Répondre à la détresse des jeunes

Suisse • Souvent relégués à la portion congrue durant la pandémie, les jeunes doivent aussi être entendus. (Par Emmanuel Deonna, Amanda Gavilanes, Glenna Baillon-Lopez et Wahba Ghaly)

Les revendications des jeunes sont bien fondées et cohérentes. Ne pas les prendre très au sérieux serait une faute sociale et politique grave. (Alexandra Koch)

Etre jeune adulte est un passage décisif dans la vie. C’est une expérience à la fois excitante et potentiellement angoissante. La sociabilité des jeunes, déterminante pour la construction de leur identité et de leur personnalité, s’opère dans les lieux de formation, comme l’université, les hautes écoles, en entreprise dans le cadre de leur apprentissage ou de petits jobs professionnalisants. Chez les jeunes, cette étape de vie se réalise aussi en fréquentant les bars, cafés, espaces culturels, salles de concert, de cinéma, parcs et plages publics. Ces lieux leur permettent de nouer des nouvelles relations, notamment d’amitié et d’amour, d’expérimenter la solidarité de groupe, de tester et découvrir diverses formes de liens sociaux et affectifs. Ces expériences peuvent être complétées par le choix de telle ou telle activité sportive ou culturelle, ou au moyen de voyages entrepris en groupe en Suisse et à l’étranger. Or, avec l’avènement de la Covid-19, toutes ces étapes de la vie des jeunes adultes ont été interrompues. L’étude Corona Stress de l’Université de Bâle montre une prévalence de symptômes dépressifs graves de 29% chez les 14-24 ans depuis le début de la crise sanitaire.

Selon les chiffres de l’Unité de crise pour adolescent.e.s de Genève «Malatavie», les tentatives de suicide ont augmenté après la levée du confinement et durant la deuxième vague de la pandémie.Les jeunes constituent l’un des groupes les plus violemment affectés par la crise. Iels sont privées aujourd’hui d’expériences cruciales sur le plan de leur développement social et affectif. Cependant, ces dernier.e.s nourrissent aussi des angoisses ô combien légitimes par rapport à leur avenir professionnel. Notre société très compétitive pardonne malheureusement en effet mal le «temps perdu» et les «cases vides» sur le CV. Finalement, le fait de devoir passer beaucoup plus de temps que d’habitude dans l’espace clos de petits appartements, ou au domicile de leurs parents avec lesquels ils doivent cohabiter, est inconfortable et pénalisant. C’est vrai tant du point de vue des conditions matérielles de leur quotidien que de celui de leur vie privée et du développement de leur autonomie. Enfin, au même titre que les personnes âgées, les jeunes ont le sentiment d’être mis au ban de la société au nom de leur bien-être et de leur préservation. Car les autorités ou la pression sociale leur dictent presque entièrement ce qu’ils ont ou non le droit de faire.

Etre inclus dans les décisions

Cependant, par le biais de dispositifs d’entraide collective, mais aussi au moyen de pétitions adressées aux autorités fédérales et cantonales, les jeunes font entendre leur voix. Dans le domaine de la santé, la grande majorité d’entre eux exige l’accès à la vaccination et au futur passeport vaccinal ainsi que le remboursement des tests PCR. En matière d’aides financières, iels réclament des prêts d’urgence sans intérêt, des aides financières à fonds perdu, la création d’un fonds d’urgence jeunesse ainsi que des bourses d’étude plus généreuses. Pour le personnel du corps intermédiaire des universités et des HES (doctorant.e.s et assistant.e.s), les contrats à durée déterminée doivent être prolongés et des mesures d’allégement temporaire de la charge de travail mises en place. Aussi bien pour des raisons matérielles que symboliques, les jeunes demandent une présence visible dans les tasks forces Covid cantonales. Iels exigent la réévaluation des mesures sanitaires en vigueur dans les universités et les centres de formation. Ils veulent être inclus dans les décisions dans lesquels ils sont les principaux.ales concerné.e.s ! Les revendications des jeunes sont bien fondées et cohérentes. Ne pas les prendre très au sérieux serait une faute sociale et politique grave.

Pétition à signer sur www.projuventute.ch/fr/appel-jeunesse