Grandeur et décadence du Liban

Proche-Orient • Le pays traverse depuis des années dans une impasse économique. (Par Patrick Savioli)

Historiquement, le Liban était considéré comme la «Suisse du Moyen-Orient», un pays où il faisait bon vivre et où on pouvait mettre en sécurité ses avoirs. Mais aujourd’hui, la situation est comparable voire pire qu’au Venezuela. Au sortir de la guerre civile, à la fin des années 80, le pays a eu une croissance artificielle, la dette publique passant de 3 milliards en 1992 pour arriver à 90 milliards en 2020, ce qui représente plus de 170% du PIB. Il faut dire que les taux d’intérêt pour les dépôts étaient attractifs (entre 6% et 15% en moyenne) attirant ainsi les capitaux du monde entier mais surtout du dollar car celui-ci est utilisé comme devise principale pour les échanges commerciaux et les transactions. Or, le Liban n’exporte presque rien et le bilan des banques s’est détérioré à fur et à mesure que les entreprises libanaises ont éprouvés des difficultés (raréfaction du dollar, dévaluation de la livre libanaise, corruption de la classe dirigeante, mauvaise gestion publique, récession). En effet, la Banque du Liban (banque centrale) a fixé le taux de change entre la livre libanaise et le dollar à 1507 livres libanaises pour 1$ (cette manière de procéder rappelle fortement celle de la Banque Nationale Suisse qui a acheté des centaines de milliards d’Euro pour atténuer la force du franc suisse, en pure perte puisque, depuis 2015, elle a cessé sa pratique).
Aujourd’hui, au marché noir, le dollar se vend à 8000 livres… et il est bien sûr impossible aux déposants d’accéder à leur compte en dollars, ce qui n’a pas empêché certaines personnes bien informées de transférer des milliards de dollars à l’étranger (le Financial Times parle de plus de 6 milliards de dollars).

La classe moyenne n’existe plus

Conséquences des toutes ces magouilles, les libanais reçoivent un salaire qui ne vaut plus rien, en tout cas qui ne leurs permettent pas de s’acheter les biens de première nécessité ou de payer leur loyer. Alors qu’avant cette crise, plus de 40% de la population vivait déjà sous le seuil de pauvreté, le pays a encore accueilli plus de 1,5 millions de réfugiés syriens (pour un pays qui compte 4 millions d’habitants !). Le taux de chômage avoisine les 35%. Les habitants tentent d’échanger leurs habits ou leurs meubles contre de la nourriture. De plus, le Liban est très dépendant des importation en général et aussi bien sûr pour les produits agricoles (semences, engrais). Les prix ont quadruplés et les habitants commettent des vols pour survivre.
Ce ne sont pas des braquages à main armée pour voler de l’argent (qui ne vaut pas grand-chose) mais des vols de nourriture ou de bien de première nécessité. Alors que les Libanais attendent depuis des décennies des réformes, il faudra passer par une crise politique majeure et espérer que la crise économique et sanitaire ne débouche pas sur une guerre civile (ou une révolution ?) dans ce pays qui se trouve coincé entre la Syrie et Israël.