Un message d’accueil en carafe?

Solidarité • Depuis un an , les organisations d’entraide attendent que le Suisse offre une politique plus généreuse pour les réfugiés des îles grecques. Un nouvel appel, avec des médecins, est lancé.

Flashmob pour demander l'accueil immédiat des réfugiés de Moria, Lausanne, le 12 septembre 2020. (Gustave Deghilage)

Un an après et toujours rien, l’horizon paraît bouché. «L’aide sur le terrain est juste et importante. Mais la tradition humanitaire de notre pays ne doit pas se limiter à un soutien matériel sur le terrain. La Suisse doit également apporter sa contribution ici, dans notre pays (pour les réfugié.e.s en provenance des îles grecques)», a expliqué cette semaine Thierry Steiert, maire (PS) de la Ville de Fribourg. Sa commune, ainsi que désormais 16 autres villes suisses réunies dans l’Alliance des villes et communes pour l’accueil des réfugié·e.s, ont tenu à rappeler cette semaine à Berne que rien n’a été fait pour faciliter la réception de migrants depuis la Grèce en un an.

Et ce n’est pas faute de mobilisation. L’année passée à Pâques (voir «Des villes en première ligne», Gauchebdo n°38), plus de 110 organisations avaient lancé un appel dans ce sens aux autorités fédérales. En juin dernier, plus de 50’000 personnes avaient déjà déposé une pétition demandant au Conseil fédéral de participer à l’évacuation immédiate des camps de réfugiés grecs et d’accueillir un nombre important de personnes en Suisse.

«La campagne Evacuez Maintenant a proposé une multitude de solutions au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) et au Conseil fédéral. Des vols civils d’évacuation, des logements civils privés disponibles et la volonté des plus grandes villes suisses d’accueillir des réfugié.e.s n’en sont que quelques exemples. Même le Conseil national et le Conseil des Etats ont signalé au Conseil fédéral que la Suisse devait faire davantage en acceptant récemment la motion Admission des réfugiés en provenance de Grèce et réforme de l’accord de Dublin. Avec l’appel de Pâques, il y a un an et après l’apparition de la pandémie du Covid19, la perspective d’une catastrophe était claire. Une catastrophe qui est malheureusement arrivée le 9 septembre 2020, à une échelle que même nous n’aurions pas pu imaginer. Le camp de Moria a brûlé – les images sont probablement encore dans tous les esprits», a souligné depuis la Grèce Janine Bleuler, coordinatrice de la campagne.

Elle a aussi relevé que le nouveau camp construit à Moria sur l’Île de Lesbos et sur un ancien site militaire était dans un triste état, truffé de dépôts de plomb. Il n’était pas raccordé à l’eau et ne disposait pas d’une alimentation électrique adéquate. «Ce n’est qu’au début du mois de décembre que 36 douches pour près de 7000 personnes ont été construites», a-t-elle précisé.

Mauvaises conditions sanitaires

«Il y a aussi eu une épidémie de dysenterie et de nombreuses autres maladies en raison des mauvaises conditions sanitaires. Moins de liberté de mouvement à cause des restrictions liées au Covid-19 et à plus de contrôles, ce qui fait que les gens se sentent plus captifs par rapport à la situation dans l’ancien camp. Un lieu peu sûr car les gens sont gardés trop longtemps au même endroit avec des nationalités mélangées, ce qui entraîne des frustrations et des bagarres», a aussi expliqué en duplex de Mytilène, principale ville de Lesbos, un réfugié zimbabwéen, Sifiso Khumalo, ancien habitant de Moria. Il travaille aujourd’hui au centre communautaire One Happy Family (OHF) comme coordinateur de la logistique et des achats.

La Suisse a reçu 97 mineurs non-accompagnés des îles de la mer Égée

En juillet 2020, Karin Keller-Sutter, cheffe du Département de justice et police (DFJP) avait envoyé une réponse aux pétitionnaires, affirmant que le Suisse avait débloqué de l’aide sur place, pour un montant de 1,1 million de francs. Elle expliquait aussi que notre pays avait décidé d’accepter un contingent de 1600 réfugié.e.s particulièrement vulnérables pour 2020/2021 dans le cadre de son programme de réinstallation. «A ce jour, seules 330 personnes ont été admises dans le cadre de ce programme. Depuis les incendies, la Suisse a acheminé du matériel humanitaire sur place, notamment des tentes, du matériel pour le traitement de l’eau, et du matériel médical et a accueilli 97 mineur.e.s non accompagné.e.s des îles de la mer Égée. L’accueil de ces quelques dizaines de réfugié.e.s est une bonne chose, mais demeure largement insuffisant», déplore Pablo Cruchon, porte-parole d’Amnesty.

Il rappele que seules 11’041 demandes d’asile avaient été déposées en Suisse en 2020, soit 3228 de moins qu’en 2019 (-22,6%). «Il s’agit du chiffre le plus bas enregistré depuis 2007», précise-t-il. Au regard de ces chiffres et de la volonté réitérée aujourd’hui par les principales villes, communes et paroisses de Suisse de participer à l’accueil des réfugié.e.s en provenance de Grèce, l’ONG de défense des droits humains, demande dorénavant un soutien du gouvernement à une évacuation complète du camp de Moria au niveau européen.

Mais aussi l’accueil rapide d’un fort contingent de réfugié.e.s des îles grecques et l’entrée en matière de Karine Keller-Sutter, qui campe sur une ligne dure en matière d’asile et aurait signé un accord de réadmission dans leur pays de 600 Algériens selon le quotidien El Watan, à propos de la proposition des villes d’héberger des migrants.

Cette nécessité d’un accueil rapide est aussi partagée par Médecins Action santé migrant.e.s (MASM), association apolitique de médecins romands, qui vient de déposer cette semaine une pétition de 11’000 signatures pour accélérer le processus et proposant d’admettre en Suisse 5000 réfugiés en provenance de Samos. «Une telle action serait une symbolique puissante tant sur la scène européenne que sur le plan de l’image internationale de notre pays. Par ailleurs, elle ne serait pas un appel à la migration puisque la frontière est, sur cette île, verrouillée par Frontex (la Turquie a aussi resteint l’arrivée sur les îles grecques, ndlr).

Enfin la charge pour chaque canton serait très raisonnable, d’autant plus que les principales grandes villes de Suisse et d’autres ont annoncé leur disponibilité d’accueil», assurait l’association dans un courrier adressé à Ignazio Cassis en janvier dernier. «Les centres fédéraux de réfugiés sont à moitié vides. La Suisse pourrait dans un premier temps recevoir ces personnes en provenance de Samos et ensuite les accueillir dans les villes, qui comme Aigle, sont prêtes à les accueillir», insiste Bernard Borel, pédiatre et membre du POP.