Conspiration en période de quarantaine

Analyse • Pour le sociologue chilien, Andres Kogan Valderrama, la pandémie est avant tout «le résultat historique d'un processus de conquête des écosystèmes».

Alors que les différents Etats du monde continuent à considérer le Covid-19 comme un ennemi à vaincre, par une guerre déclarée contre ce nouveau virus, par l’imposition de différentes mesures restrictives pour la population, telles que le couvre-feu, la quarantaine obligatoire, les cordons sanitaires, la fermeture des frontières, la discussion sur les causes structurelles de ce qui se passe est pratiquement absente des grands médias.

Ainsi, face à cette urgence socio-sanitaire, qui plonge le monde entier dans une totale incertitude sur ce qui va se passer dans le futur, un discours conspirateur est apparu, qui gagne de plus en plus d’adeptes, et qui peut être vu comme une manière dépolitisée d’affronter un processus en cours, niant la possibilité d’une pensée critique et la construction d’alternatives.

En évoquant l’idée d’une arme biologique fabriquée en laboratoire par les services de renseignement des États-Unis, de la Chine ou d’Israël, en passant par l’introduction du réseau de téléphonie mobile 5G ou d’un contrôle des naissances par Bill Gates au profit des grandes entreprises pharmaceutiques, tous ces éléments nient l’origine zoonotique de ce nouvel agent pathogène.

Bien que ces discours conspirationnistes puissent même être utilisés par certains dirigeants pour justifier leur autoritarisme interne, l’idée d’une conspiration universelle n’est pas nouvelle et s’inscrit dans un discours de pouvoir obsédé par le complot de certains groupes secrets, qui auraient la capacité absolue de manipuler les masses.
Sil est vrai que les complots ont existé historiquement, ils ont toujours été situés en termes spatiaux et temporel, comme résultats de processus concrets et non pas issus de l’action d’un groupe caché tirant les ficelles du haut.

La conspiration est une forme conservatrice de défaitisme politique

Croire à la conspiration, c’est penser que des processus tels que le capitalisme, le colonialisme, l’androcentrisme ou l’anthropocentrisme, répondent à la création orchestrée et innombrable de groupes déterminés, et non au résultat de luttes historiques entre différents acteurs et à l’imposition de certaines conceptions du monde exclusives. qui ont mis des siècles à se développer. ( …)

Il en va de même pour cette nouvelle pandémie, qui n’a rien à voir avec la conspiration d’un groupe particulier pour imposer un nouvel ordre mondial.Elle est le résultat historique d’un processus de conquête des écosystèmes afin de mettre en place des modèles de vie non durables, par le biais de la déforestation, de l’urbanisation, del’industrialisation et de la marchandisation de la planète, qui a généré la libération de nouveaux agents pathogènes.

Enfin, comme l’affirme à juste titre le chercheur belge Michel Collon, la conspiration est une forme conservatrice de défaitisme politique, qui fait finalement le jeu des groupes de pouvoir existants, démobilisant ainsi la population et niant la possibilité de développer une praxis politique transformatrice.