Grounding pour les jets militaires?

Suisse • Le 27 septembre, le peuple se prononcera sur l’achat d’une quarantaine de nouveaux avions de combat. «Inutile, onéreux et trop polluant» selon les référendaires opposés à ce gaspillage.

«Après l’acceptation par le peuple de l’achat de 34 F/A 18 en 1993, puis son refus de 22 avions Gripen en 2014 pour 3,126 milliards de francs, on va jouer la belle», lance Tobia Schnebli, membre du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et du Parti du Travail à Genève. Le 27 septembre, les électeur.trice.s devront se prononcer sur un crédit de six milliards de francs pour l’achat de 36 à 40 nouveaux avions de combat pour remplacer la flotte actuelle d’avions F/A-18 et Tiger. Cette somme proviendra du fonds de dépenses de 21,1 milliards pour la période 2021-2024, déjà approuvé par le Commission de sécurité du Conseil des Etats selon la revue militaire Notre armée de milice.

Le 26 juin, la cheffe du Départe- ment fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), Viola Amherd, est descendue dans l’arène pour marteler qu’il n’y avait pas d’autres options à cet achat pour assurer la surveillance de son espace aérien, le protéger et le défendre en cas d’attaque. A cette protection du ciel s’ajoutera l’achat pour deux milliards maximum d’un nouveau système de défense sol-air de longue portée.

Après de longues discussions au parlement, il a finalement été décidé que les entreprises étrangères qui se verront confier des mandats dans le cadre de l’acquisition des avions de combat compenseront 60% de la valeur contractuelle par l’octroi de mandats en Suisse.

Selon le calendrier du Département, le choix du futur avion se fera au premier semestre 2021 et devra départager entre quatre modèles d’avions: l’Eurofighter (Airbus, Allemagne), le F/A 18 Super Hornet (Boeing, États-Unis), le Rafale (Dassault, France), le F-35A (Lock- heed-Martin, États-Unis). Selon une estimation du Département fédéral de la défense, les nouveaux avions de combat coûteront tout de même 18 milliards de francs au total, près de 12 milliards venant s’ajouter pour la maintenance des jets pendant toute la durée de leur utilisation.

«Concernant les alternatives aux avions de combat proposés par certains milieux, elles sont irréalistes d’un point de vue opérationnel. Les avions d’entraînement même légèrement armés ne remplissent clairement pas les besoins nécessaires pour assurer les missions de police aérienne, sans même parler d’engagement de plus haute intensité», a taclé Fanny Cholet, première femme pilote de F/A 18, lors de la conférence de presse, faisant allusion à la proposition alternative du PS, qui défend l’achat d’aéronefs légers tels que le Leonardo M-346 FA.

Suivre l’exemple autrichien

Bien entendu, le PS, les Verts, la gauche radicale et le GSsA, promoteurs du référendum contre cet achat, ne l’entendent pas de cette oreille. Tout en reconnaissant la nécessité de maintenir les capacités d’une police aérienne, le GSsA dénonce le bien- fondé de cet achat urgent. «Des concepts de défense alternatifs n’ont même pas été examinés par le DDPS. En comparaison internationale, les Forces aériennes suisses sont également très bien équipées, même après le retrait des 54 Tiger F-5. L’Autriche, par exemple, en tant que pays sans alliance, est également comparable en taille à la Suisse. Or elle ne dispose que de 15 avions de chasse. Les F/A-18 existants sont également parfaitement équipés pour remplir la mission de police aérienne: ils ont été modernisés en 2008 pour un coût de 404 millions de francs suisses. De nouvelles mises à niveau à la pointe de la technologie pour un coût de 450 millions de francs suisses sont prévues d’ici 2020», déclare l’association pacifiste.

Elle rappelle aussi qu’avec le programme d’armement 2017, le Conseil fédéral et le Parlement ont veillé à ce que les 30 F/A-18 soient pleinement opérationnels au moins jusqu’en 2035. «Cela signifie que la Suisse dispose aujourd’hui de près de trois fois plus de jets que ce qui serait nécessaire pour le service de police aérienne. Douze avions suffisent amplement pour maintenir une police aérienne en Suisse, selon les dires même du Conseil fédéral suite à une interpellation du Vert’libéral Roland Fischer», précise encore l’organisation. «Il est dangereux de donner un chèque en blanc à l’armée sans contrôle démocratique», conclut l’organisation, rappelant les dépassements de crédit de la modernisation des véhicules de transport «Duro» ou le fiasco du controversé système de conduite et d’information FIS de l’armée.

Des coûts faramineux

Les référendaires remettent aussi sérieusement en doute les coûts d’achat officiels, estimant que ceux-ci pourraient s’élever à 24 milliards de francs entre entretien, remise à niveau et augmentation des capacités de combat. «La police de l’air peut tout à fait remplir ses missions jusqu’en 2035. De plus, un conflit aérien sur le territoire européen est hautement improbable. Entourée de pays amis, la Suisse doit arrêter de dépenser des milliards pour des guerres d’un autre temps et se concentrer plutôt sur son rôle de médiatrice de paix», vilipendent les Verts, qui, au parlement, avaient refusé l’entrée en matière sur l’arrêté fédéral d’achat de jets «Air2030».

4800 litres l’heure de vol

En temps d’urgence climatique, les référendaires en profitent pour dénoncer le bilan écologique désastreux des avions de combat. «En une seule heure de vol, un F/A-18 consomme en moyenne 4850 litres de kérosène, entraînant l’émission de 12’220 kg de CO2. Ce qui est comparable aux émissions d’un trajet en voiture de 100’000 kilomètres (soit 2,5 fois le tour du monde)», ont-ils calculé, regrettant que cet investissement somptuaire fasse défaut dans la lutte contre le changement climatique. «On n’a pas besoin d’avions de guerre pour la police du ciel. Plutôt que d’investir des milliards pendant 30 ans dans la sécurité militaire, privilégions la sécurité sociale et environnementale», conclut Tobia Schnebli.