Sans-papiers en marche pour leur dignité

France • Depuis le 19 septembre, les sans-papiers marchent pour leur régularisation, la fermeture des centres d’expulsion et un logement pour tout.e.s. (Par Nicanor Haon)

Les marcheurs veulent une régularisation pérenne et immédiate de la part de la France. (DR)

Après les grandes mobilisations du 20 mai et du 20 juin derniers, la marche est un «Acte 3». Il part de Marseille, Montpellier, Rennes, Grenoble Strasbourg, Lille et Le Havre pour converger vers le palais présidentiel. Une manifestation d’autant plus importante qu’avec la crise du Covid-19, les travailleuse.eur.s sans- papiers ni protection légale sont en première ligne pour perdre emploi et logement. Pour Anzoumane Sissoko, l’un des organisateurs de la marche, «le confinement a montré les limites des idées nationalistes. Les sans-papiers ont continué à nettoyer les hôpitaux, les homes, à livrer, être éboueur, caissière ou brancardier, pendant que les cadres travaillaient de chez eux». Il met en avant la nécessité d’une régularisation sans limites pour les sans-papiers: «En mai, une centaine de parlementaires avait demandé au gouvernement une régularisation temporaire pour cause de pandémie. Mais nous voulons une régularisation pérenne et immédiate».

Autofinancement de la marche

Le militant se souvient de la solidarité des Suisses en 2012, lors de la Marche Européenne des Sans-papiers, qui avait traversé Allemagne, Belgique, Hollande, Suisse, Italie, France et Luxembourg. Arrivée à la frontière bâloise, la manifestation avait reçu le soutien de plusieurs centaines d’activistes, avant d’aller à Berne, Zurich et Genève. Cette année en France, «le début de la marche, le 19 septembre, à Marseille et Montpellier a été fort. Lors des étapes intermédiaires notamment à Nîmes, Avignon ou Valence, les camarades ont été très bien accueillis… ce qui nous manque pour l’instant, c’est la médiatisation», poursuit A. Sissoko. «Nous manquons aussi d’argent pour acheter tentes et couvertures, car les conditions sanitaires et météorologiques sont défavorables». L’homme évoque alors l’autofinancement de la marche via une collecte sur le potcommun.fr, pour compléter l’apport des collectifs de sans- papiers et de certains syndicats.

Une démarche légale et soutenue

Robin Reda (député Les Républicains) affirmait, le 24 septembre, que les marches de sans- papiers étaient illégales. Intervenue au sein d’une mission parlementaire sur le racisme et lors de l’audition du Gisti (Groupe d’Informa- tion et de Soutien des Immigré.e.s), l’affirmation a surpris M. Sissoko. «Cela signifierait que le droit de manifester n’est plus dans la Constitution». Des propos si extrêmes n’ont en effet jamais été tenus, «même quand la droite la plus dure était au pouvoir» souligne le Gisti. La marche est en fait bien légale, mais parfois invisibilisée. «Il arrive que les gendarmes nous emmènent sur les petits chemins, loin des routes départementales ou nationales plus visibles» précise A. Sissoko. Le mouvement des sans-papiers a également grossi dans le contexte de la mobilisation Black Lives Matter, notamment via des synergies avec les comités Vérité et Justice pour Adama Traoré et Lamine Dieng.

«On fait les manifs ensemble, les cortèges se sont croisés à Paris, le 20 juin, lorsque 150’000 personnes étaient dans la rue (contre le racisme et les violences policières, ndr)», insiste M. Sissoko. Il signale aussi le soutien de la France Insoumise, des Verts et du Parti Communiste. Anzoumane Sissoko déplore enfin le nouveau pacte migratoire proposé par la Commission Européenne, faisant passer d’un à trois ans le délai d’expulsion des demandeuse.eur.s d’asile vers le premier pays d’arrivée, souvent la Grèce, l’Espagne ou l’Italie. «C’est le volet le plus dangereux… les gens vont rester trois ans dans le flou sans pouvoir faire leur demande. Depuis 1974 (l’instauration des visas, ndr), c’est la surenchère sécuritaire. Cela n’a pas marché. La vraie solution, c’est donner aux gens le droit de circuler», conclut-il, appelant les Suisses à la solidarité.

Informations: marche-des-sans-papiers.org