Au-delà de l’huile de palme

Suisse • Retour sur l’accord Suisse-Indonésie pour le scrutin à venir. (Par Patrick Savioli)

Parmi les objets fédéraux soumis à votation le 7 mars prochain, un accord de partenariat économique avec l’Indonésie. Un Etat comptant 271 millions d’habitants, ce qui en fait le quatrième pays le plus peuplé au monde. Selon les arguments du Conseil fédéral et du Parlement, cet «accord avec l’Indonésie ouvre de belles perspectives à l’économie suisse sur un marché en pleine croissance». Après l’accord Mercosur, il s’agit d’un nouvel accord commercial entre des pays au niveau de vie complètement différent.

«Le libéralisme contemporain profite aux riches; et à personne d’autre», affirmait au début du siècle dernier l’écrivain anglais G. K. Chesterton. Le but ultime de la mondialisation est de mettre en concurrence tous les acteurs économiques, et surtout la force de travail. Tout ce qui est mécanique est décortiqué, remplacé, remonté jusqu’à en extraire le rendement maximum. Le coût du travail est optimisé, les chantres du libéralisme salivant devant l’opportunité de produire moins cher. Pas besoin d’aller très loin pour trouver des exemples concrets. L’Union européenne n’a-t-elle pas mis au firmament de sa politique économique la libre circulation des biens et des personnes, autorisé les travailleurs détachés?

L’UBS a délocalisé de Zurich à Bienne ses services dit «à peu de valeur ajoutée». Sinon cela fait longtemps qu’une partie de ses services administratifs et informatiques sont en Inde ou en Pologne. Renault construit une partie de ses véhicules en Roumanie, où le salaire moyen est de plus de 70% inférieur à celui pratiqué en France. En 2013, lors de mouvements contestataires, la multinationale a menacé de délocaliser sa production au Maroc. Le salaire mensuel moyen y est encore moins élevé. Leader mondial du textile, la Chine commence aussi à délocaliser ses usines. Devinez où? En Afrique, car les salaires chinois sont devenus trop coûteux. La mondialisation a ainsi surtout permis d’augmenter les richesses des pays occidentaux en abaissant le coût des biens et des services, donnant du travail aux pays pauvres par des salaires proches de l’indécence.

Il n’y a pas de miracle en économie. Si Apple atteint une capitalisation boursière supérieure à 2000 milliards en 2020 pour 58 milliards de profits nets, c’est aussi parce que la fabrication de ses appareils est sous-traitée en Asie. Le salaire mensuel moyen de l’ouvrier y est de 156 euros, pour une douzaine d’heures de travail quotidien, six jours sur sept. Aucune assurance sociale pour les travailleurs temporaires représentant plus de la moitié des effectifs. Pas d’équipement de protection, ni de formation, des centaines d’heures supplémentaires et souvent un jour de repos par mois.

Cet objet soumis au vote du peuple suisse pose donc des questions qui vont bien au-delà de l’importation d’huile de palme. Les barrières douanières sont là pour protéger le commerce local et équilibrer les échanges commerciaux. Au coeur d’une crise sanitaire mondiale, le modèle prônant toujours plus de croissance, dopé par l’injection massive de liquidité des banques centrales, arrive en bout de course. La question est donc de savoir si l’on veut persister à piller la planète en détruisant ses ressources pour la survie d’un modèle économique qui nous mène droit dans le mur. N’est-il pas temps de repenser notre manière de vivre