L’autoproclamé pouvoir miné par la corruption

Boliivie • Après le coup de force pour chasser Evo Morales, Jeanine Añez a dû limoger son ministre de la Santé pour malversations dans un contrat d’achat de respirateurs. (Par Rosa Moussaoui, paru dans L'Humanité)

Après le coup de force pour chasser du pou- voir Evo Morales, elle s’était autoproclamée présidente par intérim en novembre dernier, bible brandie, en promettant des purges contre les «personnes qui ont commis des délits de corruption, ont détourné de l’argent public». Voilà Jeanine Añez cernée par les scandales. Au point que l’ex-sénatrice de droite a dû limoger son ministre de la Santé, Marcelo Navajas, soupçonné de corruption lors de l’achat de respirateurs pour malades du Covid-19, en état d’arrestation depuis mercredi. L’affaire porte sur l’achat de 179 respirateurs à une entreprise espagnole, pour un montant de près de 5 millions de dollars, au prix unitaire de 27’683 dollars. Or, ces appareils sont habituellement facturés par cette société entre 10’312 et 11’941 dollars.

D’où le soupçon de surfacturation, via probablement, une société intermédiaire. Des médecins ont donné l’alerte le week-end dernier, en constatant que ces équipements médicaux achetés à prix d’or n’étaient pas adaptés aux services de réanimation des hôpitaux boliviens. Jeanine Añez jure pour sa défense que dans ce contrat véreux, seule la moitié de la facture a été acquittée, et qu’elle a ordonné «que pas un centime de plus ne soit versé». Peine perdue: déjà très critiquée pour sa gestion erratique de la crise sanitaire, elle est éclaboussée par ces malversations présumées. «Le gouvernement continue d’agir de manière tardive et négligente», tacle Luis Arce, ex-ministre de l’Économie d’Evo Morales, candidat du Mouvement vers le socialisme à l’élection présidentielle.

La colère populaire monte

Alors que le pays recense 4500 contaminations et quelque 190 décès, selon les derniers chiffres officiels, la colère monte et s’exprime ouvertement désormais dans la rue. Après les mouvements urbains de protestation partis de Cochabamba et d’El Alto, près de La Paz, les syndicats paysans indigènes dressent des barrages routiers dans tout le pays pour exiger le relâchement du confinement en vigueur depuis le 17 mars et la tenue d’ici le mois d’août de l’élection présidentielle initiale- ment prévue le 3 mai.

Depuis son exil argentin, Evo Morales soutient la contestation. Et met en garde contre la tentation répressive: «Le gouvernement de facto de la Bolivie recherche un scénario de violences, y compris celui d’auto-attaques, dans le but de détourner l’attention, de couvrir des cas graves de corruption et de mauvaise gestion de l’urgence sanitaire liée au Covid-19.»