Comme un bateau ivre

Opinion • Avec un équipage fédéral dominé par l’UDC, le pays semble en mauvaise posture pour affronter une tempête sociale, sanitaire, économique et environnementale. (Par Patrick Savioli)

Miroir de la crise que nous traversons, nos élites politiciennes sont confrontées, pour la première fois depuis fort longtemps, à la dure réalité de la navigation en pleine tempête. A la barre, nous avons la chance d’avoir le capitaine Parmelin, homme aguerri, fort d’années d’expérience dans la gestion de crises viticoles et d’un charisme qui aurait fait pâlir le général de Gaulle. Son second, le lieutenant Berset, navigue à vue, au gré des pressions politiques et des bulletins météo, alternant habilement la prise de décision et le laisser-faire. C’est connu, quand les vagues se déchaînent, c’est l’équipage qui prend les bonnes décisions.

Ueli Maurer, 12 ans à bord du navire

Le 3e acolyte au front, c’est le zélateur blocherien et quartier-maître Maurer qui, trop gradé pour travailler mais pas assez pour être aux commandes, a la charge de l’approvisionnement de l’équipage et est donc garant de sa survie. Sa situation est confortable car grassement rémunéré et, bien qu’ayant depuis longtemps atteint l’âge légal de la retraite, il continue à veiller attentivement sur les finances du navire. Diantre, lui au moins n’aura pas à réclamer rétroactivement sa pension de retraite puisqu’il a continué à servir fidèlement l’État!

D’ailleurs, en 2017, il a pu se gargariser d’un excédent budgétaire de 4,8 milliards alors que le budget affichait un déficit de 250 millions; le parlement aurait dû lui offrir un bonus cette année-là… et les années suivantes aussi parce que l’histoire se répète. Sauf en 2020 peut-être? Ah oui, la tempête. A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels, disait le Conseil fédéral au début de la pandémie pour tranquilliser les PME, poumons économiques de la Suisse.

Pingrerie crasse et jeu de dupes pour les salarié.e.s

Mais en ce début d’année 2021, on nage en plein marasme et les hauts grades ont de la peine à se mettre à la place de l’équipage. Pensez donc, pendant presque une année, la subsistance a été rationnée au nom de la sacro-sainte prudence helvétique et maintenant que beaucoup de monde commence à crever de faim, on tergiverse. En effet, dans leur grande bonté, ils ont déjà octroyé le chômage partiel, mais avec un paiement des charges sociales à 100%, situation inique qui oblige les entreprises et leurs salarié.e.s à payer des charges sur des montants qu’ils n’ont pas versés ou touchés! Et les oreillers de paresse, pardon, les prêts garantis, ceux qu’il faudra rembourser quand la météo se sera améliorée. En fait, le Conseil fédéral fait des bénéfices et en plus, par le biais de la Banque Nationale Suisse, imprime des centaines de milliards investis en devises étrangères ou en actions américaines. Il rechigne à indemniser les entreprises qu’elle a obligé à cesser leur activité.

PME naufragées et oubliées

Donc, entre l’UDC qui ne veut pas entendre parler d’un nouveau semi-confinement, les libéraux qui réclament une vaccination rapide (pour pouvoir retourner au travail) et la possibilité de la Confédération de créer de la monnaie et de s’endetter à 0%, il serait temps que l’ensemble des politiciens fédéraux s’occupe un peu plus de ses entreprises et donc des employé.e.s qui les composent. C’est eux qui paient les impôts et les taxes qui font leur bénéfice.