La jeunesse en souffrance

Suisse • Face à la crise, les Jeunes popistes genevois lancent un appel autour des dommages touchant la jeune génération malmenée, précarisée et psychiquement éprouvée.

Problèmes de rémunération, d’études et de santé psychique: la jeunesse est sous le joug de maux croisés qui mettent en péril son existence même. (Risingthemals)

«Nous refusons de n’être que les pions d’un jeu truqué dans lequel les gagnants et les perdants sont connus d’avance. Sans pour autant remettre en cause les mesures de santé publique, nous sommes atterré.e.s par la façon dont est ignorée la souffrance économique, sociale et psychologique des membres de notre génération», affirme un Appel rendu public cette semaine par les Jeunes popistes genevois.

Signé par les Jeunes Verts, les Jeunes socialistes, la CUAE (Conférence Universitaire des Associations d’Etudiant.e.x.s), la Grève du climat ou par l’association des étudiants de HETS (Haute école de travail social), le texte s’adresse à la population et aux autorités afin de faire entendre la voix quelque peu oubliée des jeunes. «Au niveau suisse, notre mouvement a décidé dans chaque canton de lancer une campagne autour du thème de la santé avant le profit. Les objectifs de cette campagne sont d’œuvrer et de s’engager activement à améliorer les conditions de travail du personnel hospitalier, la couverture médicale et de dénoncer la privatisation du domaine de la santé», précise encore Sébastien Privet, président des Jeunes popistes de Genève.

Formation, emploi: la catastrophe

«Après près d’un an de pandémie la situation des jeunes est catastrophique, comme le révèle une enquête de l’Organisation International du Travail (OIT) intitulée Les jeunes et la Covid-19: impact sur les emplois, l’éducation, les droits et le bien-être mental, qui s’intéresse aux thématiques de l’emploi, de la formation, de la santé psychique et des droits des jeunes, ou l’Université de Bâle dans son étude Corona Stress, montrant une prévalence des symptômes dépressifs graves de 29% chez les 14-24 ans. Subissant de plein fouet les restrictions au niveau de l’éducation, de la formation et de l’accès au marché de l’emploi, les jeunes constituent l’un des groupes les plus durement touchés par la crise», souligne Malcolm M’Baye, membre des Jeunes POP de Genève.

En Suisse, selon les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), le chômage des jeunes – de 15 à 24 ans – se montait fin 2020 à 17’694 personnes sur 163’545 inscrits, avec une augmentation de 5304 personnes (+42,8%) par rapport au même mois de l’année précédente. «De plus, beau- coup de jeunes ont perdu leur job d’appoint dans la restauration ou la vente», explique Malcom M’Baye.

Hausse de l’aide sociale

Ce qui s’est aussi traduit dans le recours à l’aide sociale. Selon 20 Minutes, l’Hospice général genevois a enregistré une forte hausse des demandes d’aide émanant de jeunes adultes (18-25 ans) en 2020. Le nombre de dossiers traités a grimpé de 14% en un an, s’établissant à 1732 fin décembre. «Face à cette situation, notre appel demande la création d’emplois destinés aux jeunes entre 18 et 35 ans au sein des services publics, l’interdiction de diminuer les salaires au sein de ces mêmes services, et l’amélioration des conditions de travail des apprenti.e.s., mais aussi la facilitation, l’extension et le maintien des bourses d’études au sein des centres de formations et la facilitation de l’obtention des subsides d’assurance pour les jeunes en dessous de 25 ans. De même que la création d’un fonds d’urgence destiné à la jeunesse. Il est urgent d’investir des fonds publics pour répondre aux défis auxquels doivent et devront faire face les jeunes dans le cadre de la crise actuelle et des crises futures», précise Malcom M’Baye.

Une demande qui rejoint celle de la Commission jeune du syndicat Unia. Cette semaine, elle a demandé un soutien financier de la Confédération à l’été 2021. Ceci pour que des entreprises puissent offrir des perspectives aux 70’000 jeunes qui ter- mineront alors leur formation.

