Le traité de tous les dangers pour les paysans

Libre-échange • En vue de la votation sur l’Accord de partenariat économique entre les États de l’AELE et l’Indonésie du 7 mars 2021, une association de paysans indonésiens, le Serikat Petani Indonesia (SPI), alerte sur les risques de ce traité.

Avec d’autres organisations de la société civile en Indonésie, le SPI (affilié à Via Campesina) a formé une coalition contre ce traité de libre-échange, organisant des manifestations de rue ou envoyant une lettre de protestation au président de la République d’Indonésie.

Traité désastreux

«Les accords de libre-échange sont des concepts qu’il faut rejeter et auxquels il faut résister car ils mènent les paysans à la pauvreté. L’importation de produits agricoles et alimentaires porte préjudice aux paysans, alors que les grandes entreprises des secteurs de la production et de la distribution renforcent leur pouvoir. En outre, dans les pays liés par l’accord, la gestion traditionnelle des semences, telle que pratiquée par les communautés agricoles, ainsi que la souveraineté alimentaire seront complètement érodées», affirme Zainal Arifin Fuad, secrétaire général du SPI.

Pour l’Indonésie, ce traité serait une catastrophe selon le SPI, d’autant plus que le projet de loi dit Omnibus vient juste d’être adopté. Voulue par président Joko Widodo, libéral musulman élu en 2019 et grand allié des puissants milieux d’affaires qui ont contribué à sa réélection, celle-ci vise à réduire la bureaucratie. Comment? En amendant des dizaines de lois existantes touchant à l’environnement, la fiscalité, le droit du travail et les normes environnementales pour favoriser les investissements étrangers.

Loi anti-environnementale

«La loi concerne aussi le droit de propriété immobilière pour les étrangers ou la réduction des obligations et des sanctions pour les sociétés gestionnaires des plantations», explique Zainal Arifin Fuad. Selon le journal The Diplomat, elle inscrit aussi des dispositions qui suppriment les protections juridiques du couvert forestier primaire, ce qui augmente le risque de déforestation massive. Elle assouplit les exigences en matière d’évaluation de l’impact environnemental des projets industriels et agroalimentaires. Elle habilite enfin le gouvernement central à approuver les entreprises et les investissements dans les zones forestières et les tourbières officiellement désignées, qui sont actuellement protégées par un moratoire sur la déforestation.

Début octobre, plus d’un million d’Indonésiens ont manifesté contre ce projet de loi, de la province d’Aceh à celle de Papouasie à plus de 3000 kilomètres de là. Mais le projet a finalement été approuvé le 5 octobre par le parlement. «L’existence d’accords de libre-échange qui sont renforcés par la loi Omnibus rend la mise en œuvre de la souveraineté alimentaire très urgente», estime le secrétaire général du SPI. Dans une lettre de soutien au syndicat paysan suisse, Uniterre, il en appelle à refuser l’accord de libre-échange Suisse-Indonésie.