Une loi qui menace la biodiversité

Suisse • Les organisations de protection de la nature et les partis de gauche, dont le PST-POP et les jeunes POP, invitent à voter NON à la révision de la loi sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages. (Par Nicolas Roeschli)

Si la loi est acceptée, le Conseil fédéral pourra à tout moment ajouter des espèces protégées sur la liste des espèces «régulables», c’est-à-dire qui peuvent être abattues. Concrètement, le lynx, le loup, l’ours, le héron cendré, le cygne tuberculé ou encore le castor et la loutre sont en ligne de mire. Avec cette révision, ce seront les Cantons et non la Confédération qui décideront ensuite des tirs à effectuer. C’est la porte ouverte au braconnage légalisé. Les scandales du bouquetin et du lynx en Valais ne seraient qu’un début.

En effet, ce Canton n’est pas sur le point de s’arrêter de sa propre volonté. Bien que le tir de bouquetins par des chas- seur.euse.s étranger.ère.s sera dorénavant interdit, il a annoncé que la chasse aux trophées sera maintenue. Pire, la nouvelle loi sur la chasse augmentera la période de tir d’un mois. Finalement, la nouvelle loi prévoit des tirs «préventifs»: c’est-à-dire qu’un animal pourra être tué sans n’avoir causé aucun dommage.

Lièvre, lagopède et tétras-lyre menacés

Certaines espèces menacées (citées sur la liste rouge de l’OFEV) ne bénéficient pas de protection. C’est par exemple le cas du lièvre, du tétras- lyre ou encore du lagopède alpin. Les effectifs du lagopède ont baissé de 50% entre 1995 et 2012. Durant les dernières décennies, le nombre d’individus tirés annuellement n’a fait qu’augmenter. Réviser cette loi aurait été l’occasion d’offrir le statut d’espèce protégée à ces espèces. Rappelons que si la loi est refusée, elle retournera au parlement pour être revue.

Finalement, les pratiques de chasse les plus barbares, comme la chasse au terrier, ne seront toujours pas interdites. Il sera par ailleurs encore autorisé de chasser des espèces dont ni la viande ni la peau n’ont de grand intérêt. Un exemple flagrant est le sympathique blaireau.

Reconnaître la vraie utilité des espèces protégées

Le Conseil fédéral garantit que cette loi est une amélioration pour la bio-diversité. En réalité, la mise sous protection de 10 espèces de canards par la nouvelle loi ne concernera que 4% des tirs de cette espèce. Pour ce qui est des très importants passages à faune (appelés aussi couloirs faunistiques) mentionnés dans la nouvelle loi, leur création est en fait déjà garantie par une autre loi.

Il est temps que la réelle valeur des espèces protégées soit reconnue. Tout d’abord, elles ont le droit d’exister tout autant que nous. De plus, nombre de ces espèces pourraient nous être bénéfiques. Aux Etats-Unis, certain.e.s fermier.ère.s avant-gardistes utilisent déjà les castors sur leurs terres pour conserver de l’eau et faire face aux sécheresses de plus en plus fréquentes avec le réchauffement climatique. Les grands prédateurs garantissent également la préservation de nos forêts en contrôlant les populations d’herbivores.

Vers une gestion des conflits compassionnée

Le but principal de cette révision était d’apaiser les conflits entre l’espèce humaine et les autres espèces animales. Toutefois, il s’agit simplement d’un tir à l’aveugle. Il est nécessaire de renvoyer la loi au Parlement pour que la gestion des conflits se fasse de manière compassionnée. Déplacer un individu problématique, lui garantir une ressource en nourriture suffisante dans son environnement naturel ou encore l’éduquer à éviter les zones habitées et les troupeaux – par exemple grâce à des chiens – est souvent bien plus efficace que de tirer à la première occasion. L’excellent podcast The Wild (en anglais), avec Chris Morgan, recense plusieurs exemples pour la gestion de conflits avec des castors, des loups ou encore des ours.