En soutien psy et gratuit

Mais d’autres problèmes sont aussi pointés comme l’impact de la pandémie sur la santé psychique et le développement des jeunes, comme l’a montré un colloque participatif interprofessionnel sous l’égide la fondation genevoise Brocher, présenté dans La revue médicale suisse. Il est relevé une augmentation très nette des consultations pour crise personnelle et/ou familiale dans la période post-confinement, avec des décompensations d’allure dépressive ou anxieuse. «Les tentatives de suicide ont également augmenté peu après la levée du confinement et durant la deuxième vague, comme en témoignent les chiffres de l’Unité de crise pour adolescent.e.s de Genève («Malatavie») ou ceux du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) à Lausanne», explique le résumé des rencontres.

Il relevait aussi que le site ciao.ch existant depuis 1997 et répondant aux besoins d’information et d’orientation des personnes adolescentes a enregistré une augmentation de plus de 25% des questions posées aux professionnels. Et de 82% dans la fréquentation des forums.

«Certains numéros d’aide gratuits conseillent de s’adresser à des psycho- logues. Ce qui demande des moyens. Voilà pourquoi nous revendiquons dans notre appel genevois que soit mise en place une politique de santé publique axée sur la santé mentale, avec notamment un accès gratuit à un soutien psychologique. Nous voulons aussi le lancement d’une enquête publique destinée à évaluer l’impact de la crise et des mesures gouvernementales sur la santé mentale et la santé économique des jeunes, et la publication de ses résultats», argumente Malcom M’Baye.

Commission jeunes à la task force

«Malgré tous les efforts qu’ils.elles ont déployés à travers le respect scrupuleux des mesures gouvernementales, le bénévolat ou encore les dons, les jeunes n’ont pas eu voix au chapitre, et ont même été régulièrement accusé.e.s de propager le virus dans des discours médiatiques et politiques culpabilisants. Pour nous, il serait important de créer une Commission jeunes au sein de la task force cantonale, constituée de jeunes entre 15 et 35 ans tiré.e.s au sort, et la nomination de représentant.e.s des minorités les plus touchées – notamment les femmes et les personnes issues de la migration – au sein de cette même taskforce, pour que les jeunes donnent leur avis», souligne le jeune popiste.

Il ajoute: «Nous préconisons aussi une réévaluation des mesures sanitaires s’appliquant aux universités et centres de formation en incluant dans les discussions les étudiant.e.s et principaux.ales concerné.e.s. Nous voudrions aussi la création et la diffusion de campagnes de communication destinées à faciliter l’accès aux informations relatives aux possibilités d’obtenir des aides sociales et financières». Cette demande rejoint celle du Colloque Brocher. Celui-ci milite pour que «les autorités et décideurs respectent mieux les droits des jeunes, en sollicitant leur avis et leur participation et que les mes- sages sanitaires explicitent les valeurs qui fondent les décisions prises».

Qu’en sera-t-il de l’après Covid-19? «Nous espérons que les jeunes pourront se faire vacciner le plus rapidement possible et il sera aussi nécessaire de résister à toute politique de coupes et d’austérité suite à la crise économique», conclut Malcom M’Baye.

Infos complémentaires sur www.jeunespop.ch/

 

L’Union des étudiant.e.s de Suisse (UNES) veut une aide de la Confédération

Dans une lettre ouverte au Conseil fédéral, plusieurs associations d’étudiants ont demandé cette semaine la création d’un fonds d’aide d’urgence à l’échelle nationale. «La crise du Corona a eu un impact considérable sur la situation financière des étudiants, indique jeudi une déclaration des organisations signataires», dont l’organisation faîtière des associations d’étudiants suisses (UNES).

«Depuis le début de la pandémie, diverses universités et fondations (comme la Fondation suisse pour la promotion de l’éducation, Educa Swiss) ont accordé des prêts d’urgence sans intérêt et, dans certains cas, des aides financières d’urgence à fonds perdus. Toutefois, ces offres ne sont pas suffisantes et varient fortement d’une région à l’autre», a-t-elle été ajouté. Il n’existe pas d’offre nationale coordonnée pour tous.

Les signataires demandent donc au Conseil fédéral d’agir rapidement. Ils demandent la création d’un fonds d’aide d’urgence national pour les étudiants, avec une allocation de 5000 francs par personne touchée sous forme de bourse d’études, selon des «critères clairs et simples».