Les soignant.e.s entrent en résistance

Suisse • Les professionnel.le.s de la santé se mobilisent du 26 au 31 octobre au niveau cantonal et national.

«Les applaudissements ne suffisent pas. Le personnel soignant réclame des mesures concrètes pour mieux gérer une deuxième vague de coronavirus cet hiver et garantir des soins de qualité à l’avenir. Il est urgent d’effectuer une évaluation indépendante de la crise de ce printemps pour permettre d’avoir des données solides sur lesquelles s’appuyer», explique Yvonne Ribi, secrétaire générale de l’Association suisse des infirmières (ASI). «De plus, cette évaluation doit inclure une analyse des conditions de travail de l’ensemble du personnel soignant, pas uniquement des travailleurs et travailleuses des hôpitaux. La situation dans les Etablissements médico-sociaux (EMS) a été particulièrement difficile et cette étude doit pouvoir éclairer ces différentes réalités», précise Samuel Burri du syndicat Unia.

«Avec la 2e vague qui est là, l’état des personnels est alarmant car l’épuisement guette chacun, chacune. Mandater une évaluation indépendante est un premier pas indispensable pour faire toute la lumière sur la gestion gouvernementale de la crise et pouvoir définir des mesures susceptibles de mieux protéger le personnel de santé face au virus à l’avenir», corrobore Beatriz Rosende du SSP. Pour se faire entendre, près d’une vingtaine de syndicats, d’associations et d’ONG comme Amnesty et plus de 3035 signataires dont 1500 professionnel·le·s de la santé ont déposé ce jeudi 22 octobre une lettre ouverte à la chancellerie du Conseil fédéral.

Former 65’000 soignant.e.s d’ici 2030

Cette démarche servait de prélude à une semaine de mobilisation du secteur, qui sera finalisée par une grande manifestation (sur inscription) sur la Place fédérale le 31 octobre. Parmi les revendications exprimées, celle du versement d’une prime Covid-19 dans tous les cantons pour les infirmier.ère.s. «La Suisse fait figure d’exception: en France, Italie, Espagne, Québec, Royaume Uni, etc., des primes ou bonus extraordinaires ont été accordés aux personnels de la santé actifs pendant la première vague», souligne le syndicat SSP.

Il relève que si une partie de la grande distribution, les CFF, la Poste, entre autres, ont octroyé une prime aux personnels en «première ligne», les employeurs et les autorités cantonales de la santé sont globalement restés sourds aux revendications du personnel. «A ce jour, seuls une poignée d’EMS, le gouvernement fribourgeois, une ou deux institutions sociales font exception dans ce paysage austère. En réalité, c’est un peu l’inverse qui se produit, en particulier dans les hôpitaux: des directeurs financiers ont déjà annoncé des déficits importants pour 2020, en lien avec la pandémie et, forcément, menacent de nouveaux programmes d’économies sur le dos du personnel», explique-t-il.

Outre cette demande de dédommagement, les différentes associations mobilisées réclament un droit de participation plus étendu et une meilleure protection, ainsi que de meilleures conditions de travail, notamment contre le minutage des soins. Elles veulent aussi une meilleure application de la Loi sur le travail afin de limiter le recours aux heures supplémentaires. Plus globalement, le SSP exige un refinancement des hôpitaux. «Les structures publiques risquent d’être les principales perdantes de la crise: elles n’ont même pas obtenu un financement par le biais d’indemnités de chômage pour réduction de l’horaire de travail. Quelques cliniques privées en revanche ont pu diminuer leurs charges salariales par ce biais», rappelle-t-il dans un tract.

Pour sa part, l’ASI, qui a déposé en 2017 une initiative «Pour des soins infirmiers forts», combattue par un contre-projet parlementaire, veut que soit augmenté rapidement le nombre de personnes entrant dans la profession. «65’000 infirmières et infirmiers supplémentaires seraient nécessaires d’ici 2030», plaide l’association professionnelle.

Durant toute la semaine prochaine, des actions décentralisées seront menées dans les cantons. A Neuchâtel, une assemblée se tiendra le lundi 26 octobre (dès 10h30) devant l’hôpital Pourtalès.A Genève, les militant.es se retrouveront le mardi 27 octobre (dès 12h30) devant les HUG. A Lausanne, une manifestation publique aura lieu le mercredi 28 octobre (dès18 h, le lieu de départ est encore à confirmer). n

Informations complémentaires sur la semaine de mobilisation et inscriptions pour la manif de Berne sur le site www.ssp-vpod.ch