«Hold-up», mensonges, complots et délires

Critique • Fort de son succès sur le net, «Hold-up: retour sur un chaos» se penche sur la crise du coronavirus. S’il prétend faire la lumière sur ce qui est caché, il dissimule ce qui aurait besoin de lumière.

Affiche du documentaire «Hold-up». (© Tprod)

Signé Pierre Barnérias, le film relève de la science-fiction. Il révèle un supposé plan des «élites» mondiales pour réduire en esclavage la population. Le pitch? Des recherches auraient conduit à la militarisation d’un coronavirus qui se serait transmis à l’homme entraînant une épidémie. Par des agences de presse, la gravité de la pandémie aurait été artificiellement amplifiée pour répandre «un autre virus: celui de la peur». Le gouvernement français aurait alors mis en place des règles contre-productives, en particulier le confinement. Elles auraient aggravé la situation et entraîné de nombreux morts… Profitant du choc et de l’effroi, les «élites mondiales», Bill Gates en tête, organiseraient au travers d’institutions comme le Forum économique mondial (WEF) une grande réinitialisation («Great Reset») du système de gouvernance international… Elles régneraient alors sur l’humanité, attendant de trouver les clés de l’immortalité.

Il ne paraît pas utile de revenir sur les multiples erreurs factuelles et approximations que comporte ce documentaire complotiste, de nombreux journaux l’ayant déjà fait, notamment Libération («Covid-19: dix contre-vérités véhiculées par «Hold-up», 12.11.20). Ce qui est en revanche révélateur est le fait que le film ne fait que dénoncer la «Big Pharma». Mais pas la propriété privée des moyens de productions de médicaments.

Il pointe du doigt Bill Gates et le WEF sans jamais dénoncer la société de classes et la faible représentation politiques des «dernier.è.s de corvée». Il fait craindre que l’on injecte aux humains des technologies pour les dominer sans voir que le système du salariat s’en est déjà largement chargé. A se demander si, en l’absence de coronavirus, de «Great Reset» ou de 5G, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

S’il ne met jamais directement en cause le capitalisme et son «ordre totalitaire marchant», il cherche à capter le public qui lutte contre ce dernier. Pour ce faire, Hold-up se ponctue notamment de propos de la sociologue spécialisée dans l’étude de la haute bourgeoisie, Monique Pinçon-Charlot. Elle a depuis regretté avoir participé au film. Selon elle, seules quelques minutes de son entretien resteraient après montage. Ceci afin d’utiliser sa notoriété.

«J’ai été interviewée pendant une heure sur une crise sanitaire que j’ai analysée comme une aubaine dans le cadre de la stratégie du choc (d’après l’ouvrage de la journaliste et essayiste Naomi Klein,) que les capitalistes ont mise en oeuvre pour faire passer des lois liberticides ou détruire un peu plus les droits des travailleurs», précise la sociologue. Pour elle, «l’erreur sur le fond du producteur et du réalisateur a été d’adopter la stratégie de l’émotion et de la conspiration, soulignée par un montage choc et vif, sans place pour la réflexion.»

Insatisfait de cette absence de toute réflexion que dénote effectivement Hold-up, on peut alors se tourner vers un autre documentaire du même réalisateur, M et le 3e secret. Ce film raconte comment un complot (décidément) s’est tramé au sein de l’église catholique. Suite à une apparition de la Vierge à Fatima au Portugal, il est «révélé» que Lénine aurait lancé un plan d’infiltration du Vatican. En allant chercher «la source de l’athéisme communiste», le narrateur découvre dans un livre, Karl Marx et Satan, que «si pour Karl la religion était bien l’opium du peuple, Marx lui disait croire au diable». Cette fois, tout s’éclaire..