Un plan de relance européen trompeur

Covid-19 • La Commission européenne a présenté son Paquet de relance européen, sous le nom de «Next Generation EU», qui sera encore discuté à la mi-juillet. A y regarder de près, il n’y a guère de raisons de se réjouir. (Par Marc Botenga, eurodéputé du PTB belge, Paru dans Solidaire, adapté par la rédaction)

Actions à Bergame de militants de la gauche radicale devant le syndicat patronal de la Confindustria. (Sportello Lavoro Bergamo - KAP)

Officiellement, le plan proposé par la Commission européenne veut aider les pays européens à surmonter la crise post-coronavirus. En réalité, il répond à une autre urgence: la profonde crise de l’Union européenne. Face à ce manque de confiance, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé le 18 mai une solidarité minimale. En effet, l’Allemagne – dont les multinationales sont une des grandes gagnantes de cette construction européenne – ne veut pas trop de solidarité. Mais d’autre part, perdre cette construction européenne serait encore pire. Pourtant, c’est exactement à cela que pourrait mener le nationalisme de l’Autriche, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas, porté en Belgique notamment par la Nouvelle Alliance (groupuscule d’extrême droite néo- fasciste, ndlr). Ces forces libérales veulent juste un grand marché sans aucune solidarité. Comme celui-ci ne fait que creuser les inégalités, cette politique pourrait mener à l’explosion de l’Union. La Commission a donc choisi de concéder un peu de solidarité, une première dans la construction européenne, pour sauver l’essentiel de cette Union antiso- ciale et au service des multinationales.

Des chiffres à décortiquer

Que le premier objectif est de sauver le marché intérieur se voit dans les montants. La Commission européenne a parlé de presque 2400 milliards d’euros, mais il s’agit là d’un enfumage. Presque la moitié de cet argent, 1100 milliards, n’est pas de l’argent «nouveau». C’est le budget normal de l’Union européenne sur sept ans. 800 milliards d’euros sont des prêts ou des garanties qui devront être remboursés. Nous parlons donc en réalité de 500 milliards de transferts financiers pour les pays les plus frappés et 500 milliards, c’est en fait très peu…

La Commission ne sera pas très regardante cette année, mais les années suivantes, elle voudra de nouveau faire appliquer l’austérité et les réformes les plus néolibérales. Il est fort probable que d’ici un an, la Commission présentera à nouveau des réformes structurelles, de l’austérité ou par exemple la casse des systèmes publics des pensions.

Qui gagne, qui paie

Où va aller cet argent? A peu près deux tiers du nouveau paquet passera via des plans de réformes et de relance nationaux, soumis par les États-membre à la Commission européenne dans le cadre du Semestre européen. Ne rêvons pas: contrairement à ce que pourraient croire les partis écologistes et sociaux-démocrates, cet argent ne servira pas une stratégie ambitieuse d’investissements publics, de renforcements des services publics ou des pensions…

Il est plus probable que ce soit le modèle «tout soutien aux multinationales» avec un programme de subsides massifs et gratuits pour les grandes multinationales. Comme chez Lufthansa, qui reçoit de l’argent de l’État allemand, mais peut entre- temps restructurer, licencier, précariser, et envoyer de l’argent dans des paradis fiscaux, pour devenir plus grand dans le même monde qu’avant. D’autant plus que les PME sont réduites à une note en bas de page de tout le plan de relance. Finalement, le nouveau programme européen pour la santé recevra 9,4 milliards seulement.

Vient enfin la question de qui paiera au final ce paquet d’aide. Comment sera remboursé cet argent emprunté par la Commission européenne? Il n’y a aucune certitude. Une option serait de nouvelles ressources fiscales pour l’Union européenne, mais la Commission ne présente aucune proposition concrète et ne mentionne que quelques pistes dont certaines très discutables: une taxe carbone aux frontières, une taxe digitale, une TVA simplifiée, une taxe sur le plastique et les revenus du marché de carbone…

La lutte est lancée

Plutôt qu’un plan qui vise à sauver le marché, il nous faut un plan ambitieux européen d’investissements publics à la hauteur de la crise sociale et climatique. Plutôt qu’un plan qui risque de faire payer les travailleurs de l’Allemagne à l’Espagne, il nous faut un plan qui fasse contribuer les grandes multinationales et les multi- millionnaires européens par des taxes, telle la taxe sur les transactions financières et un impôt touchant la fortune des milliardaires européens. Un tel plan ambitieux devrait inclure une rupture nette avec l’austérité européenne et tous ses mécanismes, afin de pouvoir profiter tant aux travailleurs européens qu’au climat.