Darius Rochebin, le Macron-compatible

Darius Rochebin a rejoint LCI. Le journaliste développe des vues proches des tenants de l’ultra-libéralisme, qui financent une grande partie de la presse en crise dramatique en Europe. Pour accroître leur influence. (Par Sebastian Zelada, Paru dans L’Encre rouge)

Darius Rochebin, l''homme du centre-droit (Fanny Schertzer)

Celui qui fut pendant de nombreuses années le présentateur phare du 19h30 a été salué unanimement dans la presse romande, qui voit dans ce départ la consécration de ses talents d’intervieweur. Pourtant, avec ce recrutement, LCI ne fait pas qu’internationaliser sa rédaction.

Deux poids, deux mesures

Passons d’abord très vite sur son émission d’entretiens «Pardonnez-moi», à l’occasion de laquelle il se faisait un plaisir d’accueillir de belles et extraordinaires personnalités. Les curieux pourront toujours s’amuser à comparer son interview de Thomas Piketty avec celle de Laurent Dassault (dont Le Figaro a été «préservé» de la faillite par son père, Serge Dassault, pour ouvertement «soutenir les idées libérales», ndlr), héritier du groupe militaro-industriel du même nom. Il n’y a qu’à voir les courbettes réservées au second pour comprendre la tonalité des questions adressées au premier. L’économiste français aurait toutefois pu se douter de ce qui l’attendait, Darius Rochebin ayant fait quelques apparitions sur les chaînes hexagonales à l’automne 2019, suite à son entretien exclusif avec François Fillon. Ce scoop avait ainsi valu au journaliste suisse d’être invité sur BFM TV pour commenter la réapparition soudaine de l’ex-candidat malheureux à la présidentielle.

Durant cette émission, le présentateur s’était permis de lui demander ce que les Suisses pensent de la France, ce à quoi Darius Rochebin avait répondu: «Que le pays est irréformable (sic).Sans m’avancer, tout en restant extrêmement objectif, je pense que beaucoup de Suisses le pensent.» Ce qui n’est rien d’autre qu’une version pessimiste du discours moderniste en vogue parmi les élites françaises rassemblées autour de Macron.

«Haine de classe»

Un mois plus tard, c’était au tour de l’émission «La grande confrontation» (chez LCI, justement) de l’accueillir sur son plateau. David Pujadas invitait alors l’intervieweur vedette à donner son opinion sur la tenue des débats qui avaient émaillé la soirée, et ce en sa qualité d’observateur extérieur. S’ensuivit une litanie sur la montée en France d’une haine raciste et d’une haine de classe (contre les riches, bien évidemment) qui rappellerait les années 1930 et que symboliserait la percée des «extrêmes» lors des élections de 2017.

Une manière de lire l’actualité hexagonale somme toute très conforme à l’image que souhaitent en donner les zélateurs de la République en Marche, toujours prompts à se présenter comme les derniers gardiens de la démocratie libérale face aux totalitarismes de tout bord.

«Taper sur les riches» et après

Cette rhétorique, il l’avait d’ailleurs recyclée à l’occasion de son entretien avec Thomas Piketty mentionné ci-dessus. Notamment avec cette question, hallucinante: «Vu de Suisse, la haine de classe telle qu’elle s’est développée en France c’est quelque chose de très frappant. Est-ce que vous n’êtes pas vous, tous ceux qui sont tout le temps à taper les riches, est-ce que vous n’avez pas une part de responsabilité?» Après ça, comment voulez-vous ne pas figurer dans les petits papiers de tous les grands médias de France et de Navarre?