Une journée particulière pour les droits

Mobilisation du 14 juin • • Cinquante ans après l’instauration du droit de vote pour les femmes, quarante après l’introduction de l’article constitutionnel sur la Loi sur l’égalité et trente après la grande Grève de 1991, les militantes féministes et leurs allié.es se mobiliseront dans toute la Suisse.

«Les revendications essentielles de la Grève des femmes* de 2019 restent toujours lettre morte, deux ans plus tard. Quelques jours avant le débat au Conseil national sur l’AVS (qui a entériné une retraite à 65 ans pour toutes et tous, ndlr), le bilan est misérable: les femmes professionnellement actives continuent à subir le manque de temps, d’argent et de respect. Les salaires plus bas, le travail à temps partiel et l’activité non rémunérée sont à l’origine de la situation scandaleuse des rentes pour les femmes – et on ne voit pas le bout du tunnel», lançaient cette semaine des femmes syndicalistes de l’USS, d’Unia, du SSP lors d’une conférence de presse à Berne.

Face à cette situation, leur cahier des revendications s’avère imposant, avec des nuances revendicatives comme celles apportées par la Grève des femmes, mais toutes et tous se mobiliseront ce 14 juin, date anniversaire de la grande grève féministe de 1991, qui avait réuni plus de 500’000 femmes. En tout premier lieu, la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et les maigres compensations transitoires pour la génération intermédiaire, sont rejetées. «Les discriminations qui persistent dans le monde du travail sont encore amplifiées à la retraite. Si on continue au même rythme que maintenant, l’écart des rentes ne se résorbera que dans 80 ans. Il faut donc de toute urgence améliorer la situation et non réduire les rentes des femmes comme le prévoit AVS 21. Près d’un tiers des femmes qui partent à la retraite actuellement n’a aucune pension du 2e pilier. Et pour celles qui en ont une, les écarts sont importants: les femmes qui ont pris leur retraite en 2019 ont perçu de leur caisse de pensions une rente moyenne de 1160 francs par mois, contre 2144 francs pour les hommes», a averti Gabriela Medici, secrétaire centrale de l’USS en charge des assurances sociale

Heure de l’inégalité salariale

L’inégalité salariale qui persiste est aussi pointée du doigt et n’est pas oubliée. «En Suisse, les femmes gagnent 8,6% de moins que les hommes pour le même travail. Dans l’hôtellerie-restauration, par exemple, les différences de salaires entre les sexes étaient de 8,1%, dans le commerce de détail de 17,7% dans l’industrie des machines de 21,7% et dans le secteur des assurances et du crédit de 33,4%», rappelait Vania Alleva, présidente du syndicat Unia, vice-présidente de l’USS.

Cette année, l’heure qui marque le moment où les femmes cessent d’être rémunérées par rapport aux hommes commencera à 15h19, au lieu de 15h24 en 2019. «La pandémie a mis en lumière le travail essentiel des femmes, rémunéré comme non-rémunéré, et le manque de reconnaissance systémique accordé à leur travail. Dans les soins, le nettoyage, l’économie domestique, notamment, ce sont les femmes qui sont au front et qui assument la plupart du travail indispensable au bien-être de la population. Cependant, ces métiers se caractérisent aussi bien souvent par des salaires trop bas», soulignait encore Valérie Buchs, secrétaire syndicale au SIT, dans le dernier numéro de Sit-Infos.»Il s’agit de revaloriser les branches essentielles», résume le syndicat Unia.

Pour ce syndicat, il importe aussi de favoriser des salaires et des taux d’occupation qui permettent une vie décente dans toutes les branches. Et aussi des conventions collectives de travail (CCT) de branche de force obligatoire, avec des salaires minimums décents et des conditions de travail acceptables partout, en particulier dans les métiers essentiels peu réglementés du secteur des services. «Nous demandons aussi la réduction du temps de travail afin de partager le travail non rémunéré», revendique quant à lui le syndicat SSP pour les temps de travail complets. Depuis le 1er juillet 2020, les entreprises privées ou publiques qui emploient au moins 100 personnes sont tenues d’effectuer une analyse de l’égalité salariale, mais ce contrôle rate sa cible selon les syndicats, du fait qu’il ne concerne que 2% des entreprises et 54% des employé.es. En outre, les plaintes individuelles ou collectives pour discrimination salariale restent peu nombreuses, du fait que les procédures devant le tribunal sont très longues et que le risque de perdre son emploi s’avère élevé.

Lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Outre ces revendications communes, la Grève féministe entend aussi défendre le mariage pour toutes et tous, objet qui sera soumis au vote le 26 septembre, mais aussi lutter contre les violences sexistes et sexuelles, et favoriser l’introduction de la notion de consentement dans le Code pénal dans les cas de viol. «Au sein d’Engageons les Murs nous défendons l’abolition totale de l’Etat et de ses bras armés qui sont l’appareil judiciaire, l’armée et la police. Nous ne voulons pas passer de l’autorité du patriarche et du mari à l’autorité de l’Etat, la protection des femmes doit venir des communautés portées par les femmes. Nous ne croyons pas à la justice de l’Etat, car les femmes non blanches n’ont pas le même accès à la justice que les femmes blanches, tout comme les droits relatifs à la protection des mineurs ne s’applique parfois pas aux mineurs non blancs ou migrants. Nous ne sommes pas égaux face à la protection de l’Etat, certains y ont moins ou pas accès», précise Aminat Datsieva, d’un collectif féministe visant à aider les femmes à se réapproprier l’espace public.

«Nous savons aussi mieux que quiconque ce dont une victime d’agression ou de viol a besoin, puisque nous sommes les principales concernées, et la justice, telle qu’elle est faite, ne permet pas aux personnes ayant subi ces violences de guérir correctement, l’enfermement de l’agresseur ne répare rien. Nous croyons que la solution passe par la prévention, un encadrement communautaire avec l’aide du système de santé et d’éducation», précise-t-elle. L’antiracisme et la solidarité avec les migrant.es sont aussi en haut de l’affiche.

A 18h aura lieu une action nationale «poing levé» durant une minute. Celle-ci se déroulera soit en silence en hommage aux victimes de violences sexistes et sexuelles, soit en cris de rage et bruit contre les discriminations et les inégalités. En soirée auront lieu des cortèges et manifestations dans toutes les villes de Suisse. A Genève, la Grève promouvra aussi les principes de l’éco-féminisme. «Les systèmes de domination patriarcale, capitaliste, écocide et colonialiste sont interconnectés. Ils sont conçus pour contrôler la terre, soumettre les gens, leurs libertés et leurs identités afin de maintenir le pouvoir en place et le profit d’une petite minorité privilégiée. Nous voulons une justice sociale et écologique», souligne le tract de revendications du mouvement, qui sera rejoint par toutes les forces de gauche.

Programme complet de la mobilisation sur
www.grevefeministe.ch/14-juin-2021