Tension armée au Sahara occidental

Afrique • Des échanges de tirs se sont produits entre armée marocaine et indépendantiste dans la zone tampon de El-Guerguerat.

Ce 14 novembre marquait le 45e anniversaire de la signature des accords de Madrid, nom simplifié de la déclaration de principes entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie sur le Sahara occidental. «L’objectif de ces accords n’était autre que de légaliser l’occupation marocaine et mauritanienne du Sahara. L’occupation étant alors presque achevée (suite à la Marche verte marocaine du 6 novembre 1975 vers le Sahara espagnol, ndlr), elle allait déclencher une guerre sanglante, qui dura plus de 15 ans. En 1991, l’Assemblée générale des Nations Unies a rejeté les prétendus Accords de Madrid ainsi que l’occupation, en présentant une résolution qui exigeait le respect du droit international, appelait l’Espagne à conclure le processus de décolonisation et reconnaissait le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination», rappelle le député européen Miguel Urban Crespo dans les colonnes de Publico. Face à l’échec systématique du Maroc à mettre en oeuvre le Plan de Paix et à l’inaction complice de la communauté internationale, le Front Polisario (mouvement politique et armé du Sahara occidental, créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole) n’a pas cessé de se battre pour revendiquer l’indépendance de ce territoire.

Dernier événement en date: le 21 octobre, des militant.e.s indépendantistes bloquaient pacifiquement la route de transit de marchandises vers l’Afrique de l’Ouest de Guerguerat, une zone qui se trouve à la limite sud du territoire du Sahara occidental, entre le mur marocain et la frontière avec la Mauritanie. Une zone tampon selon les accords de paix de 1991 et donc sous le contrôle des Casques bleus de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), sans que les deux parties puissent en faire usage. «Malgré les dispositions de cet accord de paix, le Maroc a commencé il y a trois ans à travailler à l’asphaltage de la route dans cette zone dans le but de poursuivre le pillage des ressources naturelles du Sahara occupé», souligne Miguel Urban Crespo.

Répression marocaine

Cette occupation pacifique irrite Rabat et le 13 novembre, les troupes marocaines ont attaqué à balles réelles la population sahraouie sur le lieu d’occupation. Le Front Polisario fait aussi état d’opérations d’enlèvement et d’arrestation des militants des droits de l’homme sahraouis dans les villes occupées par le Maroc.

Ces échauffourées arrivent juste après que le Conseil de sécurité de l’ONU a reconduit le 30 octobre, pour 12 mois, le mandat de la Minurso. Cet incident va-t-il accroître les tensions? Dans un communiqué, le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Ibrahim Ghali, a ainsi décrété «la reprise des actions armées, afin de protéger les droits inaliénables» du peuple sahraoui. Le ministère de la Défense sahraoui a annoncé, lundi dernier, que les unités de l’armée populaire de libération sahraouie (APLS) ont mené des «attaques intensives» sur les retranchements des soldats de «l’armée d’occupation marocaine» le long du mur de séparation à El-Guerguerat. Difficile pour autant d’imaginer une guerre plus large qui mettrait aux prises le Maroc et l’Algérie, protecteur du Front Polisario