Travailleurs temporaires en première ligne

Crise • Nous traversons actuellement la plus grande récession économique depuis 1975. (Par Anaïs Timofte, paru dans Résistance)

La crise modifie le marché du travail et frappe de plein fouet les travailleurs temporaires. (DR)

Le taux de chômage et le taux de demandeurs d’emplois non-inscrits auprès d’un ORP en 2020 et au début de l’année 2021 dépasse largement celui de 2009 à la suite de la crise des sub primes . La situation est donc extrêmement préoccupante, en premier lieu pour les personnes à faible revenu qui ont été les plus touchées par cette crise sanitaire et économique.

Selon un rapport de l’EPFZ publié en février 2021, les ménages dont le revenu est considéré comme très faible – moins de 4000 francs – ont subi une baisse de revenus de 20% en moyenne depuis le début de la pandémie. À l’inverse, les ménages dont le revenu mensuel est parmi les plus élevés – supérieur à 16’000 francs – ont vu leurs revenus diminuer de 8%.

Parallèlement, les 1000 personnes les plus riches au monde ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois, et les milliardaires ont même vu leur fortune augmenter de 3900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre 2020.

Effondrements en cours

Les inégalités se renforcent, donc. Mais la précarité de l’emploi également: la crise Covid-19 a mis en exergue la fragilité extrême de l’emploi pour tous les travailleurs employés par l’intermédiaire d’une agence de location de services. Sur l’ensemble de 2020, le secteur temporaire s’est effondré de 14,3%, avec un recul de près de 23% lors du premier trimestre.

Cette chute marque un véritable tournant, puisque le secteur du travail temporaire était jusqu’alors en constante croissance: en 10 ans, le nombre de travailleurs temporaires en Suisse a drastiquement augmenté, passant de 281’754 travailleurs en 2008 à 408’819 en 2018. Avec l’arrivée de la crise sanitaire, bien que la Confédération ait finalement étendu le droit au chômage partiel (RHT) aux travailleurs temporaires en mai 2020, les patrons se sont donc empressés de «mettre un terme aux contrats de missions» (comprenez: licencier) des milliers de travailleurs temporaires dès le mois de mars 2020, en particulier dans les secteurs de l’industrie, la construction et les services.

Semi-confinement délétère

Lors du premier semi-confinement en Suisse, en dépit des maigres mesures mises en place pour éviter les licenciements, les travailleurs temporaires ont donc été les premiers à faire les frais d’une précarisation grandissante du marché de l’emploi. Dans une logique d’optimisation maximale, le travail temporaire est utilisé comme variable d’ajustement pour répondre le plus finement possible à la demande de production. Dans les secteurs à l’arrêt ou en nette baisse d’activité, la crise a mis en évidence la facilité avec laquelle les travailleurs temporaires peuvent être licenciés.

Alors que la grande majorité des travailleurs engagés par le biais d’une agence de location de services sont à la recherche d’un travail stable et ne trouvent pas d’autres alternatives, et que certains travaillent comme «temporaire» depuis plusieurs années, les patrons apprécient les avantages d’une main d’œuvre flexible, peu chère, et facilement licenciable.

Droit au chômage partiel annulé

Au mois de mars 2021, la Confédération annonce un rétropédalage: les travailleurs temporaires ne pourront plus bénéficier du droit au chômage partiel. Ceci met en exergue une convergence d’intérêts entre les autorités gouvernementales et le patronat à défendre une certaine vision du marché de l’emploi. Le travail temporaire précaire y prend une place toujours plus grande: «Le management qui s’appuie sur une main-d’œuvre flexible deviendra la norme », affirmait Sabine Neuhaus, responsable d’une agence de location de services, dans les colonnes du Temps (20 avril 2021).

La part grandissante d’une telle forme de travail dit «précaire» est le résultat d’une forme aboutie de mise en concurrence acharnée des travailleurs et chômeurs dans la phase actuelle du capitalisme. Cette concurrence permet deux choses: user de la menace d’un licenciement pour intimider les travailleurs fixes et faire pression sur leurs salaires; créer des formes de travail précaire.

Ceci pour ajuster la masse salariale aux besoins de l’entreprise et empêcher l’organisation syndicale des travailleurs. Dans ce contexte, l’unité des travailleurs – fixes et temporaires – apparaît comme le ciment qui permettrait de bâtir les fondations d’une véritable lutte contre la crise, la misère et le chômage. À la lumière de la crise actuelle, l’urgence apparaît de s’organiser afin que tous les emplois soient stables et attribués grâce à un juste partage du travail couplé à une juste redistribution des richesses.