Travailleurs sans papiers en sursis

Italie • La fermeture des frontières amène l’État à accorder des permis de séjour temporaires pour les ouvriers agricoles et les aides à la personne. (Par Gaël de Santis, paru dans L'Humanité)

Le gouvernement italien a adopté le «décret reprise», qui comprend des mesures économiques, mais aussi une régularisation massive de travailleurs sans papiers. Les employeurs seront invités, moyennant 400 euros, à déposer des dossiers de régularisation pour leurs salariés. Quant aux migrants dont le permis de séjour a expiré le 31 octobre, ils pourront également engager une procédure pour obtenir un permis de séjour. Ces autorisations de séjourner sur le territoire sont temporaires et ne dureront que six mois.

Considérations économiques

Si le gouvernement de gauche du Portugal a pris une telle mesure dès la fin mars pour permettre aux étrangers présents sur son sol de se soigner, en Italie, ce sont des considérations économiques qui ont prévalu. Car cette régularisation ne touche que les auxiliaires de vie pour personnes âgées ou handicapées et les ouvriers agricoles. Les fruits risquaient de pourrir sur pied cet été s’ils n’étaient pas ramassés du fait de la pénurie de main-d’œuvre consécutive à l’épidémie de Covid-19. Et ce, alors que le secteur agro-industriel est important en Italie: ainsi, la seule transformation de la tomate pèse plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Il y a deux mois, la Confagricoltura, les employeurs du secteur, avait lancé un cri d’alarme. Sur un million d’ouvriers agricoles, 400’000 sont des étrangers, dont un grand nombre venait en Italie pour la saison des récoltes. Or, les frontières sont fermées. A la mi-avril, c’est la ministre de l’agriculture elle-même, ancienne syndicaliste ouvrière agricole de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), Teresa Bellanova, qui avait lancé un débat sur la régularisation dans le secteur. Elle a mis, mardi 5 mai, sa démission dans la balance pour obtenir un arbitrage favorable.

Des agences d’intérim mafieuses

Car l’affaire faisait débat. Sur ce sujet, elle avait le soutien du Parti démocrate (PD, centre gauche), de sa propre formation Italia Viva. Mais, du côté du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui gouvernait jusqu’en août 2019 avec l’extrême droite de la Ligue, la pilule avait du mal à passer. Le vice-ministre M5S de l’Intérieur a critiqué une telle régularisation, au nom de la lutte contre le «caporalato», ces sortes d’agences d’intérim mafieuses qui placent les migrants dans les entreprises agricoles. Le décret adopté a rassuré le gouvernement. Il ne prévoit pas d’amnistie pour ceux qui se livrent à de telles pratiques. Et surtout, défend la CGIL, la principale confédération syndicale, la régularisation est le meilleur moyen pour que les exilés ne soient pas la proie des organisations mafieuses.