L’UE doit agir face au mépris d’Israël

Proche-Orient • L’Europe dit vouloir prévenir plutôt que punir l’annexion des territoires palestiniens. Mais Benyamin Netanyahou est décidé à lancer le processus. (Par Pierre Barbancey, paru dans L'Humanité)

Vue d’Ariel, une des quatre plus grandes colonies israélienne en Cisjordanie. (Salonmor)

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis en visioconférence, vendredi 15 mai, pour examiner la réponse à apporter à la volonté israélienne d’annexion des territoires palestiniens, portée par le plan Trump. Tel-Aviv projette d’intégrer à son territoire plus de 130 colonies juives de la Cisjorda- nie occupée et de la vallée du Jourdain, langue de terre s’étirant entre le lac de Tibériade et la mer Morte, qui deviendrait la nouvelle frontière orientale d’Israël avec la Jordanie.

Une mise en garde que la Hongrie et l’Autriche refusent de signer

Un texte, élaboré par le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, et son homologue irlandais, Simon Coveney, a été présenté et discuté. Une déclaration qui pourrait se résumer ainsi : prévenir pour ne pas avoir à punir. Il s’agit donc d’une mise en garde à Israël, face à ce qui serait une violation du droit international, rendue public lundi par le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, soit au lendemain de l’installation du nouveau gouvernement Netanyahou-Gantz.

Pour autant, il ne s’agit pas d’une position commune des 27 puisque deux pays, à l’extrême droite sur l’échiquier politique, la Hongrie et l’Autriche, dont les dirigeants sont proches de Netanyahou, ont refusé de signer cette déclaration. «Si Israël passe aux actes et annexe la vallée du Jourdain en Cisjordanie, je ne vois pas de différence avec ce que la Russie a fait avec la Crimée» en 2014, soutient Jean Asselborn. «Violer le droit international a des conséquences, affirme-t-il. La crédibilité de l’Union sera en jeu.»

En réalité, cette crédibilité est mise à mal depuis longtemps par Israël : annexion de Jérusalem-Est, annexion du plateau du Golan, poursuite de l’occupation, augmentation et agrandissement des foyers d’implantation juive en Cisjordanie… rien n’arrête le projet colonial israélien quand seules des paroles s’opposent aux actes. L’Union européenne (UE) dispose pourtant d’une batterie possible de mesures de rétorsion: gel des accords bilatéraux, sus- pension de la coopération scientifique, annulation des tarifs préférentiels accordés aux produits israéliens… Encore faut-il que les pays européens aient le courage de le faire. «Si nous ne parvenons pas à convaincre Israël de renoncer à son projet, le plus dur sera devant nous», avertit le ministre luxembourgeois qui, pour l’heure se refuse à évoquer le mot de sanctions et préfère souligner que l’Europe se met «en situation de prévention. Ce texte n’est pas agressif».

La France se garde bien de s’exprimer trop bruyamment

Cette prudence de Jean Asselborn, qui plaide de longue date pour une reconnaissance de la Palestine comme État par l’UE sans avoir gain de cause, n’est-elle pas finalement un frein? La France, qu’on dit virulente pour empêcher une annexion qui signifierait définitivement la mort d’une solution à deux Etats, se garde bien de s’exprimer trop bruyamment. Or, l’Organisation de libération de la P alestine (OLP) a déjà prévenu que dans l’éventualité d’une annexion, elle mettrait fin à tous les accords signés avec Israël.

Samedi 16 mai, devant le Parlement réuni pour un vote de confiance sur le gouvernement d’union avec Benny Gantz, Benyamin Netanyahou a montré l’étendue de son mépris vis-à-vis des mises en garde européenne: «Voici la vérité: ces territoires sont là où le peuple juif est né et s’est développé. Il est temps d’appliquer la loi israélienne et d’écrire un nouveau chapitre glorieux dans l’histoire du sionisme.» L’UE va devoir faire face à ses responsabilités.