Des rentes AI sous pression

Il faut le dire • Aujourd’hui, ce sont finalement les assurés qui subissent de plein fouet les pressions financières sur l’assurance.

Il y a quelques années, l’UDC en avait fait son cheval de bataille. Celui de dénoncer les «faux invalides, qui abusent de l’assurance-invalidité». Depuis 2007 et 2012, une cinquième et une sixième révisions de l’AI sont entrées en force, faisant primer la réinsertion sur la rente, avec comme objectif affiché de réaliser des économies dans l’assurance.

Aujourd’hui, ce sont finalement les assurés qui subissent de plein fouet ces pressions financières sur l’assurance. En novembre 2019, le journal Sontagszeitung avait déjà démontré que plusieurs médecins allemands exerçant en Suisse alémanique et chargés d’expertise médicale externe avaient bâclé leur travail. Ils s’étaient contentés de réaliser de simples «copier-coller» de diagnostics pour juger de l’aptitude d’une personne à travailler. Dans de nombreux cas, ces expertises allaient dans le sens d’économies de rentes sur le dos de malades. Face à cette situation, la proposition que les entretiens soient dorénavant enregistrés sur bande sonore, afin que la personne assurée puisse se défendre si le comportement de l’expert.e manquait de professionnalisme, a été acceptée en septembre dernier au Conseil des Etats.

Autre problème: ces mandats externes étaient le plus souvent concentrés en quelques mains. Selon des chiffres cités par l’ATS, sur les 673 médecins et cliniques chargés de ces expertises qui avaient coûté 30 millions en 2018, trois- quarts des mandats étaient accaparés par seulement 10% des expert.e.s.
Pour finir, les médias alémaniques avaient montré que l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) fixait chaque année un «objectif d’épargne» pour chaque office cantonal, à savoir de «maintenir ou réduire» le taux des nouvelles pensions. Pour les organisations de soutien, cette pratique indiquait clairement que les offices devaient souscrire à une politique de quotas plutôt que d’assurer équitablement les prestations auxquelles un assuré a droit. Alain Berset a bien lancé une enquête interne en décembre pour clarifier la situation des offices AI, mais on en attend toujours les résultats.
Mieux valant prévenir que guérir, la faîtière des organisations de personnes handicapées Inclusion Handicap a finalement décidé de mettre sur pied un Centre de déclaration, avec objectifs de collecter des indications sur le nombre de personnes concernées et de savoir en quoi elles ont subi l’arbitraire des experts.