Un traité perdant-perdant

Suisse • L’affiche d’Économiesuisse avec tigre (Indonésie) et ours (Suisse) s’enlaçant pour «un développement durable» est une farce. L’accord de libre-échange nuit à l’environnement et aux droits humains selon ses opposants.

«Nous devons maintenir et redonner du sens aux mesures douanières de protection des productions locales, qu’elles soient agricoles, artisanales ou industrielles. Le prix des biens doit être en lien avec le coût local du travail pour enrayer la surconsommation et le tout jetable». Pour le vigneron bio de Satigny (GE), Willy Cretigny, l’initiateur du référendum contre le traité de libre-échange signé en 2018 entre la Suisse et l’Indonésie sur lequel nous voterons le 7 mars, l’accord est bon à jeter (GH n°1).

Huile de tous les dangers

A l’occasion d’une conférence de presse lundi dernier, le comité d’opposition a réitéré ses arguments. Pour le conseiller national POP neuchâtelois et conseiller communal au Locle (NE), Denis de la Reussille, ce texte va péjorer la situation pour de nombreux paysans indonésiens.
«L’expansion de la production d’huile de palme conduit à une économie agricole tendant vers la monoculture. Les cultures traditionnelles de subsistance comme le riz sont abandonnées au profit de l’huile végétale, apparemment lucrative. Pour de nombreuses familles d’agriculteurs, cette évolution signifie une baisse de la sécurité alimentaire car elles doivent acheter des aliments de base qu’elles ne produisent plus», a-t-il souligné.

Droits humains violés

Le Neuchâtelois cite un rapport de l’ONG Transnational Palm Oil Labour Solidarity (TPOLS), documentant les violations du droit du travail dans cinq plantations de palmiers à huile en Indonésie. «Exposition à des produits chimiques dangereux, paiement de salaires inférieurs au salaire minimum, absence de congé de maternité et de congé menstruel pour les travailleuses et suppression des syndicats indépendants. Toutes les plantations de l’étude étaient certifiées RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) et fournissaient des géants de l’alimentation comme Nestlé.»

Denis de la Reussille s’interroge: «Était-ce des cas isolés? Pas vraiment. L’industrie de l’huile de palme est connue pour le travail des enfants, le travail forcé et le viol. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime qu’environ 1,5 million d’enfants entre 10 et 17 ans travaillent dans les champs d’huile de palme en Indonésie. Beaucoup d’enfants doivent travailler comme “travailleurs externes” afin de respecter les quotas de récolte élevés», a-t-il précisé, rappelant que la nouvelle loi Omnibus votée en octobre 2020 dans ce pays, ne fera qu’empirer les choses.

Mardi, c’était au comité bourgeois interpartis, trompeusement nommé «Oui au commerce durable et équitable», et où l’on retrouvait la conseillère nationale UDC (GE), Céline Amaudruz, qui faisait l’article. Et de défendre une intensification des échanges commerciaux permettant aux entreprises suisses de réaliser… «des bénéfices supplémentaires substantiels». Vraiment équitable