Crise partout, luttes aussi

1er Mai 2021 • Pour la journée de luttes des salarié.e.s, les cortèges sillonneront les rues romandes pour revendiquer une justice sociale, climatique et féministe.

L’Union syndicale suisse (USS) organisera une manifestation numérique sur son site avec des reportages en direct suivant les actions devant les usines et sur les places publiques. Mais aussi des interventions vidéo de personnalités comme celle de Luca Vicentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), des manifestations en présentiel sont heureusement prévues dans toute la Suisse, notamment à Genève. «L’année passée, nous avions réalisé un rallye en ville, mais il est important pour les salarié.e.s de pouvoir reprendre la rue, ce qui est un droit démocratique fondamental. Il est important de déranger, car cela donne toute son ampleur à nos revendications et pour reconstruire un rapport de force face aux patrons», explique Davide De Fillippo, président de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS). Comme dans le reste des cantons romands, la journée genevoise défendra un programme en trois volets, celui de la justice sociale, climatique et féministe.

Emploi: rester groupé

Pour le premier point, les militant.e.s. veulent protéger les emplois, en créer de nouveaux, socialement utiles, et assurer la garantie des revenus par une compensation à 100% en cas de RHT ou de chômage. «Avec le télétravail, les personnes salariées sont toujours plus atomisées et leur contrat de travail individualisé.

Il faut continuer à rester groupé pour défendre collectivement des CCT. Il faut aussi permettre à chacun et chacune d’avoir une affiliation, que ce soit par le travail aux conditions stables ou en bénéficiant d’un bon filet social», assure Lydia Schneider, co-présidente du Parti socialiste genevois.

Dernier point qu’elle entend mettre en avant à l’occasion de la Fête du travail: l’importance de défendre de bonnes prestations publiques, en évitant les coupes dans la santé ou l’éducation. «La justice sociale implique aussi une justice fiscale, alors que ces dernières années de nombreux cadeaux fiscaux ont été faits aux plus nanti.e.s», estime-t-elle.

Climat: ça chauffe et pollue

Le 1er Mai sera aussi un tour de chauffe en prévision de la Grève pour l’avenir et la justice climatique du 21 mai. Outre les jeunes militant de la Grève du climat, les syndicats associations comme les grands-parents
pour le climat, partis concernés participeront à ce grand rendez-vous dans l’année. «En matière de protection du climat, il est bientôt trop tard. La question est de savoir qui va payer? Le système néolibéral, tant dans le monde qu’en Suisse, a donné des milliards aux pollueurs et aux entreprises qui délocalisent au détriment des besoins basiques de la population. Il est l’heure des comptes, de s’informer et d’agir. Nous ferons grève pour un avenir écologique, solidaire et équitable pour tous et toutes», argumente Patrick Chappuis du syndicat SSP.

Femmes: l’heure de la revalorisation

A l’occasion de la journée du 21 mai, la Grève pour l’avenir a publié récemment un Manifeste en 14 revendications. Celles-ci vont de la mise en œuvre d’une neutralité carbone le plus rapidement possible à une réglementation légale des industries «en accord avec les droits humains et les objectifs écologiques fondamentaux définis par l’ONU». La santé doit aussi être perçue comme un droit. Sans oublier des revendications pour la mise en place d’une démocratie délibérative directe, d’une organisation collective et démocratique de l’économie, d’un système financier transparent sans investissements polluants, de voies de migrations sûres et légales, ainsi que d’un système alimentaire social, paysan et agroécologique. Bref, le projet est nettement plus ambitieux que la Loi CO2 sur laquelle nous voterons le 13 juin.

Pour celles et ceux de la Grève des femmes et féministe aussi, les revendications sont en nombre. «Pendant la crise Covid, les femmes étaient en première ligne dans des secteurs essentiels, comme la santé, le nettoyage ou la vente. Du fait qu’elles touchent des petits revenus, elles sont touchées de plein fouet par la crise économique», explique Catalina Ravessoud, une membre du collectif genevois. «Nous lançons une bataille contre la révision AVS 21, qui augmentera l’âge de départ à la retraite des femmes, pour l’égalité salariale. Nous dénonçons aussi les violences contre les femmes, qui ont augmenté pendant la pandémie.» Vice-présidente du PdT, Hélène Ecuyer alerte sur le front marital: «En Suisse, les attaques contre l’instauration d’un mariage pour tous et toutes sont vives. On est en retard relativement à beaucoup d’autres pays»

«Il est important de réaffirmer une solidarité intergénérationnelle, alors qu’on a eu tendance à dresser des barrières entre aînés et jeunes», estime Ueli Leuenberger, vice-président de l’Avivo Genève, qui fera son retour dans le cortège du 1er Mai. «Dans l’Histoire, les générations ont toujours lutté ensemble pour rendre la société plus juste», conclut-il.

 

Appel de l’USS du 1er Mai

La pandémie bouleverse le monde et le marché du travail. Cette crise historique laissera des traces profondes et douloureuses au niveau social et économique. Des centaines de milliers de personnes ont été – et sont encore -frappées par des licenciements ou doivent craindre pour leur emploi. Nos collègues des secteurs de la vente, des services ou du tourisme se sont vus raboter une partie de leurs revenus pendant des mois.

Les personnes à faibles revenus sont celles qui souffrent le plus, alors qu’au même moment, l’argent afflue sans discontinuer dans les villas de luxe grâce aux gains boursiers. Les rapports de travail deviennent de plus en plus précaires. Et les travailleuses et travailleurs de la vente en ligne, en plein essor lui, doivent encaisser plus de stress, des heures de travail non payées et des contrats temporaires.

Nous voulons maintenant que ce printemps soit synonyme d’espoir: l’espoir que les choses vont s’améliorer et qu’un nouveau départ social est possible! Des modèles que l’on croyait immuables ont été complètement renversés par la crise. Cette crise réveille aussi la volonté des mouvements sociaux d’œuvrer pour enfin revaloriser les professions mal payées et introduire de nouvelles formes de sécurité sociale.

Ainsi, nous pourrons nous attaquer de front à l’injustice de la répartition actuelle des revenus. Les coûts de la pandémie ne doivent pas être portés par les travailleuses et travailleurs. La sortie de crise ne peut se faire qu’avec des perspectives d’avenir et une sécurité financière pour toutes et tous.

La solidarité a regagné toute son importance, et avec elle, la lutte pour un changement fondamental après des décennies de domination néolibérale. Ce qu’il faut, c’est une reprise pour les travailleuses et travailleurs – avec le plein-mploi, de meilleurs salaires et des retraites plus sociales. Le moment est venu «Pour un nouveau départ social!»