voir GH numéro 19) n’est- telle pas contre-productive? Véréna Keller ne le croit pas. «Cette multiplicité des réponses à la crise contribue à créer des réseaux englobant tous les courants de la gauche et des mouvements sociaux, qu’ils soient féministes, syndicalistes, environnementalistes. En faisant pression de tous les côtés et en comptant aussi sur la mobilisation de la rue, nous pourrons influencer la politique, qui n’est pas morte», assure notre interlocutrice.

Manifeste à signer sur www.denknetz.ch/une-societe-du-care