Isabelle Bonillo l’ouvrira cet été

Théâtre • La comédienne lausannoise raconte ses déboires d’intermittente du spectacle et de mère célibataire sans pension alimentaire.

L’OUVRIR avec Isabelle Bonillo et Pierre Gilardoni. © Philippe Pache.

C’est une enfant de la balle artistique, mais aussi politique. «J’ai des parents issus du TNS de Strasbourg, de la pleine période de la décentralisation et d’ouverture du théâtre vers les quartiers défavorisés. Mon père était communiste et directeur de théâtre à Marseille, je suis aussi passée moi-même aux Jeunesses communistes. Mes ancêtres, qui étaient des commerçants andalous, ont aussi beaucoup bourlingué, finissant par construire des voies de chemin de fer en Algérie», explique la comédienne lausannoise, Isabelle Bonillo.

Avec sa compagnie du T-âtre Ibonillo, l’itinérance elle connait. Depuis 13 ans, elle fait circuler son camion-chapiteau, montable et démontable en un clin d’œil, par monts et pas vaux sur les routes comme le faisait déjà en 1931 Gracia Lorca, avec sa compagnie ambulante de La Barraca. Cet été, la mini-caravane se posera après Lausanne, à Neuchâtel, puis Cully et à Avignon l’année prochaine. Son nouveau spectacle s’appelle L’Ouvrir sous titré Déboires-espoirs tragi-comiques d’une intermittente du spectacle mère-célibataire sans pension alimentaire.

«Tout est parti des problèmes administratifs, fiscaux ou de bail que j’ai accumulés depuis 2017 et dans les- quels tout le monde peut se retrouver. Dans le même temps, je ressentais comme une peur et une fermeture croissante dans la société, qui peut conduire tout un chacun à sombrer dans la résignation, le burn-out ou des conduites d’addiction. Alors, j’ai décidé de parler et de tout balancer. On a créé le texte au plateau en improvisation, avant qu’il ne soit finalement écrit», précise la comédienne et metteure en scène, qui joue son opus avec le musicien, Pierre Gilardoni. Le ton est comique, tendance caustique et vitriolique, la déambulation ample en scène.

Sur les planches, la comédienne, en costume très Grand Siècle, tente de répéter Médée, mais ses ennuis personnels la rattrapent, abordant des thèmes comme «le travail qui augmente, les salaires qui diminuent, et les charges qui augmentent, mais aussi le rapport de force aux autres ou l’égoïsme ambiant». Il faut alors «rompre le silence. Parler. Analyser ce qui se passe. Questionner», comme le précise une note d’intention.

Cette interrogation sur le monde contemporain, on le trouvait aussi dans ses précédentes pièces comme Aube noire sur la plaine des merles (sur l’immigration d’un Kosovar) ou un Avare, qui dénonçait la boulimie de l’argent.

Premier spectacle à avoir vu le jour en Suisse Romande après le semi-confinement, la période n’a pas vu le statut de comédien.n.e vrai- ment changer. Si la Confédération a alloué 280 millions au secteur culturel et aux entreprises du secteur pendant la pandémie, les acteur.trice.s n’ont reçu que des salaires bien bas. «Nous sommes la dernière roue du char du dispositif culturel, de permanent.e.s intermittent.e.s. Dans les grandes structures, le secteur administratif bénéfice d’un meilleur statut que le ménestrel», constate, un rien désabusée, Isabelle Bonillo.

Du 2 au 12 juillet, Neuchâtel, Théâtre Tumulte, Villa Lardy. Les 11 et 12 septembre, Cully, Théâtre de l’Oxymore.